Dire, ne pas dire

Courrier des internautes

Édith L. (France)

Le 01 juin 2017

Courrier des internautes

Faut-il dire : « les femmes ont répondu présent » ou « les femmes ont répondu présentes » ? Merci pour votre réponse.

Édith L. (France)

L’Académie répond :

Il n’y a pas de règle. On constate que de plus en plus présent est considéré comme invariable. Mais elles ont répondu présente est correct (chacune a dit qu’elle était présente), de même qu’elles ont répondu présentes (elles n’ont pas été interrogées individuellement et leur réponse signifie qu’elles sont toutes là).

Il n’est donc pas possible de trancher une fois pour toutes. Sachez simplement que l’usage est plutôt d’écrire « Elles ont répondu présent ».

Gaelle T. (France)

Le 01 juin 2017

Courrier des internautes

Des amis étrangers m’ont posé la question suivante : Doit-on dire : « la première fois où... » ou « la première fois que... » ?

Je n’ai pas su leur donner une réponse claire et leur expliquer la nuance.

Gaelle T. (France)

L’Académie répond :

Les deux peuvent se dire.

Le Moyen Âge et la langue classique ont souvent substitué que à dont ou bien à ou à un pronom relatif précédé d’une préposition (dans lequel, etc.) :

Me voyait-il de l’œil qu’il me voit aujourd’hui ? (Racine.)

Du temps que les bêtes parlaient (La Fontaine).

La langue littéraire veut parfois rester fidèle à cet ancien usage en employant que au lieu de: L’hiver qu’il fit si froid (Ac.). Le jour que cela est arrivé (Ac.). Au moment que je le reverrai (Ac.). Au moment qu’il allait entrer (...). Certaine nuit que devait venir l’enlever son amant (A. Gide, Isabelle). L’usage normal est pourtant d’employer. On notera toutefois qu’on doit employer que après certaines expressions marquant le temps, comme aujourd’hui, à présent, maintenant, chaque fois, la première fois, il y a deux ans ou longtemps, voici (ou depuis) deux ans, voilà longtemps :

Maintenant qu’il est là. Il y a un mois que je ne l’ai vu.

Depuis trois ans qu’il vivait à l’étranger. Chaque fois que je l’ai vu.

Notons en revanche que, dans la langue classique, la conjonction se rencontrait dans certaines tournures en lieu et place des formes complexes (pronom relatif associé à une préposition) qu’on utilise aujourd’hui : « C’est l’unique bonheur mon âme prétend… (Corneille, Le Cid) » (on dirait aujourd’hui : « … auquel mon âme prétend »).

Jose M. (France)

Le 01 juin 2017

Courrier des internautes

Beaucoup d’hommes politiques disent : et donc. Fautif ou pas ?

Jose M. (France)

L’Académie répond :

Et donc n’est pas fautif, mais il ne faut pas en faire un tic de langage et il ne faut pas que ces deux conjonctions aient le même rôle. On lit par exemple, dans notre Dictionnaire, à l’article Porchaison : « État du sanglier lorsqu’il est le plus gros et donc le meilleur à consommer ».

Marianne F. (France)

Le 01 juin 2017

Courrier des internautes

On entend de plus en plus à la radio dans des publicités : « Interdit aux femmes enceintes et aux femmes allétantes ». Cette tournure me choque : pour moi allétant est un participe présent qui remplace « qui allètent ».

Pourriez-vous me dire si cette formulation est rentrée dans les mœurs ou s’il s’agit d’une faute de français s’il vous plaît ?

Marianne F. (France)

L’Académie répond :

Il faut écrire allaiter et allaitant (invariable comme participe présent, allaitant est variable en tant qu’adjectif verbal). On lit dans L’Alimentation humaine, de Raymond Lalanne (1942) : « Le manque d’albumines animales, en particulier, peut conduire aux accidents de dénutrition les plus graves, surtout chez les enfants et les adolescents, les femmes enceintes ou allaitantes. »

Nicolas P. (France)

Le 01 juin 2017

Courrier des internautes

Le terme « oppressif » et ses déclinaisons – oppressivement – sont-ils tolérés dans la langue française ?

En effet, je crains d’avoir affaire à un anglicisme.

Nicolas P. (France)

L’Académie répond :

L’adjectif « oppressif », dérivé d’oppresser (au sens ancien d’« opprimer »), est entré dans la 9e édition du Dictionnaire de l’Académie française, consultable gratuitement en ligne à l’adresse suivante : www.academie-francaise.fr.

Il est non seulement toléré mais tout à fait légitime pour signifier « qui opprime ; despotique » : des lois oppressives, un régime oppressif. En revanche, il ne doit pas s’employer au sens d’« oppressant ; qui gêne la respiration, qui angoisse » : il s’agirait alors d’un anglicisme.

Quant à l’adverbe oppressivement, il ne figure que dans quelques dictionnaires.

Patricia B. (France)

Le 01 juin 2017

Courrier des internautes

Bonjour, quelle est la bonne prononciation du O selon sa place dans un mot ?

Car j’entends, à la radio et ailleurs, prononcer pratiquement toujours le O fermé comme un O ouvert.

Seconde question : Doit-on dire « se moquer de quelqu’un » ou « moquer untel ».

Patricia B. (France)

L’Académie répond :

Vous pouvez indifféremment dire « Moquer quelqu’un » ou « Se moquer de lui ».

Quant à « o », il se prononce soit ouvert, comme dans mort, bord, robe, poste, soit fermé devant un s suivi d’une voyelle, comme dans close, rose, devant une consonne muette, comme dans croc, pot, et dans les cas où il est surmonté d’un accent circonflexe, comme dans pôle.

Rafik Z. (France)

Le 01 juin 2017

Courrier des internautes

Lors d’une conversation avec une amie je me suis rendu compte d’une erreur de français que nous sommes tous habitués à faire.

Tout du moins, il me semble que c’est bel et bien une erreur.

Le pluriel de « mal » est « maux ».

Mais pourquoi dit-on « ils sont pas mals », ne serait-ce pas plus correcte de dire « ils sont pas maux ».

Rafik Z. (France)

L’Académie répond :

Mal peut être un nom. Dans ce cas, son pluriel est maux. Mal est aussi un adverbe ; à ce titre il est invariable et le reste même quand il est employé adjectivement. On écrit donc : Ils ne sont pas mal ; on dirait de même : Ils sont vraiment très bien.

Jean-Christophe G. (France)

Le 04 mai 2017

Courrier des internautes

Nouvellement professeur de français, j’entends depuis le début de l’année l’expression « le côté + adjectif » de façon récurrente et déclinée à toutes les sauces. Par exemple : « son côté séducteur », « le côté pratique », « un côté humoristique », etc.

Est-ce que cette utilisation est correcte ? L’utilisation semble calquée sur « un aspect + adj ». Il me semble que dans la majorité des cas nous pouvons utiliser le nom correspondant (l’humour, la praticité ...) ou un nom approchant (le charme). Que préconisez-vous ?

Jean-Christophe G. (France)

L’Académie répond :

Rien n’interdit en soi d’employer le « côté + adjectif » : le côté gauche, le côté droit, le bon, le mauvais côté, le côté paternel, maternel.

Au sens particulier d’aspect, la chose est jugée familière par la 9e édition du Dictionnaire de l’Académie française lorsque c’est un nom, et non plus un adjectif, qui suit côté : ainsi « Il a un côté chevaleresque qui séduit » est jugé parfaitement correct alors que « Il a un côté chevalier servant qui séduit » serait plus cavalier, si j’ose dire.

Enfin, on trouve même chez Proust, l’usage de « côté + nom propre » puisqu’à un moment, le narrateur évoque « le côté Dostoïevski de Mme de Sévigné ».

Je comprends que vous soyez agacé par l’usage excessif de cette tournure qui pour être correcte n’en est pas moins, dans certains contextes, synonyme de paresse lexicale.

Marc E. (France)

Le 04 mai 2017

Courrier des internautes

Comment lit-on les grands nombres au-delà de milliard ?

Dit-on mille milliards ou bien billion ?

Dit-on trillion ou bien milliard de milliards ?

Marc E. (France)

L’Académie répond :

Les mots billion et trillion existent en français : ils signifient respectivement mille millions, ou aussi un million de millions, et mille milliard, ou aussi un milliard de milliards. De même, on trouve quadrillon, quintillion et sextillion.

Cependant, ces termes sont vieillis dans leur première acception, et rares dans leur deuxième.

Quant à billiard, trilliard, ils ne sont pas en usage en français.

Michel F. (France)

Le 04 mai 2017

Courrier des internautes

Je me permets de soumettre à votre avis le texte de l’article 353 du code de procédure pénale (l’un des plus beaux) où l’on trouve le passage suivant « quelle impression ont faite, sur leur raison, les preuves rapportées ... ».

L’accord du verbe « faire » dans le texte a en fait quelque chose de « choquant » à l’oreille. Je suppose que l’accord du participé passé conjugué avec le verbe avoir doit se faire avec le COD (impression) placé avant, cependant, çà ne sonne pas bien, compte-tenu du mélange de singulier et de pluriel « impression ont faite » et compte tenu du sujet placé après le verbe.

Au final, je me demande si cette tournure est vraiment correcte !

Michel F. (France)

L’Académie répond :

Je ne sais pas si la lecture de cet article vous a été suggéré par le récent roman de Tanguy Viel, mais vous avez raison, cet article du Code de procédure pénale est une merveille. L’accord est tout à fait correct car impression est le COD antéposé. Il est vrai que la proximité entre ce singulier et le verbe au pluriel a quelque chose de heurté. Une postposition du verbe aurait sans doute permis d’éviter cela mais alors c’est l’ordre des compléments et leur découpage qui aurait semblé hasardeux.

Pages