Dire, ne pas dire

Courrier des internautes

Bernard L. (Belgique)

Le 11 juin 2020

Courrier des internautes

Avez-vous déjà remarqué que les groupe bl, br, cl, cr, gl, gr, etc. n’ont pas de nom. Les grammairiens ne s’en sont pas souciés. C’est dommage. Les orthophonistes (les logopèdes, en Belgique) leur en ont donné un : une symphone. Vous devriez, me semble-t-il, demander aux académiciens de se pencher sur le problème.

Bernard L. (Belgique)

L’Académie répond :

Monsieur,

Il nous semble que les groupes de consonnes n’ont jamais de nom en français. « Symphone » est peut-être un peu ambigu puisque l’on risque de croire que ces consonnes sont prononcées ensemble, alors que, même si la deuxième s’appuie sur la première, elles sont énoncées séparément. Cela étant, ces groupes formés d’une occlusive et d’une liquide sont intéressants dans la mesure où ils appartiennent à la même syllabe, tandis que d’ordinaire, dans un groupe de deux consonnes, celles-ci se répartissent sur deux syllabes. Cette particularité explique le fait qu’il faut un accent sur le e qui précède : église, écrevisse, alors que dans les autres cas, la double consonne fait passer le e à è sans qu’il soit nécessaire de lui ajouter un accent : elle, assiette, espace. Dans certains mots, comme espiègle, on a les deux cas de figure.

Ajoutons pour conclure que ce phénomène était déjà connu des Grecs et des Latins puisque, en versification antique, une voyelle brève était allongée quand elle se trouvait devant deux consonnes réparties sur deux syllabes, mais que cet allongement n’avait pas lieu si ces deux consonnes appartenaient à la même syllabe.

Charlotte C. R. (France)

Le 11 juin 2020

Courrier des internautes

Bonjour

J’ai une question : Y est-il une voyelle ou une consonne ?

Merci beaucoup pour votre aide.

Charlotte C. R. (France)

L’Académie répond :

Madame,

La lettre Y est la sixième voyelle de notre alphabet. Mais, phonétiquement, on peut la considérer comme une voyelle ou comme une semi-consonne, cela dépend de son environnement.

En position initiale et devant une consonne, le y joue son rôle de voyelle : ysopet, ypérite. Entre deux consonnes, il joue le même rôle : lys, dynamite, cycliste, syllabe, pyromane, etc., et il le joue encore en fin de mot : Lully, Ivry, jury, etc.

En position initiale et devant une voyelle, y joue le rôle de la semi-consonne yod : yack, yéti, yoga, yucca. Placé entre deux voyelles, il joue le rôle de yod avec la voyelle qui le suit et modifie le timbre de celle qui précède : c’est le cas, par exemple, dans voyage où le y change la prononciation du o pour donner le son « oua » et joue le rôle d’un yod devant le a ; nous avons la même chose avec payons. Le y change la prononciation du a en « è » et joue le rôle d’un yod devant -ons.

Classe de CM1 (France)

Le 11 juin 2020

Courrier des internautes

Madame, Monsieur,

Nous sommes des élèves de CM1, nous souhaiterions savoir pourquoi le mot abuseur a été supprimé du dictionnaire, alors que nous l’utilisons encore.

Merci pour votre réponse,

Classe de CM1 (France)

L’Académie répond :

Chers élèves,

Le mot « abuseur » a été supprimé de notre Dictionnaire parce qu’il était trop peu employé. On lisait déjà, dans l’édition de 1835 : « Il est familier et peu employé. » De plus, le Trésor de la langue française écrit à son sujet : « semble être sorti d’usage ». Il est vrai cependant que la pièce qui fut à l’origine du mythe de don Juan, El Burlador de Sevilla, de Tirso de Molina, fut souvent traduite par L’Abuseur de Séville.

Ce qui fait aussi qu’il pouvait facilement être supprimé, c’est que son sens se laisse facilement deviner ; en effet, à partir des verbes, on crée des dérivés en -eur qui signifient « celui qui » : chanteur, « celui qui chante » ; menteur, « celui qui ment », etc.

Cela étant, si vous redonnez vie à ce mot, peut-être reviendra-t-il dans des dictionnaires.

Nous vous vous félicitons pour l’intérêt que vous portez à notre langue et vous souhaitons à tous beaucoup de bonheur et de succès dans vos études.

Marie A. (France)

Le 11 juin 2020

Courrier des internautes

Quelle réponse peut être acceptée à la question « Joues-tu au tennis ? »

– Oui, j’y joue parfois.
– Oui, j’en joue parfois.
– Les deux peuvent être acceptées.
Merci d’avance, et bonne journée !

Marie A. (France)

L’Académie répond :

Madame,

Le pronom y remplace un complément introduit par la préposition à : Je vais à Alençon, j’y vais ; je joue au tennis, j’y joue.

Le pronom en remplace un complément introduit par de : Je reviens de Caen, j’en reviens ; je joue de la guitare, j’en joue.

Othilie P. C. (Autriche)

Le 11 juin 2020

Courrier des internautes

Mesdames, Messieurs,

Professeur de français langue étrangère et de remédiation orthographique, j’aimerais attirer votre attention sur deux mots que la Covid a mis à l’ordre du jour : « en présenciel » et « en distantiel ». Ou, peut-être, dois-je plutôt écrire « en présentiel » et « en distanciel » ?

Ah, qui pourra me dire ? Et, surtout, qui pourra me dire comment expliquer que ces deux mots, issus soit de la même catégorie grammaticale, celle des noms « présence » et « distance », soit de celle des adjectifs, « présent » et « distant », s’écrivent l’un avec un c, et l’autre avec un t ? Je pense d’avance à l’ahurissement de mes élèves, adultes ou enfants, étrangers (j’habite et enseigne en Autriche) ou français quand ils chercheront la logique derrière ces mots ; je songe à leurs efforts pour s’inventer une énième astuce pour mémoriser ce fichu c et ce fichu t, quand il serait si simple d’avoir des formes parallèles : présenciel/distanciel ou présentiel/distantiel. Oui, la langue française est magnifique : oui, elle recèle de nombreuses surprises qui enchantent ou font rire ; et oui, elle décourage aussi, souvent, par son surprenant manque de logique. S’il vous plaît, Mesdames, Messieurs, vous avez été rapides pour « genrer » la Covid, ne pourriez-vous pas l’être tout autant, en suggérant sans tarder une orthographe unique et logique pour ces deux mots, justement maintenant où ils commencent à être de plus en plus employés ? Confiante dans votre souci de la pédagogie, et votre sens de la cohérence, je vous prie d’agréer, Mesdames et Messieurs, l’expression de mon respect orthographique.

Othilie P. C. (Autriche)

L’Académie répond :

En 2019, le Centre national d’enseignement à distance a fêté son quatre-vingtième anniversaire. On emploiera donc la locution à distance plutôt que l’anglicisme distanciel ou distantiel. Et, par analogie avec cette locution, on dira en présence plutôt que cet autre anglicisme, presential. Cela permettra d’utiliser des formes sanctionnées par des décennies d’usage, mais aussi d’éviter d’avoir recours à des néologismes dont l’orthographe est mal fixée.

D’autre part, nous nous permettons de vous signaler que covid est un nom de maladie, comme sida, et ne doit donc pas prendre de majuscule.

Pascal T. C. (France)

Le 11 juin 2020

Courrier des internautes

Madame, Monsieur,

Littré écrit mécéne (et indique qu’on prononce « mécène ») et mécénat, alors que les autres dictionnaires écrivent mécène et mécénat (en cohérence avec la prononciation). Est-ce une erreur ou la langue a-t-elle évolué depuis monsieur Littré ?

Pascal T. C. (France)

L’Académie répond :

Monsieur,

Il ne s’agit pas d’une erreur de Littré, mais d’une évolution de la langue. On a longtemps employé un « é » dans la syllabe d’un mot précédant une syllabe comptant un « e » muet. On écrivait ainsi, jusqu’à la 6e édition du Dictionnaire de l’Académie française, « collége », même si l’on prononçait déjà « collège ». L’éditeur Ambroise Firmin Didot avait plaidé, avec d’autres, pour rendre l’orthographe plus conforme à la prononciation. Cela fut fait à partir de la septième édition de notre Dictionnaire (1878), mais, à cette date, le Dictionnaire de Littré était déjà achevé.

François-Régis V. (Suisse)

Le 7 mai 2020

Courrier des internautes

Bonjour,

Un sport traditionnel connaît un renouveau en France depuis quelques années : le tir à la corde. Certains de ses adeptes s’évertuent à écrire « le tire à la corde » au prétexte qu’il s’agit de l’action de tirer (tracter), sans rapport pour eux avec le tir à l’arc ou à la carabine. Pourriez-vous éclairer ma lanterne sur la bonne orthographe à adopter pour ce sport ? Merci par avance pour votre réponse.

François-Régis V. (Suisse)

L’Académie répond :

Monsieur,

On doit écrire Le tir à la corde. C’est d’ailleurs ce que l’on trouve dans tous les ouvrages qui retracent l’histoire des Jeux olympiques, puisque le tir à la corde fut sport olympique de 1900 à 1920. Il est vrai que l’appellation officielle était « lutte à la corde », mais dans l’usage, c’est constamment tir à la corde qui était employé. C’est aussi ainsi qu’est orthographié le nom de ce sport dans l’ouvrage, paru en 1901, de l’historien et diplomate Jean-Jules Jusserand, Les Sports et jeux d’exercice dans l’ancienne France.

Le tir, c’est bien sûr essentiellement l’action de tirer avec une arme à feu, de lancer un projectile ; mais c’est donc aussi, et uniquement dans cette expression de « tir à la corde », l’action de tracter, d’amener vers soi.

Hélène A. (France)

Le 7 mai 2020

Courrier des internautes

Bonjour,
Je suis professeur des écoles dans une classe de CM1. Lors d’une classe virtuelle ce matin, voilà la question d’un élève : Pourquoi dit-on « le houx » et pas « l’houx », alors que nous disons « l’heure » ou « l’hiver » ? Je cherche désespérément la réponse. Pourriez-vous m’aider à fournir une réponse complète à cet élève et à l’ensemble de la classe ?

Cordialement.

Hélène A. (France)

L’Académie répond :

Madame,

Le fait que le h initial d’un mot est prononcé (h aspiré) ou non (h muet) est, dans l’immense majorité des cas, lié à son origine. Les mots qui nous viennent du latin, comme « hiver » ou « heure » (de hiems et de hora) ont un h initial muet. Il en va de même des mots qui nous viennent du grec. C’est pourquoi on dit « l’habitude » (latin habitudo), « l’hélice » (grec helix), « l’hippopotame » (grec hippopotamos), « l’homme » (latin hominem) ou « l’humain » (latin humanus). Les mots qui viennent du germanique ont, au contraire, un h initial aspiré. C’est pourquoi on dit « le houx », « la hache », « le héron », « la hie », « le hochet » ou « la hune ». Il existe cependant quelques exceptions, comme « la hiérarchie », mais dans l’immense majorité des cas, c’est cette règle qui s’applique.

Jean P. (France)

Le 7 mai 2020

Courrier des internautes

Bonjour,

Pour le puriste que je suis dans notre belle langue, je voudrais savoir pourquoi lorsque nous appelons un jeune homme Marc, on prononce le « c », et que lorsque nous parlons de la fameuse place de Venise, nous devons prononcer place Saint-Mar(c), évidemment sans le « c » final ? Incongruité pour moi, mais qu’en est-il réellement ? Merci d’éclairer ma lanterne s’il vous plaît.

Jean P. (France)

L’Académie répond :

Monsieur,

Le prénom Marc est issu du latin Marcum, accusatif du prénom Marcus. En latin populaire le m final est tombé, puis le u, et nous avons eu un mot d’une seule syllabe, Marc, dans laquelle le c n’était pas prononcé. C’est alors que s’est fixé en français le nom de la célèbre place de Venise. On observe en français un phénomène du même ordre avec le nom commun porcum, d’où est issu le français porc, prononcé « por », voire avec corpus, écrit cors au Moyen Âge, d’où les formes corset ou corsage, auquel on a rajouté, sans qu’il soit prononcé, un « p » étymologique.

Pour le prénom Marc, la graphie a fini par imposer le retour de la consonne c dans la prononciation française.

Owen S.-B.

Le 7 mai 2020

Courrier des internautes

Bonjour,

Je tiens une rubrique dans mon journal scolaire intitulée « Le Mot du Numéro ». Dedans, je fais découvrir aux lecteurs des mots peu courants comme essoriller, ophicléide, et cætera. J’ai entendu parler du verbe blézimarder, qui, sauf erreur de ma part, n’existe plus. Je souhaiterais en parler dans ma rubrique, mais je dispose d’assez peu d’informations, et j’ai du mal à le trouver dans les différentes éditions de votre Dictionnaire. Pourriez-vous m’en apprendre un peu sur ce verbe ? Je vous en serai reconnaissant.

Owen S.-B.

L’Académie répond :

Monsieur,

Avant toute chose, nous tenons à vous féliciter pour cette très belle initiative. Blézimarder est effectivement un verbe très rare. Le seul dictionnaire, à ma connaissance, qui le mentionne est celui de Littré, qui le présente comme « Terme d’argot de théâtre » et le définit en citant une phrase de Jules Prével, tirée d’un article paru dans Le Figaro du 31 juillet 1876 (le texte repris par Littré figure en italique dans l’extrait ci-dessous) : « Les acteurs qui habitent la campagne ne sont pas moins curieux à étudier. Ils ont chaque soir la crainte de manquer le train qui les ramène chez eux. Si un incident quelconque prolonge les entr’actes, ils usent d’un moyen que le public ne connaît pas. Pour rattraper le temps perdu, ils blézimardent ! Blézimarder signifie se couper mutuellement les répliques, empêcher son voisin de dire sa phrase, émonder le dialogue comme un jardinier émonde un arbre à grands coups de serpe. Il en résulte que les spectateurs, ne comprenant plus grand’chose à la pièce, la trouvent absurde et s’en vont en regrettant leur argent. Mais qu’importe à l’artiste ? Ce n’est pas à l’interprète que le public en voudra, et il aura pu, lui, l’artiste, rentrer un quart d’heure plus tôt. Je ne veux pas dire que tous les théâtres en sont là. Il serait difficile de blézimarder dans Les Huguenots ou dans L’Étrangère. »

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