Dire, ne pas dire

Courrier des internautes

Samuël S. (France)

Le 04 mai 2017

Courrier des internautes

Peut-on dire « dresser la table » pour décrire l’action qui consiste à préparer la table du repas ?

Je suppose qu’il s’agit d’un anglicisme qui vient du verbe To dress « habiller, vêtir, déguiser » (comme on parle de dress code pour désigner un code vestimentaire). J’imagine l’usage approprié s’agissant d’une table de fête car celle-ci fait l’objet de soins particuliers quant à sa présentation contrairement à la table du repas quotidien. S’il s’agit d’un anglicisme, que peut-on utiliser à la place ? Préparer, mettre, parer…

Enfin, Léonie, ma fille de 15 ans, me fait aussi remarquer avec humour qu’il est difficile de manger sur une table dressée puisque celle-ci est la verticale. Dresser appartiendrait donc ici d’abord au vocabulaire de la géométrie.

Samuël S. (France)

L’Académie répond :

L’expression dresser la table n’est pas un anglicisme ; c’est au contraire le verbe to dress qui a été emprunté de l’ancien français drecier. Celui-ci est issu du latin tardif directiare, « redresser, mettre droit », un verbe dérivé de l’adjectif directus, lui-même à l’origine des doublets droit et direct.

Dresser au sens de « disposer comme il faut, installer » est attesté en français depuis le xiie siècle. On lit dans des textes de cette époque Le mangier... drechier. L’expression être dreciez signifiait, avec pour sujet une personne, « être servi à table ».

Sylvain P. (France)

Le 04 mai 2017

Courrier des internautes

Étonné en premier lieu d’avoir entendu cet adjectif dans une conversation, après quelques recherches dont le résultat me paraît douteux, je me, et donc vous, pose la question suivante : les adjectifs comprenable et incomprenable, existent-ils (oui d’après le Littré) et, si oui, quelle différence avec compréhensible et incompréhensible.

Sylvain P. (France)

 

L’Académie répond :

À ces adjectifs on doit préférer les formes en usage compréhensible et incompréhensible. À l’article incomprenable Littré écrit d’ailleurs : « On dit mieux incompréhensible ». Et à l’article comprenable : « Peu usité ».

Les exemples qu’ils donnent sont anciens, xve siècle, chez Christine de Pisan, pour celui-ci ; xvie siècle, chez Montaigne, pour celui-là.

Thierry P. (France)

Le 04 mai 2017

Courrier des internautes

Je m’étonne que le mot « effectivité » ne figure pas au dictionnaire quoiqu’on le trouve sous les meilleures plumes, dont celles d’académiciens.

Thierry P. (France)

L’Académie répond :

Le Trésor de la langue française ne fait apparaître effectivité que comme un dérivé d’effectif et il souligne que ce nom est rare. Il l’est trop pour figurer dans un dictionnaire d’usage courant et qui n’a aucune ambition d’exhaustivité comme celui de l’Académie française.

Camille T. (France)

Le 06 avril 2017

Courrier des internautes

Bonjour, je me demande pourquoi la lettre X a plusieurs prononciations différentes ?

Pourquoi la lettre toute seule se prononce « ikss » alors que dans certains mots elle se lit « gz » ?

Exemples : [gz]ylophone, [gz]énon, [GZ]avier, é[gz]haustive, etc.

Et pourquoi dans d’autres mots elle se lit bien « kss »?

Exemples : Comple[kss]e, anne[kss]e, e[kss]ception, etc.

Merci d’avance pour votre réponse !

Camille T. (France)

L’Académie répond :

On doit dire ksilophone.

K et s qui servent à prononcer la lettre X sont des phonèmes sourds. Ils peuvent se sonoriser, c’est-à-dire passer à g et à z quand ils sont entre voyelles (par exemple, dans inexact), car les voyelles sont des phonèmes très sonores. Dans les cas que vous citez, x est devant une voyelle, et, inconsciemment, cette voyelle sonorise k et s. Alors que dans annexe et complexe à l’oral, le x est en dernière position (le e final graphique n’est pas prononcé).

Et dans exception, x est suivi d’un c prononcé s, c’est-à-dire, une fois encore un phonème sourd.

Catherine P. (France)

Le 06 avril 2017

Courrier des internautes

Je souhaite connaitre l’expression exacte à utiliser : je vous remercie de « la confiance que ou dont vous m’avez témoigné » et si témoigné s’accorde avec le nom confiance ou la personne qui écrit.

Catherine P. (France)

L’Académie répond :

Le verbe témoigner peut se construire avec un complément d’objet direct (témoigner son amitié) ou avec un complément d’objet indirect (ses toiles témoignent de son grand talent).

Dans le premier cas, témoigner signifie « manifester, exprimer », dans le second cas, témoigner de signifie « être la preuve, le signe de ».

On pourra donc écrire, en faisant l’accord avec le complément antéposé que, qui reprend le nom féminin confiance : « Je vous remercie de la confiance que vous m’avez témoignée », ou bien, sans faire l’accord puisque l’on a un complément d’objet indirect : « Je vous remercie de la confiance dont vous avez témoigné envers moi ».

Didier P. (France)

Le 06 avril 2017

Courrier des internautes

Lorsque je cherche à remplacer « à la toute fin » par « tout à la fin » (indication que j’ai trouvée dans la Banque de dépannage linguistique), un interlocuteur sur la Toile me rétorque que cette source est québécoise et ne représente pas la norme. Qu’en est-il ?

Didier P. (France)

L’Académie répond :

On peut parfaitement employer tout à la fin (comme tout au début et au tout début). La locution adverbiale à la fin est en effet susceptible d’être modifiée par un adverbe : juste à la fin, presque à la fin, tout à la fin.

On lit chez Sainte-Beuve : « D’Aubigné, tout à la fin de sa vie, publia des psaumes en vers métriques... »

Et, pour autant que je sache, Sainte-Beuve (1804 - 1869) n’a jamais été soupçonné d’abuser des québécismes.

Emmanuel J. P. (France)

Le 06 avril 2017

Courrier des internautes

Nous avons commencé à lire le roman de G. ORWELL « La Ferme des animaux ». Un cheval est nommé Malabar. D’où vient l’expression « Fort comme un malabar » ?

Emmanuel J. P. (France)

L’Académie répond :

Les Malabars (on trouve aussi la forme Malabares) sont un peuple vivant sur la côte de Malabar, dans l’Hindoustan. Les Européens qui venaient commercer sur ces côtes rencontraient essentiellement les dockers qui chargeaient et déchargeaient les navires, un travail qui demande une grande force physique. C’est pour cette raison que les Malabars, remarquables par leur stature et leur vigueur, sont devenus des exemples d’hommes forts.

Hicham E. (Maroc)

Le 06 avril 2017

Courrier des internautes

Je voudrais savoir si on peut faire la liaison dans cette expression : les points sur les i.

Hicham E. (Maroc)

L’Académie répond :

Aujourd’hui, les lettres se prononcent comme si elles commençaient par un h aspiré. On dit le i, le s les /i, les/ s.

Il est donc préférable de ne pas faire la liaison ; cela étant, quand a été créée cette expression, les lettres se prononçaient comme si elles commençaient par un h muet. On disait l’i, l’s, les zi, les zs.

Dire les points sur les zi ne serait donc pas fautif, même si la prononciation moderne est préférable.

Jérôme L. (France)

Le 06 avril 2017

Courrier des internautes

La formulation « avoir confiance dans l’avenir » est-elle correcte ? Il me semble que la forme est « avoir confiance en l’avenir ». Or, je vois de plus en plus la première formulation. D’avance merci. Jérôme

Jérôme L. (France)

L’Académie répond :

On dit plutôt avoir confiance en quelqu’un, avoir confiance en soi, avoir confiance en Dieu mais confiance dans suivi d’un nom de personne n’est pas impossible (j’ai confiance dans mes amis).

Pour les autres cas, avec un complément inanimé, on trouve les deux cas : avoir confiance dans les heureux effets de la liberté, dans la prospérité à venir / avoir confiance en un remède, en une doctrine politique, etc. On emploiera plutôt dans devant l’article défini.

Benoît A. (France)

Le 02 mars 2017

Courrier des internautes

J’ai une question sur l’emploi du conditionnel.

J’ai appris à l’école qu’on l’utilise de la manière suivante : si j’avais ..., alors je serais... (par exemple : si j’avais beaucoup d’argent, alors je serais riche). Donc on utilise l’imparfait après le mot si et le conditionnel ensuite. J’ai appris qu’il ne faut pas utiliser deux fois le conditionnel dans cette structure (ne pas utiliser : si j’aurais beaucoup d’argent, alors je serais riche).

Certains de mes amis me soutiennent que la structure suivante est juste (alors que je pense qu’elle est fausse) : j’aurais beaucoup d’argent, je serais riche. Ils pensent qu’en enlevant le mot si, il est possible d’utiliser deux fois le conditionnel. Alors que je pense que l’on n’a pas le droit d’enlever le mot si.

A-t-on le droit d’enlever le mot si et si c’est le cas, est ce que la troisième structure de phrase est correcte ?

Benoît A. (France)

L’Académie répond :

Les deux tournures sont correctes. Pour exprimer une condition (une hypothèse), on peut, au lieu de si et un indicatif imparfait subordonnés à un conditionnel, recourir à deux propositions indépendantes au conditionnel (réunies ou non par que, facultatif). Dans celle qui exprime la condition, on a le choix entre la construction directe et l’inversion simple du pronom personnel ou de on : Il mentirait que je n’en serais pas étonné ou Mentirait-il que je n’en serais pas étonné. Ou : Il mentirait (ou Mentirait-il), je n’en serais pas étonné. Elle ne pourrait, le voudrait-elle, se souvenir de cela. Ici l’inversion est obligatoire, parce que la condition est exprimée en second lieu, en incise.

Si le sujet est un nom, on ne fait pas l’inversion (Le livre aurait été moins cher, je l’aurais acheté), mais celle-ci est obligatoire avec un pronom personnel qui reprend le nom (Le livre aurait-il été moins cher...).

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