Dire, ne pas dire

Courrier des internautes

Franck L. (France)

Le 13 décembre 2018

Courrier des internautes

Dans l’expression « il se la joue », pourquoi « la » ? Ne peut-on pas dire également « il se le joue » ? Quel nom féminin est sous-entendu par ce « la » (l’affaire, par exemple, la vie …) ?

 

Franck L. (France)

L’Académie répond :

La jouer signifie d’abord « se donner l’air » et le pronom la remplace un nom comme « comédie ».

Ensuite on a ajouté un pronom se, que les linguistiques appellent un datif éthique (comme dans la pomme il se la mange).

Mais aujourd’hui il se la joue est une locution verbale signifiant « se donner l’air, se prendre pour » : Il se la joue grand seigneur, ou, simplement « crâner, frimer. »

Jean-Clément M. (France)

Le 13 décembre 2018

Courrier des internautes

Je m’adresse à vous concernant les expressions « prêcher un convaincu » ou « prêcher un converti ».

Nous avons eu la question avec des collègues de savoir quelle est la différence : de sens, d’origine. Pourriez-vous m’éclairer ?

De mon côté, j’aurais plutôt tendance à dire que les deux formes ont le même sens, mais que « prêcher un converti » est la forme d’origine (par la connotation religieuse que « prêcher » et « converti » peuvent partager). Et par conséquent, j’en déduirais que « prêcher un convaincu » est une forme plus moderne.

Pourriez-vous m’éclairer ?

Jean-Clément M. (France)

L’Académie répond :

À l’article convaincu de notre Dictionnaire, il est signalé que l’on dit plutôt prêcher un converti que prêcher un convaincu, pour signifier « chercher à gagner quelqu’un à une cause qui est déjà la sienne ».

Plusieurs raisons peuvent expliquer cette référence :

- prêcher et converti appartiennent au champ lexical de la religion ;

- un converti est généralement encore plus fortement attaché à ces idées qu’un convaincu, parce que cet attachement est récent, qu’il est le fruit d’une démarche et que le nouveau converti a souvent à cœur de montrer son attachement à ses nouvelles convictions. On parle d’ailleurs parfois du zèle des nouveaux convertis.

Sébastien D. (France)

Le 13 décembre 2018

Courrier des internautes

Je m’interroge sur la prononciation du mot mot « moins » dans l’exemple suivant :

« Il fait moins chaud aujourd’hui. »

Cela se prononce-t-il « moins » comme dans une opération mathématique « cinq moins deux est égale à 3 » ou « moinsse » (avec un son CE en plus ? Excusez-moi, je ne connais pas la phonétique) ? Les deux prononciations sont-elles acceptables ?

Sébastien D. (France)

L’Académie répond :

Devant un mot commençant par une voyelle ou un h muet, le s final se prononce comme un z. Il n’est pas moins-z-aimable que son frère ; L’air était moins-z-humide hier.

Cela étant, on entend parfois ce s final dans certaines régions, en particulier dans le Sud-Ouest, mais il s’agit là d’exceptions par rapport à la norme.

Le -s final de moins ne se fait jamais entendre devant un mot commençant par une consonne ni quand ce mot est en fin de phrase. Dans ces cas, moins se prononce toujours comme la deuxième syllabe de témoin.

Agnès C. (France)

Le 8 novembre 2018

Courrier des internautes

Je suis professeur de français, et j’ai du mal à expliquer à mes élèves la différence entre les expressions être terrorisé et être terrifié. Pourriez-vous m’aider ? Merci d’avance.

Agnès C. (France)

L’Académie répond :

Ces participes passés sont aujourd’hui quasi synonymes mais les verbes dont ils sont tirés ne le sont pas exactement. Terroriser ne veut pas dire terrifier, mais établir un régime de terreur. Pour terroriser il faut une organisation et une durée qu’on ne trouve pas dans terrifier.

D’autre part l’empreinte de la terreur est plus durable chez ceux qui ont été terrorisés que chez ceux qu’une chose a terrifiés.

Akash G. (Maurice)

Le 8 novembre 2018

Courrier des internautes

Doit-on écrire Il avait des cheveux blancs ou Il avait les cheveux blancs ?

Akash G. (Maurice)

L’Académie répond :

Les deux peuvent se dire, mais n’ont pas exactement le même sens. Il avait les cheveux blancs signifie que tous ses cheveux étaient blancs. Il avait des cheveux blancs signifie que, dans l’ensemble de ses cheveux, plusieurs étaient blancs.

Alice U. (France)

Le 8 novembre 2018

Courrier des internautes

Tenir « la dragée haute » ? Or « mettre la barre haut » (adverbe) est la formulation correcte : pouvez-vous m’expliquer cette différence ?

Je vous remercie de la réponse que vous pourrez m’apporter.

Alice U. (France)

L’Académie répond :

Dans mettre la barre haut, on considère que haut est adverbe et qu’il se rapporte à mettre, alors que dans tenir la dragée haute, que l’on peut considérer comme une locution figée, on fait de haute un attribut du C.O.D. dragée.

Benjamin F. (France)

Le 8 novembre 2018

Courrier des internautes

Pourquoi le mot « apeuré » signifie-t-il avoir peur ? Alors qu’avec le préfixe « a », on pourrait s’attendre au sens contraire : l’absence de peur.

Benjamin F. (France)

L’Académie répond :

Il y a deux préfixes a- en français. L’un, dit privatif, est emprunté du préfixe grec a- (et an- devant une voyelle) et, en composition, exprime l’idée d’absence, de privation. On le trouve, entre de nombreux autres exemples, dans amoral, asocial, analphabète, etc.

L’autre est tiré du préverbe latin ad-, qui exprime la direction vers, l’approche et le commencement d’une action. On trouve aussi, les variantes ac-, ad-, af-, al-, am-, ar-, as-, at-.

On l’a, entre autres exemples, dans accabler, adoucir, affronter, alanguir, amaigrir, arraisonner, assagir, attabler, apeurer, etc.

Félix-Aurélien M. (France)

Le 8 novembre 2018

Courrier des internautes

J’aurais deux questions à soumettre à l’Académie française :

Dans une phrase telle que : « l’ataraxie est absence de trouble », doit-on écrire trouble au singulier ou au pluriel, et pourquoi ?

En outre, je suis récemment tombé sur le terme « impedimenta », parfois retranscrit « impédiments », laquelle de ces graphies est exacte ? Le terme est-il encore usité ?

Félix-Aurélien M. (France)

L’Académie répond :

1) On peut trouver les deux formes, mais il est préférable d’écrire troubles. On dit en effet, généralement, les troubles d’une personne et non le trouble d’une personne.

2) Le Trésor de la langue française précise qu’impédiments est un synonyme d’impedimenta. On le trouve dans Littré, chez Gide, etc.; mais il est préférable d’utiliser impedimenta.

Isabelle L. (France)

Le 8 novembre 2018

Courrier des internautes

Bonjour, j’entends souvent dire « je suis arrivée en première », ce qui m’interpelle. Je comprends que l’on puisse dire je suis arrivée la première mais pas en première. J’ai des difficultés à trouver une règle à ce sujet.

Pourriez-vous m’éclairer ? Merci.

Isabelle L. (France)

L’Académie répond :

En premier, qui signifie « d’abord, pour commencer », est une locution adverbiale; elle est donc invariable. On dira alors elle est arrivée en premier ou, mieux, elle est arrivée la première.

Michel D. (France)

Le 8 novembre 2018

Courrier des internautes

Pourquoi les mots « gyrophare » et « gyroscope » prennent- ils un « y » et « giratoire » un « i » ?

Le point commun n’est-il pas la notion de mouvement circulaire que l’on retrouve dans le « Giro » d’Italie ? Merci.

Michel D. (France)

L’Académie répond :

Tous ces mots sont dérivés du latin gyrare, « tourner, faire tourner en rond ». On a jadis écrit giratoire et gyratoire, mais la première forme s’est imposée.

Gyrophare et gyroscape, plus récents, ont conservé un lien plus formel avec leur étymon, c’est-à-dire leur racine étymologique.

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