Dire, ne pas dire

Courrier des internautes

Dominique M. (Pays-Bas)

Le 5 décembre 2019

Courrier des internautes

Nous sommes des apprenants de français langue étrangère aux Pays-Bas. Nous voudrions savoir si la langue française utilise aussi des mots néerlandais.

Dominique M. (Pays-Bas)

L’Académie répond :

Le plus fort contingent de mots français d’origine néerlandaise se rattache aux choses de la mer.

Ainsi :

affaler, aigrefin (poisson), amarrer, bac, bateau, beaupré, berme (de canal), bôme, cabillaud, cague, cajute, cambuse, caquer, clinfoc, coq (cuisinier), digue, dock, dogre, drège, droguerie (préparation du hareng), drogueur (pêcheur de hareng), dune, écoute, épisser, équiper, flibustier, foc, gréer, lamaneur, lest, locman, marsouin, matelot, merlin, mouette, quille, saur (fumé), stockfish, vase... On peut également citer : bouquin, brandevin, brodequin, calandre (charançon), cancrelat, cliver, colza, drille (soudard), étai (support), étape, faille (vêtement, étoffe), frelater, gripper, gruger, hobereau, houblon kermesse, lai, d’où layette, lambrequin, mannequin (petit panier), mannequin (figure de bois), plaque, scorbut, troussequin (de selle), vacarme, varlope, vilebrequin...

Karen C. (France)

Le 5 décembre 2019

Courrier des internautes

Peut-on dire « je mange du brebis », ou « je mange du chèvre » en parlant de fromage ?

Certains d’entre nous disent que cela ne se dit jamais, que c’est un abus de langue, même si dans le contexte on sait que l’on parle de fromage...

D’autres pensent que « manger du chèvre » est correct mais pas « manger du brebis ».

Karen C. (France)

L’Académie répond :

Force est de constater qu’à ce jour, seul le nom chèvre peut être employé par métonymie pour désigner le fromage fabriqué avec le lait de cet animal. L’usage accepte très bien manger du chèvre, acheter un chèvre, mais refuse manger du vache, acheter un vache, sans doute en raison de la très grande variété des fromages fabriqués avec du lait de vache. Il refuse aussi manger du brebis, acheter un brebis, sans doute pour la raison inverse ; le fromage de lait de brebis est moins courant, aussi garde-t-il l’appellation fromage de brebis.

Louis-Gabriel P. (Canada)

Le 5 décembre 2019

Courrier des internautes

Une question de français m’habite depuis une dizaine d’années. Elle concerne la phrase suivante :

« Rien n’est simple entre nous, mais ça ne veut pas dire que rien n’est impossible. »

Ai-je raison d’affirmer que la phrase est erronée, si on veut lui donner un caractère optimiste ?

Louis-Gabriel P. (Canada)

L’Académie répond :

Monsieur,

Votre analyse est juste. Il y a dans cette phrase une multiplication hasardeuse des tours négatifs : ne veut pas dire ; rien ; impossible.

Si on souhaite une lecture optimiste de cette phrase, il faut en effet écrire : cela ne veut pas dire que rien n’est possible.

Pascal T. (France)

Le 5 décembre 2019

Courrier des internautes

Sauriez-vous ce que signifient les mots suivants (ce sont des outils anciens) : leigu, feunate, lopinière, touyon et bouterolle.

Merci d’avance de votre réponse.

Pascal T. (France)

L’Académie répond :

Le touyon est un chaudron utilisé pour cuire la potée des porcs. C’est un nom régional des Vosges.

La lopinière est le nom d’une tenaille de maréchal-ferrant à mors épais pour saisir les lopins (c’est-à-dire des morceaux de fer destinés à être façonnés en fer à cheval).

Le leigu est une pioche.

Feunate désigne une fourche à fumier en Lorraine.

Bouterolle désigne plusieurs outils. Ce nom est donné à une matrice utilisée pour former la tête des clous sur une cloutière. C’est aussi un marteau de forge, à nez pointu et creux.

Dans l’art vétérinaire, c’est un fer à cautériser, utilisé après qu’on a coupé la queue d’un animal, en particulier d’un cheval. Chauffé au rouge et approché de la coupure il arrête l’écoulement du sang et favorise la cicatrisation ; on l’appelle aussi « brûle-queue. »

La bouterolle de bijoutier est un petit outil à tête sphérique en bois très dur ou en acier permettant d’emboutir des petits volumes sur un tas spécifique dit dé à emboutir.

Enfin la bouterolle de tonnelier est une sorte de poinçon destiné à arrondir les têtes de rivets assujettissant les cerclages de fer.

Nous avons tiré toutes ces informations de l’excellent Dictionnaire des outils de Daniel Boucard.

Pherton C. (Haïti)

Le 5 décembre 2019

Courrier des internautes

Pourquoi appelle-t-on le français la langue de Molière... ?

Pherton C. (Haïti)

L’Académie répond :

On appelle le français la langue de Molière parce que l’on considère que son œuvre est la meilleure illustration de la beauté de cette langue. On appelle de même l’anglais la langue de Shakespeare ; l’allemand la langue de Goethe ; l’espagnol la langue de Cervantès et l’italien la langue de Dante.

J. Xavier C. (France)

Le 7 novembre 2019

Courrier des internautes

Bonjour, je m’interroge sur la prononciation des mots qui finissent par -us : quand faut-il prononcer le « s » ? exemple : on ne le prononce pas pour talus, opus, ardus, mais on prononce pour malus, anus ou humus.

J. Xavier C. (France)

L’Académie répond :

En général dans les mots empruntés du latin qui ont conservé leur forme originale, le s final se fait entendre. C’est pourquoi on l’entend aussi dans opus.

Quand il s’agit de mots en -u au pluriel, on ne prononce jamais le s, comme dans ardu, ardus.

Jason L. (France)

Le 7 novembre 2019

Courrier des internautes

Bonjour, j’aimerais savoir la position de la langue française et de l’Académie française concernant la désignation de la province la plus au nord de l’Italie « Trentino Alto-Adige/Südtirol ». Parlons-nous du Haut-Adige ou du Tyrol du Sud pour désigner la partie germanophone dont le chef-lieu est Bolzano/Bozen ? D’ailleurs, pouvons-nous appeler la ville Bolzane ? Faisons-nous un choix politique si nous utilisons un terme et pas l’autre ?

Je vous remercie pour votre réponse.

Jason L. (France)

L’Académie répond :

À ma connaissance, cette ville n’a jamais été appelée Bolzane.

Le Larousse du xixe la présente à l’article Bolzen, en signalant qu’on dit aussi Bolzano. Le Larousse du xxe fait l’inverse.

On trouve à la fois Trentin Haut-Adige et Tyrol du Sud.

Je ne pense pas que choisir l’un ou l’autre soit un choix politique, le premier nom a un caractère plus administratif, le second, plus géographique.

Jérémy B. (France)

Le 7 novembre 2019

Courrier des internautes

Apiculteur, bientôt professionnel, j’entends utiliser de temps en temps un mot particulier (« anecbalique »), qui signifie que la reine d’une ruche en tolère une autre. Ce qui « ne devrait pas » être possible, une ruche ne supportant qu’une seule reine.

Passionné par notre langue et la richesse de son vocabulaire, je n’arrive pas à trouver l’étymologie de ce mot, ni une définition vraiment précise. Vous serait-il possible de m’éclairer concernant ?

Je vous remercie d’avance et vous prie d’agréer l’expression de mes meilleures salutations,

 

Jérémy B. (France)

L’Académie répond :

Ce mot ne figure dans aucun des ouvrages que j’ai consultés (on le trouve néanmoins dans nombre de publications spécialisées), mais il est vraisemblablement formé à partir d’éléments grecs : le préfixe négatif ou privatif an- et le verbe ekballein, « lancer en dehors, repousser, chasser », lui-même formé du préfixe ek-, « de, hors de », et du verbe ballein, « lancer » – à l’origine, entre autres, de mots comme discobole ou balistique. La reine anecbalique est donc bien une reine « qui ne chasse pas, qui ne repousse pas ».

Jonathan C. (Belgique)

Le 7 novembre 2019

Courrier des internautes

Bonjour, j’écris pour savoir s’il existe un mot plus fort que amour ou aimer. Car je trouve que ce mot n’est pas suffisant pour exprimer ce que je ressens à ma future femme.

Jonathan C. (Belgique)

L’Académie répond :

Vaste problème qui se pose depuis que l’espèce humaine sait parler et sait aimer. Le mot amour semble parfois usé. Il vous appartient de trouver des périphrases qui sauront exprimer au mieux la force de vos sentiments.

Mariane M. (France)

Le 7 novembre 2019

Courrier des internautes

Bonjour,

En lisant les « Contes humoristiques » de T. Gautier, et plus particulièrement « Le Garde National réfractaire », je suis tombé sur cette phrase : « Pendant un an, le réfractaire a connu les angoisses des voleurs et mené la vie errante des proscrits, la plus atroce vie que l’on puisse imaginer, le tout pour aboutir à ce Spielberg du quai d’Austerlitz, que l’on nomme Maison d’arrêt de la Garde Nationale, et plus familièrement, Bazancourt, ou l’Hôtel des Haricots. » J’ai été surpris de retrouver le mot « Spielberg » dans un texte du xixe siècle alors que je l’ai toujours identifié au réalisateur de cinéma. J’ai voulu retrouver la signification de ce mot à cette époque, mais aucune trace sur les différents dictionnaires que j’ai consultés hormis quelques noms de ville et le fameux réalisateur de cinéma. De plus en consultant une carte, je n’ai trouvé aucun lieu ayant pour nom « Spielberg » à Paris. Pourriez-vous m’aider à trouver le sens de ce mot ?

Mariane M. (France)

 

L’Académie répond :

Madame,

La forteresse du Spielberg est située à côté de Brno, anciennement Brünn, la capitale de la Moravie, en Tchéquie. C’était une prison d’État.

On y enferma des révolutionnaires français et des patriotes italiens voulant se débarrasser du joug de l’empire d’Autriche-Hongrie.

Au nombre de ces derniers figurait Silvio Pellico qui, après sa libération, a raconté sa captivité dans Le Mie Prigioni, « Mes prisons ».

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