Dire, ne pas dire

Courrier des internautes

Collège Beaumanoir Classe 6E. (France)

Le 6 février 2020

Courrier des internautes

Bonjour,

Nous sommes le collège Beaumanoir de Ploërmel, dans le Morbihan.

La classe de 6E voudrait vous poser deux questions.

Première question : pourquoi la lettre « z » est-elle la dernière de l’alphabet ?

Deuxième question : plus largement depuis quand l’alphabet français suit-il un ordre A,B,C ? Qui a décidé de cet ordre ?

En vous remerciant par avance de vos réponses.

Collège Beaumanoir Classe 6E. (France)

L’Académie répond :

Chers élèves,

Comme bien souvent, en matière de langue, il s’agit d’une question d’héritage. Notre alphabet vient du latin. Dans cette langue Z était la 23e et dernière lettre. Il a été ajouté à la fin de la République pour rendre la lettre Z (dzéta) dans les mots empruntés du grec. Il a d’abord figuré à la 7e place, mais on utilisait plutôt s ou ss pour dzéta, alors on l’a remplacé, à cette place, par g au 3e siècle avant Jésus-Christ.

L’alphabet latin est composé à l’aide de l’alphabet grec. D’ailleurs le mot alphabet vient d’alpha et bêta, le nom des deux premières lettres de cet alphabet.

J’espère avoir répondu à vos questions et vous souhaite beaucoup de bonheur dans vos études.

Leya B. (France)

Le 6 février 2020

Courrier des internautes

Bonjour,

Je suis étudiante et j’ai une question à vous poser.

Est-il juste de dire « paupérisation de la langue française » plutôt que « appauvrissement de la langue française » ?

En attendant votre réponse.

Leya B. (France)

L’Académie répond :

Madame,

Le mot paupérisation se prête moins qu’appauvrissement à des emplois figurés. On trouve à ce dernier article, dans notre Dictionnaire, l’exemple suivant : L’appauvrissement d’une langue.

Romain D. (France)

Le 6 février 2020

Courrier des internautes

Bonjour,

Je me permets de vous solliciter concernant une expression qui fait débat. Quelle est l’origine de l’expression : prendre son pied ?

Merci de vos lumières.

Romain D. (France)

L’Académie répond :

Monsieur,

L’expression c’est le pied est d’introduction récente en français. Elle a été beaucoup employée à partir de 1968 et dans les années suivantes pour exprimer toutes sortes de satisfactions, sexuelles ou non. Elle provient sans doute de l’expression que vous citez, un peu plus ancienne (années 1930) : prendre son pied. Celle-ci renvoie au sens argotique du mot pied, à savoir part, portion : prendre son pied signifie donc prendre sa part (de plaisir).

Vincent V. (France)

Le 6 février 2020

Courrier des internautes

Bonjour,

Je suis professeur de français et mes élèves m’ont posé une colle lors d’un cours sur l’impératif. Ils m’ont demandé pour quelle raison le « S » était absent de la deuxième personne du singulier des verbes du premier groupe (Mange ta soupe / Range tes affaires).

Vincent V. (France)

L’Académie répond :

Monsieur,

C’est un héritage du latin. Les verbes du 1er groupe français (en -er) sont issus des verbes latins du 1er groupe (en -are). En latin, à la 2e personne, c’est le -s qui permettait de distinguer la 2e personne de l’indicatif singulier (amas, « tu aimes » ; laboras, « tu travailles », de l’impératif ama « aime » ; labora, « travaille »). Nous avons conservé cette distinction.

Béatrice L. (France)

Le 9 janvier 2020

Courrier des internautes

Bonjour, Pourquoi écrit-on j’écris et nous écrivons ? Origine de la lettre v ? Je vous remercie. Agréable journée.

Béatrice L. (France)

L’Académie répond :

La lettre V d’écrivons est liée à l’évolution phonétique.

En latin, écrire se dit scribere. B est une consonne occlusive labiale sonore. Celle-ci pouvait changer selon son environnement.

Dans scribere, elle est entre deux voyelles, qui sont très sonores, et elle se maintient. Dans scriptura, à l’origine de scriptural et d’écriture, b au contact de la dentale sourde t s’est assourdi en p. (Pour écriture, le groupe –pt- a donné –tt- puis t.

Pour écrivons (et aussi écrivain), la lettre b s’est affaiblie et a donné la fricative labiale sonore V.

Gabrielle R. (France)

Le 9 janvier 2020

Courrier des internautes

Pourriez-vous me dire quelles sont les règles concernant les alinéas en début de paragraphe lorsqu’on écrit un texte ? (résumé, article, etc.)

Les alinéas sont-ils obligatoires ? si oui, dans quel cas ? Facultatifs ?

Gabrielle R. (France)

L’Académie répond :

En bonne typographie, on doit mettre un alinéa au début de chaque paragraphe ; mais il s’agit d’une règle de composition et non d’une règle d’orthographe.

Henry-Arnaud T. (Suisse)

Le 9 janvier 2020

Courrier des internautes

Ce soir avec ma classe d’adulte, nous sommes tombés sur les adjectifs saisonniers.

On dit donc (je simplifie un peu) :

« estival » pour « en été »,

« automnal » pour « en automne »

« hivernal » pour « en hiver »

« printanier » pour « au printemps ».

Pourquoi donc le printemps bénéficie-t-il de ce traitement de faveur ?

D’avance merci.

Henry-Arnaud T. (Suisse)

L’Académie répond :

Estival et automnal sont tirés de formes latines de même sens, aestivalis et autumnalis. Hivernal est dérivé du français hiver et printanier, de printemps. Mais il existe aussi en français deux autres adjectifs, empruntés du latin, pour qualifier ces saisons. Il s’agit de hiémal, emprunté de hiemalis, « d’hiver » et de vernal, emprunté de vernalis, « de printemps ».

Luc M. (France)

Le 9 janvier 2020

Courrier des internautes

Bonjour,

Faut-il dire « c’est à eux de lui payer le salaire » ou bien « c’est à eux à lui payer le salaire » ?

Merci de votre réponse et de vos explications.

Luc M. (France)

L’Académie répond :

La construction c’est à vous à faire telle chose est littéraire. Le Dictionnaire de l’Académie (9e édition) propose, dans l’article faire, la phrase C’est à vous à faire que rien ne manque, qu’il qualifie de « classique ».

Elle réapparaît dans l’usage courant, mais elle ne présente pas de nuance de sens par rapport à la construction concurrente, qui utilise la préposition de.

Martin T. (France)

Le 9 janvier 2020

Courrier des internautes

Bonjour,

Si l’on m’a appris qu’il ne faut pas utiliser en français « Mr » et lui préférer « M. », j’ai cru lire un jour que l’Académie française ne l’interdisait pas.

Je vous serai très reconnaissant de bien vouloir actualiser mes connaissances.

Martin T. (France)

L’Académie répond :

La septième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1878) laissait le choix entre Mr et M. Littré, le Grand Dictionnaire de Pierre Larousse et, plus tard encore, le Larousse du xxe siècle faisaient de même. Mr a ensuite été considéré comme désuet, et la huitième édition (1935) du Dictionnaire de l’Académie ne mentionne plus que M. La neuvième édition, en cours de publication, réexaminera cette question, car Mr connaît une nouvelle faveur : on l’utilise pour éviter la confusion avec l’abréviation des prénoms masculins commençant par M.

Mr a sur M. un autre avantage : en composition typographique et associé, comme c’est souvent le cas, à Mme, il est plus agréable à l’œil puisque le r fait pendant avec le me de Mme. C’est particulièrement vrai quand on écrit le r et le me au-dessus de la ligne, selon le meilleur usage.

D’ailleurs les autres titres de civilités s’abrègent par retranchement médian et conservent leur dernière ou dernières lettres (Mme pour Madame, Mlle pour Mademoiselle, Mgr pour Monseigneur, Me pour Maître…), donc sans point abréviatif.

Si Mr pour Monsieur est très fréquent, Mrs pour Messieurs est plus rare. Cette forme, elle non plus, ne doit rien à l’anglais, puisque dans cette langue Mrs. signifie Madame. Mais ce risque de confusion n’est peut-être pas étranger à la relative désaffection de Mrs en français.

 

Sarah N. (France)

Le 9 janvier 2020

Courrier des internautes

Je travaille pour une collectivité territoriale. Suite à un jeu autour des mots et de l’orthographe, nous avons un désaccord avec certains collègues sur l’authenticité du mot : séduisable. Pouvez-vous me confirmer que ce mot n’existe pas dans notre langue française.

Sarah N. (France)

L’Académie répond :

Ce mot est un barbarisme. Les formes en -able sont liées à des verbes du 1er groupe. Les verbes en -duire font les adjectifs marquant une terminaison en -ctible : conductible, déductible, etc. Ce qui correspond à séduire est séductible. On trouve même inséductible, « qu’on ne peut séduire », chez Stendhal.

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