Dire, ne pas dire

Courrier des internautes

Charles P. (France)

Le 2 mai 2019

Courrier des internautes

Bonjour, j’aimerais savoir si la chair de poisson peut être considérée comme de la viande ? La définition actuelle semblerait le valider mais elle est assez vague : « Chair des animaux et des oiseaux dont on se nourrit. » Les définitions des précédents dictionnaires l’excluaient en faisant référence aux animaux terrestres.

Merci de vos éclaircissements.

Charles P. (France)

L’Académie répond :

On ne considère pas la chair du poisson comme de la viande, sauf si l’on prend viande avec le sens qu’il avait dans la langue classique où il signifiait « aliment, nourriture ».

Aujourd’hui, viande s’emploie pour désigner la chair des mammifères et des oiseaux dont se nourrit l’homme.

Au Moyen Âge, les règles alimentaires dans les milieux monastiques – où l’on ne saurait, bien sûr, consommer de la viande pendant le carême ou les vendredis – amenèrent les autorités religieuses à s’interroger, non sur le fait que la chair de poisson pouvait être considérée comme de la viande, mais sur ce qu’était un poisson. D’aucuns étaient d’avis que l’on pouvait manger loutres, castors et phoques puisque ces animaux vivaient beaucoup dans l’eau.

David V. (France)

Le 2 mai 2019

Courrier des internautes

Bonjour, un débat anime mes collègues. Devons-nous écrire : elle souscrit à un contrat, elle souscrit un contrat ou les deux peuvent s’écrire ?

Je vous remercie par avance pour votre réponse qui me permettra de trancher, même si le débat est passionnant.

David V. (France)

L’Académie répond :

Au sens de « s’engager à payer, en signant », on dit : souscrire quelque chose : souscrire un billet, une traite à tant de mois d’échéance.

Au sens de « s’engager à acheter, à fournir une somme pour sa part », on dit : souscrire à quelque chose : souscrire à un emprunt, à une augmentation de capital ; souscrire à une émission d’actions, à des actions.

Lucas. L. (France)

Le 2 mai 2019

Courrier des internautes

En grand débat avec une amie, je souhaite savoir si la négation se fait bien avec « ne » et « pas » (ou point, guère, etc.) plutôt que simplement avec « ne ».

Pour résumer, doit-on dire « Ils ne savent comment s’y prendre » ou « Ils ne savent pas comment s’y prendre » ?

Merci d’avance pour votre réponse.

Lucas. L. (France)

L’Académie répond :

Ne suffisait à marquer seul la négation dans la langue ancienne, et cet usage subsiste dans nombre de tournures, d’expressions, ainsi que dans des propositions conditionnelles. Il ne dit mot. N’importe ! N’empêche qu’il a raison. Elle n’en a cure. À Dieu ne plaise. Qu’à cela ne tienne. Si je ne m’abuse. Si vous n’y mettez bon ordre. Il n’a de cesse de repartir. Je n’ai que faire de vaines promesses. Prov. Il n’est pire eau que l’eau qui dort. Il n’est pire sourd qui ne veut entendre. Cet usage, toujours vivant dans la langue soutenue, est préféré à la double négation dans certaines constructions, notamment : - avec des verbes comme cesser, oser, pouvoir. Il ne cesse de parler. On n’ose vous le promettre. Elle ne pourra achever son travail avant ce soir. - dans des phrases interrogatives. Il a de bons côtés : qui n’a les siens ? Qui ne l’a entendu cent fois raconter son histoire ? - dans des phrases interrogatives ou exclamatives introduites par que pris au sens de pourquoi et exprimant le souhait, l’imprécation. Que ne le disiez-vous plus tôt ? Que n’êtes-vous auprès de nous ! dans des propositions subordonnées, quand la proposition principale est négative ou interrogative. Il n’est pas d’homme qui ne désire être heureux. Y a-t-il quelqu’un dont il ne médise ?

Dans la phrase que vous citez, ne pas employer la négation pas est la marque d’une langue soutenue.

Mara D. (France)

Le 2 mai 2019

Courrier des internautes

J’entends souvent la question suivante: « Qu’est-ce que vous évoquent ces images ? » Évoquer étant un verbe transitif, il me semble qu’il conviendrait plutôt de dire : « Qu’est-ce qu’évoquent en vous (ou pour vous) ces images ? »

Merci de votre aide.

Mara D. (France)

L’Académie répond :

Qu’est-ce que vous évoquent ces images ? est correct. L’hésitation que l’on peut avoir est sans doute liée au fait que, au deux premières personnes du singulier et du pluriel, les pronoms personnels C.O.D. et C.O.I. ont la même forme : Il me, te, nous, vous parle et il me, te, nous, vous salue. Alors qu’à la 3e personne il change. Il lui, leur parle, mais il le, les salue. On dirait Qu’est-ce (C.O.D.) que lui (C.O.I) évoquent ces images.

Nadia T. (France)

Le 2 mai 2019

Courrier des internautes

Bonjour, nous avons un débat avec mes collègues (journalistes) sur le fait de mettre ou non une majuscule à Noir ou Blanc dans une dépêche relative à une actualité (le rappeur Nick Conrad par exemple) : un Noir ou un noir, une Blanche ou une blanche ? Mais aussi une jeune blanche ou une jeune Blanche, un jeune noir ou un jeune Noir ? Ce sont des questions que je me posais souvent quand j’étais en poste à Washington mais à l’époque, la consigne était de ne pas mettre de majuscule à noir et blanc (ex : un noir a été tué par un policier à Sacramento...).

Nadia T. (France)

L’Académie répond :

Dans ce cas, ces noms, qui sont des noms de personnes considérés comme appartenant à un peuple, prennent la majuscule: un Blanc, une Blanche, un Noir, une Noire.

Dans un jeune Blanc, un jeune Noir, on considère que jeune est l’adjectif; Noir et Blanc gardent la majuscule. On écrit, sans majuscule, un homme blanc, une femme noire car ici blanc et noire ne sont pas des noms mais des adjectifs.

Denis. P. (France)

Le 4 avril 2019

Courrier des internautes

Bonjour, on pourrait évoquer « écrire, ne pas écrire »... La proposition d’absence de pluriel dans la phrase « ...les certificats concernant M. et Mme XY, vos oncle et tante... » est-elle exacte ou faudrait-il mettre oncle et tante au pluriel. Quelle est la règle en la matière ?

Denis. P. (France)

L’Académie répond :

On met, après un adjectif possessif au pluriel, les noms au pluriel s’ils sont plusieurs, au singulier si chacun d’eux est unique. Tu honoreras tes père et mère; Il vient avec ses frère et sœur (il a un frère et une sœur) ; Il vient avec ses frères et ses sœurs (il a au moins deux frères et deux sœurs).

Elies El G. (France)

Le 4 avril 2019

Courrier des internautes

Je voudrais savoir si le mot sombreté existe bien. Quelques dictionnaires en ligne me proposent seulement sombreur. Or je sais que j’ai déjà rencontré dans des romans du xixe le substantif de l’adjectif sombre s’orthographiant avec le suffixe -. Pourriez-vous m’éclairer à ce sujet ? Et j’aurais la même question avec le substantif de l’adjectif vaste.

Pouvons-nous bien dire la vasteté et la vastitude ? Deux autres termes déjà croisés dans mes différentes lectures...

D’avance je vous remercie pour votre réponse.

Elies El G. (France)

L’Académie répond :

De sombre ont été tirées les formes sombreuseté, sombreur, que l’on trouve chez Flaubert et sombreté, que Mercier évoque dans Néologie ou Vocabulaire de mots nouveaux, à renouveler ou pris dans les acceptions nouvelles car il en a trouvé une attestation chez Restif de La Bretonne.

Vastité (et non vasteté) et vastitude sont moins rares. Vastité, emprunté du latin vastitas, « désert, solitude », « dévastation, ravage » et « grandeur démesurée », se lit chez du Bellay.

Vastitude, emprunté du latin vastitudo, « dévastation, ravage ; proportions énormes », était présenté par Littré comme un néologisme.

Nathalie L. (France)

Le 4 avril 2019

Courrier des internautes

J’ai toujours un souci pour accorder plusieurs adjectifs après un nom. Je m’explique : doit-on écrire les populations urbaine et rurale ou urbaines et rurales ?

Nathalie L. (France)

L’Académie répond :

Les deux sont possibles. Si vous considérez qu’il y a une population rurale et une population urbaine, on écrira les populations rurale et urbaine, mais on peut aussi estimer qu’il y a des populations rurales et des populations urbaines et dans ce cas, on écrira les populations rurales et urbaines. Dans certains cas en revanche, seul le singulier s’impose : apprendre les langues grecque et latine.

Paul D. (France)

Le 4 avril 2019

Courrier des internautes

J’aimerais savoir quelle règle s’applique lorsque dans la phrase : « As-tu son innocente vidéo ? », nous utilisons le déterminant masculin « son » alors que le nom « vidéo » féminin ?

On dirait que c’est lié à l’adjectif « innocente », non ?

Je vous remercie par avance pour votre réponse.

Paul D. (France)

L’Académie répond :

Devant un nom commençant par une voyelle ou un h muet, les adjectifs possessifs ma, ta, sa deviennent mon, ton, son pour éviter l’hiatus.

Mon amie et non ma amie ; Ton épée et non ta épée ; Son oreille et non sa oreille.

On dira donc son inoubliable vidéo, mais, bien sûr, sa vidéo inoubliable.

Raphaël M. (France)

Le 4 avril 2019

Courrier des internautes

Pourriez-vous m’indiquer quelle est l’origine du nom Voltaire, de son vrai nom Marie Arouet.

Vous en remerciant par avance.

Raphaël M. (France)

L’Académie répond :

Bien que discutée, l’explication la plus répondue est celle-ci : Voltaire est l’anagramme d’Arouet l(e) j(eune).

En latin, les lettres I et V avaient deux valeurs ; elles étaient prononcées comme des voyelles quand elles étaient entre des consonnes et comme des consonnes quand elles étaient entre voyelles. À la fin du Moyen Âge, ces doubles valeurs ont été signalées par deux paires de lettres : u et v, d’une part et i et j, d’autre part.

Le u d’Arouet peut donc être transcrit par un v et le j de le j(eune) par un i. On a ainsi toutes les lettres pour écrire Voltaire.

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