Dire, ne pas dire

Courrier des internautes

Enrico R. (France)

Le 07 juillet 2017

Courrier des internautes

Je vous écris parce que, malgré toutes mes tentatives, je ne suis pas arrivé à comprendre pourquoi dans la langue française, le mot « art » est devenu masculin alors que en latin il était féminin. Auriez-vous la gentillesse de m’indiquer quelques repères pour satisfaire ma curiosité ?

Enrico R. (France)

L’Académie répond :

Au début du Moyen Âge, art se rencontre encore au féminin et l’on a des traces de cet emploi jusqu’au xvie siècle.

Le passage du féminin au masculin se fait par analogie avec des autres noms en –rt : Dans notre Dictionnaire sept noms terminés ainsi sont féminins, alors que soixante-sept sont masculins. Dans les noms en -art, on compte quatre féminins mais vingt-sept masculins.

Le passage d’un genre à l’autre a été facilité par le fait qu’art commence par une voyelle et que l’article défini ne peut indiquer le genre puisqu’au singulier il s’élide en l’ et qu’au pluriel la forme les ne révèle pas non plus le genre.

Karine E. (France)

Le 07 juillet 2017

Courrier des internautes

Dans ces deux exemples, quelle construction est correcte ?

1) Le peintre en a réalisé pas moins de cinq versions.

Le peintre n’en a pas réalisé moins de cinq versions.

2) Ce travail a demandé pas moins de six mois.

Ce travail n’a pas demandé moins de six mois.

Karine E. (France)

L’Académie répond :

On dira plutôt « a demandé pas moins de... » en considérant pas moins comme une locution figée (le forclusif pas n’est plus senti comme partie de la négation mais forme avec moins une entité sémantique). On dirait de la même manière « Pas moins de cinq versions ont été nécessaires... » ce qui montre bien l’autonomie du groupe pas moins.

Louve L. (France)

Le 07 juillet 2017

Courrier des internautes

J’aurais une question à propos du verbe « suicider ». Ce verbe signifie déjà « se tuer », alors pourquoi doit on rajouter « se », « te », « me », « vous », ou « nous » ?

Louve L. (France)

L’Académie répond :

Le mot suicide et ses dérivés ont longtemps été critiqués. Au XVIIIe siècle, il désigne d’abord « la personne qui se suicide ». Le mot est rare et discuté jusqu’à la fin du XVIIIe siècle et on lui préfère « homicide de soi-même » (Voltaire Du suicide ou de l’homicide de soi-même (1739).

Le dérivé se suicider a été considéré comme mal formé, l’élément sui équivalent à se (1842, Académie) on recommandait au XIXe siècle suicider, intransitif.

Cela étant, malgré les reproches qui lui ont été faits, se suicider est entré dans l’usage et il semble tout à fait impossible de le remplacer par une autre forme.

Simon N. (Canada)

Le 07 juillet 2017

Courrier des internautes

Comme je vais devoir au cours des prochains mois coordonner la fusion de 10 paroisses catholiques du Québec, j’aimerais beaucoup savoir l’origine et surtout le sens profond de l’expression « Esprit de clocher ».

Il y a sûrement toute une histoire derrière cette expression. Merci d’aider à parfaire ma compréhension de cette expression.

Simon N. (Canada)

L’Académie répond :

L’esprit de clocher désigne un attachement excessif à son village (l’église étant traditionnellement située au cœur de celui-ci), au milieu dans lequel on vit et une étroitesse d’esprit qui amène à rejeter tout ce qui leur est étranger.

Dans le Val d’Aoste, une région francophone d’Italie, on appelle aussi cette disposition d’esprit le campanilisme, un nom dérivé de l’italien campanile, « clocher ».

Édith L. (France)

Le 01 juin 2017

Courrier des internautes

Faut-il dire : « les femmes ont répondu présent » ou « les femmes ont répondu présentes » ? Merci pour votre réponse.

Édith L. (France)

L’Académie répond :

Il n’y a pas de règle. On constate que de plus en plus présent est considéré comme invariable. Mais elles ont répondu présente est correct (chacune a dit qu’elle était présente), de même qu’elles ont répondu présentes (elles n’ont pas été interrogées individuellement et leur réponse signifie qu’elles sont toutes là).

Il n’est donc pas possible de trancher une fois pour toutes. Sachez simplement que l’usage est plutôt d’écrire « Elles ont répondu présent ».

Gaelle T. (France)

Le 01 juin 2017

Courrier des internautes

Des amis étrangers m’ont posé la question suivante : Doit-on dire : « la première fois où... » ou « la première fois que... » ?

Je n’ai pas su leur donner une réponse claire et leur expliquer la nuance.

Gaelle T. (France)

L’Académie répond :

Les deux peuvent se dire.

Le Moyen Âge et la langue classique ont souvent substitué que à dont ou bien à ou à un pronom relatif précédé d’une préposition (dans lequel, etc.) :

Me voyait-il de l’œil qu’il me voit aujourd’hui ? (Racine.)

Du temps que les bêtes parlaient (La Fontaine).

La langue littéraire veut parfois rester fidèle à cet ancien usage en employant que au lieu de: L’hiver qu’il fit si froid (Ac.). Le jour que cela est arrivé (Ac.). Au moment que je le reverrai (Ac.). Au moment qu’il allait entrer (...). Certaine nuit que devait venir l’enlever son amant (A. Gide, Isabelle). L’usage normal est pourtant d’employer. On notera toutefois qu’on doit employer que après certaines expressions marquant le temps, comme aujourd’hui, à présent, maintenant, chaque fois, la première fois, il y a deux ans ou longtemps, voici (ou depuis) deux ans, voilà longtemps :

Maintenant qu’il est là. Il y a un mois que je ne l’ai vu.

Depuis trois ans qu’il vivait à l’étranger. Chaque fois que je l’ai vu.

Notons en revanche que, dans la langue classique, la conjonction se rencontrait dans certaines tournures en lieu et place des formes complexes (pronom relatif associé à une préposition) qu’on utilise aujourd’hui : « C’est l’unique bonheur mon âme prétend… (Corneille, Le Cid) » (on dirait aujourd’hui : « … auquel mon âme prétend »).

Jose M. (France)

Le 01 juin 2017

Courrier des internautes

Beaucoup d’hommes politiques disent : et donc. Fautif ou pas ?

Jose M. (France)

L’Académie répond :

Et donc n’est pas fautif, mais il ne faut pas en faire un tic de langage et il ne faut pas que ces deux conjonctions aient le même rôle. On lit par exemple, dans notre Dictionnaire, à l’article Porchaison : « État du sanglier lorsqu’il est le plus gros et donc le meilleur à consommer ».

Marianne F. (France)

Le 01 juin 2017

Courrier des internautes

On entend de plus en plus à la radio dans des publicités : « Interdit aux femmes enceintes et aux femmes allétantes ». Cette tournure me choque : pour moi allétant est un participe présent qui remplace « qui allètent ».

Pourriez-vous me dire si cette formulation est rentrée dans les mœurs ou s’il s’agit d’une faute de français s’il vous plaît ?

Marianne F. (France)

L’Académie répond :

Il faut écrire allaiter et allaitant (invariable comme participe présent, allaitant est variable en tant qu’adjectif verbal). On lit dans L’Alimentation humaine, de Raymond Lalanne (1942) : « Le manque d’albumines animales, en particulier, peut conduire aux accidents de dénutrition les plus graves, surtout chez les enfants et les adolescents, les femmes enceintes ou allaitantes. »

Nicolas P. (France)

Le 01 juin 2017

Courrier des internautes

Le terme « oppressif » et ses déclinaisons – oppressivement – sont-ils tolérés dans la langue française ?

En effet, je crains d’avoir affaire à un anglicisme.

Nicolas P. (France)

L’Académie répond :

L’adjectif « oppressif », dérivé d’oppresser (au sens ancien d’« opprimer »), est entré dans la 9e édition du Dictionnaire de l’Académie française, consultable gratuitement en ligne à l’adresse suivante : www.academie-francaise.fr.

Il est non seulement toléré mais tout à fait légitime pour signifier « qui opprime ; despotique » : des lois oppressives, un régime oppressif. En revanche, il ne doit pas s’employer au sens d’« oppressant ; qui gêne la respiration, qui angoisse » : il s’agirait alors d’un anglicisme.

Quant à l’adverbe oppressivement, il ne figure que dans quelques dictionnaires.

Patricia B. (France)

Le 01 juin 2017

Courrier des internautes

Bonjour, quelle est la bonne prononciation du O selon sa place dans un mot ?

Car j’entends, à la radio et ailleurs, prononcer pratiquement toujours le O fermé comme un O ouvert.

Seconde question : Doit-on dire « se moquer de quelqu’un » ou « moquer untel ».

Patricia B. (France)

L’Académie répond :

Vous pouvez indifféremment dire « Moquer quelqu’un » ou « Se moquer de lui ».

Quant à « o », il se prononce soit ouvert, comme dans mort, bord, robe, poste, soit fermé devant un s suivi d’une voyelle, comme dans close, rose, devant une consonne muette, comme dans croc, pot, et dans les cas où il est surmonté d’un accent circonflexe, comme dans pôle.

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