Dire, ne pas dire

Courrier des internautes

Matthieu L. (France)

Le 04 décembre 2015

Courrier des internautes

Concernant la cuisson d’un magret de canard peu poussée, le terme « rosé » est-il le seul autorisé, ou est-il possible d’employer également le terme « saignant ». Si cette dernière hypothèse est la bonne, les deux termes ont-ils exactement la même signification ou marquent-ils des niveaux de cuisson différents ?

Matthieu L. (France)

L’Académie répond :

Le terme saignant s’applique le plus souvent aux viandes rouges pour deux raisons : d’abord saignant implique que le sang perle au cœur de la viande ce qui ne sera pas le cas pour les viandes blanches du type volaille par exemple ; ensuite la cuisson saignante est un mode de cuisson des viandes rouges, non des autres viandes. Ainsi le canard se mange-t-il rosé ou à point, pas saignant : dans une viande rosée, le sang ne perle pas, il s’agit d’une cuisson différente du saignant, plus avancée en quelque sorte.

Michael S. (France)

Le 04 décembre 2015

Courrier des internautes

J’ai un problème avec le mot « hiatus ». Est-ce qu’on doit faire la liaison avec le déterminant « un » ? Je trouve des transcriptions phonétiques divergentes [œ̃njatys ou œ̃jatys].

Michael S. (France)

L’Académie répond :

En ce qui concerne hiatus, les auteurs ne s’accordent pas tous sur le h initial. Les uns le considèrent comme aspiré et les autres comme muet. Nous avons suivi Grevisse qui écrit : ce hiatus, au hiatus, du hiatus.

Il est vrai, cela étant, que pour la huitième édition de notre Dictionnaire, nos prédécesseurs l’avaient considéré comme muet et on lisait cet hiatus, l’hiatus.

E. (France)

Le 05 novembre 2015

Courrier des internautes

Auriez-vous des informations sur le mot « prohairesis » et « dihairesis » s’il-vous-plaît ? J’ai trouvé quelques informations via le site Wikipédia mais je ne parviens pas à comprendre. Peut-être pourriez-vous m’éclairer, malgré que ce ne soit pas du français.

E. (France)

L’Académie répond :

Il ne s’agit pas de termes français mais de transcriptions du grec. Ils n’entrent donc pas dans les dictionnaires d’usage.

Hairesis signifie « choix » en grec et a donné par l’intermédiaire du latin haeresis les mots « hérésie » et « hérétique » en français.

Le dictionnaire grec-français de Bailly nous apprend que prohairesis peut avoir plusieurs sens : « choix par avance » ou encore « volonté, plan, intention » chez Platon ; « parti pris, dessein prémédité » chez Démocrite. Il peut également s’entendre comme « sentiments et principes d’après lesquels on se règle, manière de penser ou d’agir ». Enfin, il peut avoir valeur de « principes politiques ».

Diaheresis signifie « jugement, séparation » (comme dans diérèse par exemple).

G. (France)

Le 05 novembre 2015

Courrier des internautes

Je trouve d’habitude toutes les subtilités qui me turlupinent grâce à votre site, référence inéluctable, et vous en remercie chaleureusement.

Cependant, de par la nature (c’est le cas de le dire) très usitée des mots qui m’intéressent aujourd’hui, je ne trouve pas de réponse catégorique et argumentée.

« Il est de nature protectrice » ou bien « il est de nature protecteur » ?

Bien que la première version semble davantage respecter les règles d’accord, la seconde version sonne décidément mieux à mes oreilles.

D’autant que l’on peut plus facilement intervertir ainsi : « Il est protecteur de nature ».

J’ai eu beau tenter ma recherche avec d’autres expressions comme « d’aspect », je reste bredouille.

G. (France)

L’Académie répond :

Les deux phrases que vous citez peuvent être proches par le sens mais, du point de vue de la syntaxe, elles se construisent différemment et entraînent donc un accord différent.

« Il est de nature protectrice » : l’adjective épithète protectrice qualifie le nom nature. On peut dire également : « Il est d’une nature protectrice ».

Dans la deuxième phrase « Il est protecteur de nature » : protecteur est un adjectif en fonction d’attribut du sujet il et s’accorde avec lui ; « de nature » est une locution qu’on pourrait reformuler par : « de sa nature, par nature ».

Le J. (France)

Le 05 novembre 2015

Courrier des internautes

Je suis très étonné de votre recommandation pour l’expression « dépenses somptuaires », en contradiction avec votre explication, l’étymologie, et génératrice d’un pléonasme.

Le J. (France)

L’Académie répond :

On lit dans L’Encyclopédie du bon français dans l’usage contemporain de Dupré, au sujet de l’expression Dépense somptuaire : « Elle a été blâmée par des puristes comme constituant un pléonasme affreux. Il n’en reste pas moins que somptuaire amène avec lui l’idée du luxe, de superflu, qui n’est pas dans dépense, et l’idée de dépense excessive, qui n’est pas dans somptueux. Pléonasme en toute logique, oui, dans une certaine mesure, mais parfois justifiable par un désir de précision ou d’intensité. »

Louis G. (Belgique)

Le 05 novembre 2015

Courrier des internautes

Pourriez-vous nous expliquer pourquoi nous prononçons VILLE et VRILLE ?

Louis G. (Belgique)

L’Académie répond :

La prononciation d’un mot est liée à son histoire autant qu’à son orthographe.

Votre question concerne la prononciation en français du groupe –ill- qui peut être articulé soit [iy], soit [il].

L’étymologie de vrille est complexe : il est issu du latin viticula qui donne veille [vèy] en ancien français puis, sans doute sous l’influence de virer, vrille prononcé [vriy].

Mais prenons un exemple plus simple à des fins de comparaison.

Fille est issue du latin filia(m), dans lequel le deuxième i était articulé comme la semi-consonne [y]. Il a assimilé le l qui précédait et on a prononcé [fiyya] puis [fiy].

Ville vient du latin villa(m), dans lequel le double l a vite été prononcé comme un seul l ; et on a gardé cette prononciation dans le passage du latin au français : [vil].

Nicolas A. (France)

Le 05 novembre 2015

Courrier des internautes

L’expression « s’y prendre » est-elle considérée familière ? Pouvons-nous écrire, par exemple dans un article : comment s’y prendre pour bien conduire un projet ?

Nicolas A. (France)

L’Académie répond :

Cette forme est correcte ; voyez ce que nous avons écrit à l’article prendre de notre Dictionnaire :

« Avec le pronom adverbial y. Accomplir, mener une affaire de telle ou telle manière. S’y prendre bien, mal. S’y prendre de travers. Il a dû s’y prendre à deux fois pour mettre le moteur en route. Elle s’y est prise trop tard. Elle sait s’y prendre avec les enfants, comment s’y prendre. Expr. fig. et pop. S’y prendre comme un pied, comme un manche, très mal. »

Paul D. (France)

Le 05 novembre 2015

Courrier des internautes

Bonjour ! Une petite question qui est source d’énervement à la maison : Le conditionnel est-il un mode ou un temps qui fait partie de l’indicatif ?

Paul D. (France)

L’Académie répond :

La grammaire traditionnelle fait du conditionnel un mode, mais nombre de grammairiens en font aujourd’hui un temps de l’indicatif ou du subjonctif.

Le conditionnel passé 2e forme est un subjonctif plus-que-parfait que l’on emploie dans certaines circonstances. Les conditionnels présent et passé 1ère forme sont des futurs du passé : Il dit qu’il viendra, il a dit qu’il viendrait ; il dit qu’il aura fini demain,  il disait qu’il aurait fini le lendemain.

On les trouve aussi, avec l’indicatif imparfait et plus-que-parfait, dans des systèmes conditionnels.

C’est aussi parce que notre langue est héritière du latin, dans lequel il n’y a pas de conditionnel, mais de l’indicatif et du subjonctif dans les systèmes hypothétiques, que certains font des temps du conditionnel des temps de l’indicatif ou du subjonctif.

Henri M. (France)

Le 01 octobre 2015

Courrier des internautes

Ayant travaillé près de trente ans à Radio Canada, j’ai eu l’habitude d’entendre dire que d’après l’Académie française on devait prononcer les noms propres étrangers de façon aussi proche que la façon français le veut.

Ainsi Vancouver doit se prononcer Vancouvèr et non Vanecouveur...

Depuis une semaine on entend parler de Kazan, j’ai toujours entendu parler de la Vierge de Kazan mais les journalistes sportifs prononcent Kazane ! Quelle prononciation est à recommander : Kazan ou Kazane ?

Henri M. (France)

L’Académie répond :

Il n’y a pas de règles de prononciation des noms propres en français, à moins qu’ils n’aient été francisés (ce qui est surtout le cas à date ancienne). Aujourd’hui donc c’est plutôt l’usage qui décide en la matière ; il peut, du reste, être sujet à des modes. Ainsi en France, on a pu dire, auparavant, [boston], mais on prononce aujourd’hui [bostone].

Pour Kazan, ville de Russie, l’usage est de prononcer [kazan] avec -an nasalisé et non [kazane] qui est la prononciation étrangère. C’est ce qu’indique également le Dictionnaire de la prononciation française de Léon Warnant, éditions Duculot, 1968.

Isabelle-Cristina de S. (France)

Le 01 octobre 2015

Courrier des internautes

Auriez-vous la gentillesse de me dire si on dit « la communion de Tom » ou bien « la communion à Tom » ?

J’en profite pour vous féliciter. J’ai regardé l’émission sur Antenne 2 et vraiment j’ai apprécié ce que fait l’Académie. Il est vraiment dommage que l’Éducation nationale ne suive pas la même ligne ! Merci pour votre réponse... Je suis une banlieusarde, immigrée, mais amoureuse de la France (ma mère patrie adoptive) et je souhaite lui rendre honneur en appliquant correctement son langage.

Isabelle-Cristina de S. (France)

L’Académie répond :

Au nom de toute l’équipe de Dire, Ne pas dire et du Service du Dictionnaire, merci pour vos compliments. Nous essaierons de nous en montrer dignes. On dit La communion de Tom.

La préposition à marque normalement l’appartenance après un verbe (cette maison est, appartient à notre ami). On l’emploie avec la même valeur devant un pronom, seule (un ami à nous) ou pour reprendre un possessif (c’est sa manière à lui). Mais on ne peut plus l’employer entre deux noms, comme on le faisait dans l’ancienne langue, sauf dans des locutions figées (une bête à Bon Dieu), par archaïsme ou dans un usage très familier. On dira : la voiture de Julie, les fleurs de ma mère.

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