Dire, ne pas dire

Courrier des internautes

Brigitte de M. (France)

Le 07 janvier 2016

Courrier des internautes

On entend de plus en plus souvent des formules comme « au niveau du goût, au niveau du prix, au niveau de la durée », etc. Est-ce que c’est correct ?

Étant étrangère, j’ai appris en classe : concernant ou en ce qui concerne. Est-ce que « au niveau » est plus savant ou plus « chic » ?

Brigitte de M. (France)

L’Académie répond :

Vous avez raison : la locution au niveau de ne s’emploie qu’au sens propre pour signifier à la hauteur (la fuite se trouve au niveau de la soudure). On peut l’employer au figuré mais pour exprimer une comparaison entre deux choses, toujours avec cette idée de hauteur : ses mérites ne sont pas au niveau de ses prétentions. Pour le reste, on emploiera en ce qui concerne, pour ce qui touche, du point de vue de, en matière de, quant à, sur le plan de, etc.

Bruno B. (France)

Le 07 janvier 2016

Courrier des internautes

Tout d’abord un grand merci pour votre rubrique « dire, ne pas dire », à la fois instructive et amusante, parfois surprenante, et en tout cas toujours plaisante.

Je m’interroge aujourd’hui sur le nom « calculette » utilisé pour désigner les petites machines à calculer de poche.

Dans ma jeunesse, le terme « calculatrice » était plus souvent utilisé, et il me semblait plus adéquat, dans la mesure où le suffixe « ette » apposé au radical « calcul » laisse penser que l’instrument ne permet de faire que de petits calculs, plutôt que de faire référence à la taille de l’objet.

Bruno B. (France)

L’Académie répond :

Dans le cas de calculette, le suffixe à valeur diminutive -ette ne porte pas sur l’importance des calculs effectués, mais sur la dimension de la machine (même si, in fine, les deux sont liés).

On lit, dans notre Dictionnaire, à l’article Calculatrice :

Calculatrice de poche, machine à calculer électronique de petit format (on dit aussi calculette).

Christian C. (France)

Le 07 janvier 2016

Courrier des internautes

J’entends souvent prononcer « le carrousel du Louvres » comme s’il y avait deux s, comme Cadet Roussel. Est-ce une exception ? Que préconise l’Académie ?

Christian C. (France)

L’Académie répond :

La prononciation correcte est carrouzel.

En effet, s en position intervocalique se prononce z, sauf si ce s est au début du radical du mot et que la voyelle qui le précède appartient au préfixe. On dit resituer et non rezituer.

Si l’on entend parfois carroussel, c’est sans doute par contamination du nom commun carrosse ou du nom propre Roussel.

Élisabeth C. (France)

Le 07 janvier 2016

Courrier des internautes

Comment orthographier le mot demi dans : une demi(e) (-) poire : accord ou non, trait d’union ou non

De même : une heure et demi (e) ?

Demi étant un adjectif, j’aurais donc tendance à l’orthographier comme tout autre adjectif, et sans trait d’union.

Élisabeth C. (France)

L’Académie répond :

Quand demi précède le nom qu’il modifie, il reste invariable et se lie à ce nom avec un trait d’union : Une demi-poire, un demi-bas.

Quand demi suit le nom qu’il modifie, il est précédé, sans trait d’union, de la conjonction de coordination et et s’accorde en genre avec le nom qu’il modifie.

Deux kilomètres et demi, deux heures et demie.

Enzo P. (France)

Le 07 janvier 2016

Courrier des internautes

J’aimerais savoir s’il existe une différence entre les mots « cancérigène » et « cancérogène ».

Enzo P. (France)

L’Académie répond :

Il n’y a pas de différence entre les deux termes. Cancérigène est plus ancien, mais comme les adjectifs médicaux en -gène sont généralement en -ogène (androgène, fibrinogène, glycogène, etc.), on a créé, par analogie, cancérogène.

M. M. (France)

Le 07 janvier 2016

Courrier des internautes

Dans un cadre professionnel, nous utilisons souvent le terme anglais « craving » pour désigner l’envie irrésistible de consommer une substance, par exemple. Savez-vous s’il est correct d’utiliser ce terme et s’il existe un équivalent en français ? J’ai entendu dire que ce mot venait de « crever » de soif / faim et pouvait donc être utilisé en français, est-ce exact ?

Par ailleurs, nous utilisons également le terme « addiction » et là encore, il m’a été dit que ce mot n’était pas français. Que faudrait-il dire ?

M. M. (France)

L’Académie répond :

Craving, du verbe to crave, « réclamer, désirer fortement », n’est pas tiré du français crever (de faim, de soif). Il vient, par l’intermédiaire du moyen anglais craven, de l’ancien anglais crafian, qui est apparenté à l’ancien nordique krefja, « demander, réclamer ».

On évitera donc de l’employer en français.

L’Académie française n’a pas fait d’entrée au mot addiction dans la neuvième édition de son Dictionnaire actuellement en cours.

Cependant, addiction ainsi que ses dérivés figurent dans les éditions les plus récentes de tous les dictionnaires d’usage et dans la plupart des encyclopédies actuelles (voir le tableau ci-joint). Ce mot, qui nous vient de l’anglais, est formé à partir du latin (addictio, addicere, « vouer, dédier », qui donne addictus, « qui s’abandonne à »).

Il existe des termes français tels que « dépendance », « pharmacodépendance », « accoutumance », voire « toxicomanie », en usage pour rendre cette idée, et l’on préfèrera de loin recourir à cette diversité de la langue française. Cela ne préjuge en rien de la décision que l’Académie française prendra d’introduire ou non ce mot dans la dixième édition de son Dictionnaire, pour peu qu’il soit alors bien ancré dans l’usage.

Alex S. (France)

Le 04 décembre 2015

Courrier des internautes

Pourquoi n’appelons-nous pas une licorne une unicorne sachant qu’en anglais on dit unicorn. (Et on ne pourrait pas plutôt dire unihorn en anglais ?)

Alex S. (France)

L’Académie répond :

Au Moyen Âge, la licorne s’est appelée unicorne.

On rencontre encore unicorne avec ce sens quand des auteurs veulent donner un aspect archaïsant à leurs écrits. On en a des attestations chez Claudel ou Lacretelle.

Ce nom est emprunté de unicornis – composé à partir de unus, « un seul », et cornu, « corne », qui était un adjectif en latin chrétien – qui désignait un animal fabuleux à une seule corne.

À partir du xviiie siècle, le nom unicorne désigne le narval.

Licorne se rencontre en français, d’abord sous la forme lycorne, depuis le xive siècle. C’est un emprunt de l’italien alicorno. Mais dans l’alicorno, l’article élidé l’ et la première lettre du nom ont été confondus avec l’article la.

La forme italienne est une altération de unicorno, emprunté du latin unicornus, « licorne ».

L’anglais nous a emprunté notre forme d’ancien français unicorne.

Antoine L. (France)

Le 04 décembre 2015

Courrier des internautes

J’ai eu récemment un débat avec un collègue qui employait l’expression « Les commentaires sont inutiles, les images sont de marbre. »

Il me semblait en effet que l’expression « être de marbre » s’appliquait plutôt à une personne dont les  émotions étaient indiscernables.

Voilà l’explication qu’il m’a fournie : de l’Antiquité jusqu’au xe siècle après J.-C. environ, le  marbre était utilisé pour représenter des images fortes et importantes (ex. : les rois utilisaient le marbre pour représenter une image de leur sacre).

De là est née l’expression « être de marbre » dans l’ancien français jusqu’au xive siècle qui s’utilisait  par exemple en énonçant « ce sacre est de marbre » ou encore en reprenant une citation de Clodomir 1er : « Sa puissance est et restera de marbre devant vous peuples à genoux » (en désignant une plaque de marbre qui représentait la sacre de Clovis).

N’ayant pas trouvé de trace de ce sens lors de mes recherches, je me tourne vers vous : pourriez-vous  éclairer ma lanterne ?

Antoine L. (France)

L’Académie répond :

Je n’ai jamais lu cette explication. Si l’on en croit le Trésor de la langue française, les expressions être de marbre et visage de marbre datent du xviiie siècle. Il me semble que dans l’Antiquité, quand on voulait parler de quelque chose qui durait on se référait au bronze plutôt qu’au marbre.

C’est ce qu’on lit dans l’Épilogue des Odes d’Horace : Exegi monumentum perennius aere […] quod possit diruere non imber edax, non impotens Aquilo aut innumerabilis series annorum et fuga temporum (« J’ai achevé un monument plus durable que le bronze […] que ne pourrait détruire ni la pluie qui ronge, ni le fougueux Aquilon ou l’innombrable série des années et la fuite du temps »).

Les images sont de marbre me semble un faux sens. Quand Sénèque, par exemple, écrit imagines marmoreae, il ne parle pas d’images, mais de « statues de marbre ».

Daniel F. (France)

Le 04 décembre 2015

Courrier des internautes

Comment expliquer aux enfants apprenant le français que l’on ne prononce pas ER de la même façon dans les mots : mer et pêcher (arbre).

Quelle origine des mots explique cela ?

Daniel F. (France)

L’Académie répond :

En ce qui concerne mer et pêcher, on peut l’expliquer par l’étymologie. Mer est issu du latin mare ; le e final est tombé et ensuite a est passé à e. Le r était toujours prononcé et il a eu une influence ouvrante sur la voyelle (il a empêché que l’on prononce é plutôt que è.)

Pour pêcher, il s’agit d’un suffixe -er, déjà prononcé é que l’on a ajouté au nom pêche.

D’autre part, dans les noms monosyllabiques terminés par -er (éventuellement suivi d’une autre consonne), le r se prononce et le e est ouvert (è) : ber, cerf, serf, der, fer, Gers, mer, nerf, perd (il), sert (il), ter, ver.

Julien C. (France)

Le 04 décembre 2015

Courrier des internautes

Je suis journaliste spécialisé dans la technologie et je souhaiterais savoir ce que l’Académie française recommande pour parler des « wearables », soit les « objets connectés ou intelligents qui se portent sur le corps » : montres connectées, bracelets connectés, vêtements intelligents...

Julien C. (France)

L’Académie répond :

Vous soulevez un problème de traduction épineux et l’anglais « wearable » se répand en effet. L’adjectif connecté semble infiniment plus souhaitable qu’intelligent, qui ne couvre pas les sens de l’anglais smart. En attendant l’émergence des intelligences artificielles, mieux vaut ne pas galvauder ce terme.

Il existe bien des adjectifs qui permettraient de distinguer les objets connectés que l’on porte sur soi (lunettes, bracelet, vêtement) des autres (balance, téléphone, frigo) : mettable, enfilable (dans un registre très familier, ce terme n’est d’ailleurs pas entré dans les dictionnaires d’usage), portatif (que l’on imagine mal s’appliquer aux vêtements), portable (mais la concurrence du téléphone et de l’ordinateur pourrait nuire à son implantation).

Au lieu de chercher une locution avec plusieurs adjectifs comme objets connectés portables, peut-être peut-on s’intéresser au nom.

« Accessoires connectés » semble trop vague, puisque l’on parle des accessoires d’une voiture ou d’un aspirateur. Le site canadien Termium propose « technologie prêt-à-porter » mais ce terme pourrait également s’appliquer à toute une gamme de textiles innovants qui n’intègrent pas de composants électroniques. On pourrait envisager « prêt-à-porter connecté » ou renoncer au générique pour décliner plus simplement les vêtements, les montres, les accessoires connectés.

L’usage ne semble pas fixé. On trouve objet connecté personnel, technologie portable ou encore objet connecté portable.

Hélas, je ne peux vous faire une recommandation plus ferme, mais je vous engage à soumettre votre requête à la Commission d’enrichissement de la langue française par la boîte à idées du site France terme (www.culture.fr/franceterme).

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