Dire, ne pas dire

Courrier des internautes

Raphaël M. (France)

Le 11 mars 2019

Courrier des internautes

Pourriez-vous m’indiquer quelle est l’origine du nom VOLTAIRE de son vrai nom.

Vous en remerciant par avance.

Raphaël M. (France)

L’Académie répond :

Voltaire est l’anagramme d’Arouet l(e) j(eune).

En latin I et V avaient deux valeurs ; elles étaient prononcées comme des voyelles quand elles étaient entre des consonnes et comme des consonnes quand elles étaient entre voyelles. À la fin du Moyen Âge, ces doubles valeurs ont été signalées par deux paires de lettres u et v et d’une part, i et j d’autre part.

Le u d’Arouet peut donc être transcrit par un v et le j de le j(eune) par un i. On a ainsi toutes les lettres pour écrire Voltaire.

Véronique A. B. (France)

Le 11 mars 2019

Courrier des internautes

Nous avons exploré l’univers de Vélasquez et découvert les mots « infante et infant ». Quelle différence y a-t-il avec le mot « enfant » et sa signification ?

Dans l’attente de votre retour, bien cordialement

L’équipe du Bec et la Plume...

Véronique A. B. (France)

L’Académie répond :

Infant et infante sont empruntés de l’espagnol infante, qui signifie proprement « enfant » mais qui a signifié par la suite « fils de roi ».

Le titre d’infant a été donné aux enfants puînés des rois d’Espagne, du Portugal et à ceux de quelques grands seigneurs. L’espagnol infante et le français enfant viennent du latin infans, « jeune enfant » et proprement « qui ne parle pas ».

Henri B. (France)

Le 8 février 2019

Courrier des internautes

Je ne parviens pas à trouver sur votre site le débat autour de « résoudre » : peut-on dire « j’ai résous » au lieu de « j’ai résolu » ? Certains conjugueurs proposent les 2 options, aucun ne condamne l’usage de « j’ai résous », mais il ne me semble pas l’avoir déjà lu ni entendu... Qu’en est-il ?

Merci d’avance pour votre éclairage.

Henri B. (France)

L’Académie répond :

On trouve aujourd’hui surtout résolu ; c’est toujours le cas quand résoudre a le sens de « trouver la solution à ce qui embarrasse l’esprit » ; quand ce verbe signifie « dissocier un tout en ses éléments constituants », on emploie au participe passé la forme résous ; le féminin résoute ne se rencontre que très rarement.

Marcelle G. (France)

Le 8 février 2019

Courrier des internautes

Écrit-on « Rentre au bercail, loup esseulé qui erre loin de nos terres, dans quinze jours » ou « Rentre au bercail, loup esseulé qui erres loin de nos terres, dans quinze jours », sous-entendu, « toi qui erres ».

Marcelle G. (France)

L’Académie répond :

Le pronom qui reprend loup esseulé, qui est un vocatif, c’est donc une 2e personne du singulier. On le voit aussi dans l’impératif de 2e personne rentre.

On écrira donc toi qui erres. On perçoit mieux la différence au pluriel. On dirait en effet vous qui errez et non vous qui errent.

Marion K. (Canada)

Le 8 février 2019

Courrier des internautes

Pourriez-vous expliquer la différence entre « plus de » et « plus que » ? Je pensais toujours que « plus de » est utilisé pour exprimer la quantité, sans avoir la connotation d’un comparatif, par exemple : j’ai bu plus de 2 litres d’eau.

Cependant, j’ai vu utiliser souvent « plus que » dans un contexte pareil.

Marion K. (Canada)

L’Académie répond :

Le tour plus de suivi d’un adjectif numéral ou d’un nom à valeur d’adjectif numéral : Nous n’étions pas plus de dix, pas plus d’une dizaine, est le plus fréquent, mais, en ce sens, on a aussi parfois plus que : Ils étaient bien plus que cent.

Nadine G. (France)

Le 8 février 2019

Courrier des internautes

J’hésite entre ces deux phrases : La chevelure est l’une des rares parties du corps qui poursuit sa croissance durant toute l’existence ou La chevelure est l’une des rares parties du corps qui poursuivent leur croissance durant toute l’existence.

Je vous remercie vivement par avance pour votre précieuse aide.

Nadine G. (France)

L’Académie répond :

La langue classique laissait la liberté d’accorder avec un ou avec le complément. L’usage est resté hésitant. Il ne devrait pas l’être dans certains cas où le sens indique clairement quel est le sujet : Il répondait à un des juges qui l’interrogeaient marque bien qu’on envisage l’ensemble des juges qui procèdent à l’interrogatoire. Il répondait à un des juges qui l’interrogeait indique qu’il s’agit d’un seul des juges, de celui qui mène l’interrogatoire ; on peut dans ce cas mettre une virgule (ou faire une pause) après le mot juges.

À l’article Plus, la dernière édition complète du Dictionnaire de l’Académie française (1935) donnait l’exemple suivant : « L’astronomie est une des sciences qui fait le plus ou qui font le plus d’honneur à l’esprit humain », avec la mention : « le dernier est plus usité ».

En résumé, on dira qu’après un des…qui, le verbe qui suit se met généralement au pluriel, à moins qu’on ne veuille insister sur l’idée d’individualité (il faut alors que un corresponde à peu près à celui ou celle).

Solange Ch. (France)

Le 8 février 2019

Courrier des internautes

Dans la formule : « honi soit qui mal y pense », le n seul correspond à l’orthographe de l’époque dit-on ; pourriez-vous me donner des précisions sur le passage aux 2 n ?

Solange Ch. (France)

L’Académie répond :

Le verbe honnir s’est d’abord rencontré sans la forme hunir, puis honir. Mais, dès le xiiie siècle on a en concurrence honir et honnir, et cette dernière graphie s’impose à partir du xive siècle. Honnir est issu de l’ancien bas francique haujan, « railler, insulter », comme le mot honte. En revanche, dans agonir, tiré de ahonir, « faire honte », on a conservé, en raison de l’influence d’agonie, la forme avec un seul n.

Yanick Norman L. (France)

Le 8 février 2019

Courrier des internautes

Je viens vers vous car je souhaiterais savoir s’il est plus correct de dire « Celte » ou « Celtique » ?

Et quelle est la différence ?

Je vous remercie par avance de votre réponse.

Yanick Norman L. (France)

L’Académie répond :

Même si ces deux adjectifs sont synonymes, l’usage – il s’est montré changeant selon les époques – veut plutôt aujourd’hui que l’on emploie celte pour parler des personnes et celtique pour évoquer des faits de géographie, d’histoire et de civilisation. Celte est emprunté du latin Celtae, qui désignait particulièrement les habitants de la Gaule centrale, alors que Celticus, d’où vient celtique, désignait d’abord un peuple d’Espagne. On dira donc plutôt les tribus celtes, l’âme celte, mais les légendes celtiques, la poésie celtique.

La langue celtique est appelée le celte ou le celtique.

Abdelilah B. (Maroc)

Le 10 janvier 2019

Courrier des internautes

Bonjour,

Je vous prie de bien vouloir m’expliquer la citation de Pascal « l’homme passe infiniment l’homme ».

Cordialement.

Abdelilah B. (Maroc)

L’Académie répond :

Monsieur,

La formule de Pascal sur laquelle vous vous interrogez, « L’homme passe infiniment l’homme », figure dans la première partie des Pensées de Pascal, dans la liasse nommée « Contrariétés », laquelle se trouve au sein des liasses dites « classées », qui démontrent que la condition humaine est un mélange de grandeur et de misère et que la prise de conscience de cette contradiction (que Pascal appelle « contrariété ») constitue le premier pas vers la vérité.

Dans la liasse « Contrariétés », Pascal explique que le conflit de la misère et de la grandeur humaines se manifeste, dans l’histoire de la philosophie, dans l’opposition entre les pyrrhoniens (ou sceptiques) d’une part, et ceux qu’il nomme les dogmatistes (qui représentent notamment les stoïciens) d’autre part. Pour les premiers, la vérité est fondamentalement inaccessible à l’homme, et la raison humaine doit s’humilier devant cette évidence. Pour les seconds, au contraire, il existe certaines données indubitables sur lesquelles fonder la connaissance, et la raison doit s’enorgueillir d’y avoir accès.

Pascal est convaincu que ces deux thèses sont à la fois irréconciliables et également fondées : la condition humaine est paradoxale et, de ce point de vue, la recherche de la vérité est aporétique. Cependant, ajoute Pascal (et cette affirmation est essentielle, car elle ouvre la voie à la démarche apologétique des Pensées), « L’homme passe infiniment l’homme » (il faut entendre « passe » au sens de « dépasse ») : dans sa grandeur et sa misère, il porte et la marque de la création divine, et celle du péché originel qui l’a corrompu ; mais il est susceptible d’être touché par la grâce divine, et de quitter son état de corruption : c’est en cela qu’il possède une part de transcendance, qu’il peut dépasser, « passer » sa propre condition.

Or, si le don de la grâce est indépendant de la volonté humaine, toute l’entreprise pascalienne consiste à mettre son lecteur en état de la recevoir, notamment par un bon usage de la raison : celle-ci doit savoir quand s’exercer, et quand se soumettre. C’est à ce cheminement qu’invitent les quatorze liasses classées des Pensées.

Recevez, Monsieur, mes meilleures salutations, ainsi que mes vœux pour l’année qui commence.

Céline T. (France)

Le 10 janvier 2019

Courrier des internautes

Bonjour,

À l’approche des fêtes et, suite à un pari osé avec ma sœur, je me permets de vous écrire afin de nous aider à trancher un litige (la perdante devant manger un escargot, c’est dire si l’enjeu est de taille !).

Notre interrogation est la suivante :

Parlant d’un film : « Toutes les personnes que je connaisse/connais, disent qu’il est bien » Dans cette phrase, doit-on employer le présent ou le subjonctif présent ?

D’avance un grand merci !

Céline T. (France)

L’Académie répond :

J’espère que l’escargot ne sera pas vivant, car il serait bien triste que la pauvre bête fût l’innocente victime d’un conflit grammatical. L’approche de Noël ne pourrait-elle pas être une source d’indulgence pour l’infortuné gastéropode?

J’en arrive maintenant au choix du mode. On utilisera ici l’indicatif connais. On pourrait avoir le subjonctif si on trouvait dans la phrase des adjectifs comme seul, unique, principal, premier, etc. C’est la seule personne que je connais ou connaisse.

Cordialement et bon Noël.

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