Dire, ne pas dire

Emplois fautifs

À l’envie pour À l’envi

Le 6 décembre 2018

Emplois fautifs

Le nom envi, qui ne se rencontre que dans l’expression à l’envi, est le déverbal de l’ancien français envier, qui signifiait « convier » et « inviter à faire quelque chose », un verbe issu du latin invitare, « inviter ; engager », et que l’on se gardera bien de confondre avec notre verbe envier, qui est lui dérivé d’envie, un nom issu du latin invidia, « haine, jalousie ». La locution à l’envi signifie quant à elle « à qui mieux mieux ». On évitera donc de lui donner un sens qui la rattacherait au nom envie, et l’on rappellera qu’elle ne signifie pas « selon ses goûts, comme on le souhaite ». Si l’on dit Les coqs chantent à l’envi, on entend par là qu’ils rivalisent entre eux et non qu’ils chantent au gré de leur humeur.

Abus de métonymie : Je rebondis sur l’interlocuteur

Le 6 décembre 2018

Emplois fautifs

La métonymie est une figure qui consiste à remplacer un terme par un autre en raison de la relation qui les unit, en désignant par exemple l’effet par la cause, le contenu par le contenant, l’objet par son lieu d’origine, le concret par l’abstrait. Grâce à elle, voile peut signifier « navire », ville, « habitants » et bannière, « troupe de soldats ». Il convient cependant de ne pas abuser de cette figure. Ainsi, si l’on peut rebondir sur les propos de quelqu’un, on évitera un tour aussi risible que Je vais rebondir sur mon interlocuteur.

Confusionner

Le 6 décembre 2018

Emplois fautifs

L’adjectif confus est emprunté du latin confusus, participe passé de confundere, « mêler, mélanger ». De l’idée de mélange, on est passé à celle de trouble, puis de honte. Ces divers sens se retrouvent dans le nom confusion et le verbe confondre. Mais il convient de ne pas adjoindre à ce groupe le verbe confusionner, ni l’adjectif qui en est tiré, confusionné. Certes ces formes se lisent au xixe siècle, et sous la plume de bons auteurs comme Las Cases, Baudelaire ou Flaubert, mais force est de constater que l’usage n’en a pas voulu. Qui les emploierait aujourd’hui serait plus considéré comme maîtrisant mal le français que comme un brillant imitateur de ces trois auteurs.

On dit

On ne dit pas

Il était tout confus

Son insolence a de quoi confondre

Il était tout confusionné

Son insolence a de quoi confusionner

Faire consensus

Le 6 décembre 2018

Emplois fautifs

Par un étrange paradoxe, une recherche de modernité en matière de langue amène certains d’entre nous à recourir à la syntaxe en usage au Moyen Âge. À cette époque, l’emploi de l’article était beaucoup plus libre et beaucoup plus rare. Nombre d’expressions le prouvent comme faire peur, faire mal, avoir honte, prendre froid, etc. À celles qui ont été consacrées par l’usage, on se gardera d’ajouter d’autres formes de ce type, généralement construites avec un faire passe-partout, et l’on évitera d’employer des tours, malheureusement trop répandus, comme faire consensus ou faire unanimité.

Alerter sur sans complément d’objet direct

Le 8 novembre 2018

Emplois fautifs

Alerter, qui signifie « prévenir d’un danger en donnant l’alerte », est un verbe transitif direct : Alerter l’opinion, les pompiers, un médecin. Ce verbe peut aussi être suivi d’un complément indirect introduit par sur ou contre. Il convient cependant de ne pas faire de ces tours un tic de langage, mais plus encore de ne pas considérer que la présence d’un complément indirect autorise l’omission du complément direct.

On dit

On ne dit pas

Alerter l’opinion sur les dangers de ce produit

Alerter sur les dangers de ce produit

Il en va de pour Il y va de

Le 8 novembre 2018

Emplois fautifs

Les locutions Il en va de et Il y va de sont correctes et s’emploient régulièrement en français, mais elles n’ont pas le même sens. Il y va de, qui généralement s’emploie seul, signifie, lorsque l’on évoque une situation dangereuse : « il s’agit de, c’est cela qui est en jeu » : Ne goûtez pas ce breuvage, il y va de votre vie. Ce n’est pas le sens d’Il en va, qui s’emploie avec un adverbe ou une locution adverbiale, comme de même ou ainsi ou, au contraire, autrement, différemment, et signifie « il en est » : Les navires sont de plus en plus grands ; il en va de même des avions. On veillera donc à ne pas utiliser l’une de ces formes en lieu et place de l’autre.

On dit

On ne dit pas

Ne faites pas affaire avec lui, il y va de vos économies

L’automne a été très chaud, il en allait bien autrement l’an dernier

Ne faites pas affaire avec lui, il en va de vos économies

L’automne a été très chaud, il y allait bien autrement l’an dernier

Incessamment sous peu

Le 8 novembre 2018

Emplois fautifs

La locution adverbiale sous peu signifie « bientôt, dans un temps très rapproché », tandis que l’adverbe incessamment a pour sens « d’une manière incessante, sans interruption », mais aussi « sans délai, au plus tôt, très prochainement, toutes affaires cessantes ». Dans ce dernier cas incessamment est un synonyme tout proche de sous peu et il faut se garder de les employer ensemble pour en faire le par trop redondant incessamment sous peu.

On dit

On ne dit pas

Il devrait arriver sous peu

Le livre doit paraître incessamment

Il devrait arriver incessamment sous peu

Le livre doit paraître incessamment sous peu 

Au complète pour Au complet

Le 4 octobre 2018

Emplois fautifs

Quand il ne désigne pas un vêtement d’homme, le mot complet est un adjectif signifiant « à quoi il ne manque rien » et « achevé ». C’était aussi naguère un nom qui ne s’employait que dans des tours comme le complet d’un régiment, c’est-à-dire le nombre d’hommes requis pour que ce régiment soit entier. On a gardé une trace de cet emploi nominal dans la locution adjectivale au complet : un compartiment au complet, une troupe au complet. Il convient de rappeler que dans ces tours complet est un nom commun masculin singulier, comme le montre l’article contracté au et reste donc invariable. On dira donc Notre assemblée est au complet et non notre assemblée est au complète.

On dit

On ne dit pas

L’armée est au complet

Les deux équipes sont au complet

L’armée est au complète

Les deux équipes sont aux complètes

 

Préférer A que B

Le 4 octobre 2018

Emplois fautifs

Les verbes et locution verbale préférer et aimer plus que sont synonymes, mais ils ne sont pas suivis des mêmes compléments. Le verbe préférer se construit avec un complément direct et un complément indirect : Je préfère Jean à Louis, alors qu’avec la locution aimer plus que, les deux compléments sont l’un et l’autre compléments d’objet direct, celui qui est introduit par que étant le C.O.D. du verbe aimer sous-entendu : j’aime plus Jean que Louis s’analyse en effet comme j’aime plus Jean que je n’aime Louis. Ces deux tours sont corrects, mais il ne faut pas les mêler pour en faire l’étrange et fautif préférer Jean que Louis.

On dit

On ne dit pas

J’aime plus les chiens que les chats, je préfère les chiens aux chats

Je préfère les chiens que les chats

Tant qu’à présent pour Jusqu’à présent

Le 4 octobre 2018

Emplois fautifs

La locution tant que, qui avait jadis encore un sens spatial signifiant « aussi loin que » (tant que la vue peut s’étendre), ne s’emploie aujourd’hui qu’avec une valeur temporelle et signifie « aussi longtemps que » : tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir ; tant que je serai chef, les choses se passeront ainsi. Dans la langue classique, cette locution avait le sens de « jusqu’à ce que » et se construisait avec le subjonctif. On lit ainsi dans une fameuse chanson à boire du Bourgeois gentilhomme : « Sus, sus, du vin partout, versez, garçons, versez / Versez, versez, tant qu’on vous dise assez. » Mais même si tant qu’à a eu autrefois la valeur de jusqu’à, il faut veiller aujourd’hui à ne pas employer l’un pour l’autre et l’on se rappellera que tant qu’à présent est une incorrection.

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