Dire, ne pas dire

Extensions de sens abusives

Faire montrer pour montrer ou faire voir

Le 4 octobre 2018

Extensions de sens abusives

Le verbe montrer et la locution verbale faire voir sont synonymes. Montrer est d’ailleurs glosé par « faire voir, exposer aux regards » dans le Dictionnaire de l’Académie française. On peut très correctement employer l’un ou l’autre de ces tours, mais on ne doit pas les mêler pour en faire la locution faire montrer. Celle-ci n’est correcte que si elle signifie que l’on a demandé à un tiers de montrer quelque chose à quelqu’un (je lui ai fait montrer le document au notaire). Mais en dehors de ce cas, la forme faire montrer est une incorrection dont on doit bien se garder.

On dit

On ne dit pas

Il nous a montré sa collection de minéraux


Faites-nous voir cette archive

Il nous a fait montrer sa collection de minéraux

Faites-nous montrer cette archive

 

Que pour Tandis que

Le 4 octobre 2018

Extensions de sens abusives

Que est la conjonction de subordination la plus utilisée en français, loin devant comme, quand, lorsque ou puisque. On la trouve aussi dans l’immense majorité des locutions conjonctives comme pour que, tandis que, parce que, pour peu que, quelque que, etc. Ce n’est pas cette forme que qui donne leur sens à ces locutions, mais l’élément qui le précède. Il est donc important de ne pas omettre celui-ci. C’est pourtant malheureusement le cas dans certains systèmes d’opposition où les locutions alors que et tandis que sont réduites à un simple que. Il s’agit là de tours très relâchés qu’il convient de proscrire.

On dit

On ne dit pas

Elle aime les roses, alors que moi, je préfère les œillets.

Tous travaillent, tandis que lui, il joue

Elle aime les roses, que moi, je préfère les œillets.

Tous travaillent, que lui, il joue

Vernissage

Le 6 septembre 2018

Extensions de sens abusives

Le nom vernissage est polysémique. Il peut désigner le fait de vernir un objet ou de vernisser une céramique. Ce nom s’emploie aussi pour désigner la cérémonie privée, qui a généralement lieu la veille de l’ouverture officielle d’une exposition, et qui permettait au peintre de vernir ses toiles. Ce dernier sens, qui s’est d’abord rencontré dans la correspondance de Flaubert, semble être une francisation de l’anglais varnishing day, « le jour du vernissage », attesté depuis les années 1820. Il convient de réserver ce dernier sens aux arts plastiques et de ne pas l’étendre abusivement à d’autres activités artistiques, comme le lancement d’un disque, d’un livre ou la première d’un spectacle.

De nouveau pour À nouveau

Le 5 juillet 2018

Extensions de sens abusives

La locution à nouveau signifie « pour la seconde fois et de façon différente », alors que de nouveau signifie simplement « derechef, une fois encore, une fois de plus ».

On dit

On ne dit pas

Ce travail est manqué, il faut le faire à nouveau

Il est de nouveau en retard, c’est la troisième fois cette semaine

J’espère qu’il n’est pas de nouveau malade

Ce travail est manqué, il faut le faire de nouveau

Il est à nouveau en retard, c’est la troisième fois cette semaine

J’espère qu’il n’est pas à nouveau malade

Enfantin pour Infantile

Le 5 juillet 2018

Extensions de sens abusives

Les adjectifs enfantin et infantile sont apparus l’un et l’autre à la charnière des douzième et treizième siècles. Le premier est dérivé d’enfant et le second est emprunté du latin tardif infantilis, « d’enfant, enfantin ». Longtemps les deux termes ont été synonymes, puis infantile est passé dans des registres spécialisés, en particulier celui de la médecine, où l’on parle de maladies infantiles, de mortalité infantile ou celui de la puériculture, où il est question de lait infantile. Enfantin, lui, appartient à une langue plus courante et qualifie ce qui appartient au monde de l’enfance, parfois avec une teinte de nostalgie, comme dans Moesta et Errabunda, où Baudelaire évoque le vert paradis des amours enfantines ; il s’emploie aussi pour qualifier, souvent avec exagération, ce qui n’offre guère de difficultés et qui est à la portée des enfants : Un problème d’une simplicité enfantine. En dehors des quelques cas où l’on peut employer l’un ou l’autre de ces adjectifs, comme dans un comportement enfantin ou un comportement infantile (où, notons-le infantile a plus qu’enfantin une valeur péjorative), il convient de choisir avec discernement l’adjectif adéquat.

On dit

On ne dit pas

Un visage enfantin

Un traumatisme infantile

Un visage infantile

Un traumatisme enfantin

Académique pour Universitaire

Le 7 juin 2018

Extensions de sens abusives

L’adjectif académique signifie « propre à la philosophie platonicienne », mais aussi « relatif à une académie ». On parle ainsi de séance, d’élection ou de discours académique. Cet adjectif a encore pour sens « conforme aux règles, aux usages, au point d’être conventionnel ». Enfin, dans le domaine de l’enseignement, il signifie « qui a rapport à une académie », c’est-à-dire, à une circonscription universitaire placée sous l’autorité d’un recteur : Les bureaux de l’inspection académique. Il convient de ne pas ajouter à ces significations l’une de celles de l’anglais academic, c’est-à-dire « universitaire ». On ne dira donc pas « Des travaux académiques de premier ordre », mais « Des travaux universitaires de premier ordre », bien que, malheureusement, ces tours soient en train de se répandre.

Dernièrement pour Enfin, en dernier lieu

Le 7 juin 2018

Extensions de sens abusives

Dans son Thresor de la langue francoyse tant ancienne que moderne, Jean Nicot écrivait déjà au sujet de dernièrement : « Est adverbe de ce mot Dernier, et signifie non en dernier lieu, ains (mais) au dernier temps. » Il était suivi en cela par l’Académie française, dans la première édition de son Dictionnaire, où l’on pouvait lire : « Dernierement : Adverbe de temps, Depuis peu, il n’y a pas long-temps. Il arriva dernierement un estrange accident ». Cet emploi est très ancien et se rencontrait dès le xiiie siècle, chez Philippe de Beaumanoir dans ses Coutumes de Beauvaisis : « Et avint après ce que le [la] feme, derrainement espousée du chevalier, morut. » Force est donc de constater que le couple dernier/dernièrement a un fonctionnement différent de premier/premièrement, puisque dernièrement ne peut signifier « en dernier lieu ». Certains auteurs ont essayé, au début du xixe siècle en particulier, de donner ce sens à dernièrement ; parmi les plus illustres, on trouve Chateaubriand ou Mme de Staël, qui écrit dans De l’Allemagne : « La langue allemande, depuis mille ans, a été cultivée d’abord par les moines, puis par les chevaliers, puis par les artisans tels que Hans Sachs, Sébastien Brand, et d’autres, à l’approche de la Réformation, et dernièrement enfin par les savants, qui en ont fait un langage propre à toutes les subtilités de la pensée. » Mais force est de constater que cet emploi ne s’est pas ancré dans l’usage ; on emploiera donc dernièrement avec le sens de « récemment » et non d’« en dernier lieu ».

On dit

On ne dit pas

Et, enfin, faites cuire pendant trente minutes


En dernier lieu, relisez soigneusement votre devoir

Et, dernièrement, faites cuire pendant trente minutes

Dernièrement, relisez soigneusement votre devoir

Agenda au sens de Programme

Le 4 mai 2018

Extensions de sens abusives

Le nom agenda désigne un registre, un carnet comportant un calendrier et dans lequel on inscrit pour chaque jour ce que l’on se propose de faire.

On évitera d’ajouter à ce sens celui de programme, c’est-à-dire la suite d’actions qu’on s’impose d’accomplir dans un but donné, le plan que l’on a établi à l’avance ; en effet, employer agenda en ce sens est un anglicisme.

On dit

On ne dit pas

Quel est le programme du ministre pour la semaine ?

Quel est l’agenda du ministre pour la semaine ?

L’aire et L’ère

Le 4 mai 2018

Extensions de sens abusives

Ces deux homonymes sont en fait trois. En effet, le nom aire n’a pas la même étymologie lorsqu’il désigne l’endroit où l’on bat le blé, puis un espace bien délimité, que lorsqu’il désigne la surface plane d’un rocher élevé où nichent les rapaces. Dans le premier cas, il est issu du latin area, de même sens, duquel la Révolution française a aussi emprunté le nom are ; dans le second, il est issu du latin ager, « champ, fonds de terre ». À ces deux homonymes, il faut ajouter le nom ère ; ce dernier est issu du latin aes, qui pouvait désigner le cuivre ou le bronze (rappelons que ce nom a aussi donné « airain »). Le pluriel de ce nom, aera, a désigné en latin tardif une somme de monnaie – proprement « des pièces de cuivre ou de bronze » –, puis un nombre et enfin une époque, et c’est ce sens qu’a le français ère. On se gardera donc bien de confondre ces différentes formes et l’on veillera à les orthographier correctement.

 

On écrit

On n’écrit pas

L’aigle a établi son aire sur un piton rocheux

Des fossiles de l’ère tertiaire

On battait jadis le blé sur une aire

L’aigle a établi son ère sur un piton rocheux

Des fossiles de l’aire tertiaire

On battait jadis le blé sur une ère

Dû à au sens d’En raison de

Le 6 avril 2018

Extensions de sens abusives

Le participe passé se rencontre de plus en plus, de manière erronée, dans l’étrange et fautive locution prépositive dû à que l’on emploie en lieu et place d’« en raison de », « à cause de ». On peut bien sûr trouver des formes en français ou le verbe devoir, à toutes les formes, est suivi de la préposition à et d’un complément de cause : il doit sa réussite à son travail, des accidents dus à l’imprudence. Mais l’emploi de dû à en tête de phrase, qui s’explique peut-être par l’anglais due to, « en raison de », est une grossière erreur qu’il convient de proscrire à toute force.

 

On dit

On ne dit pas

En raison des travaux, il est arrivé en retard     

Il a échoué à cause de son manque de travail

Dû aux travaux sur la route, il est arrivé en retard

Dû à son manque de travail, il a échoué

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