Dire, ne pas dire

Extensions de sens abusives

Ceci dit pour Cela dit

Le 5 mars 2020

Extensions de sens abusives

Le pronom ceci renvoie au dernier élément d’une série énoncée précédemment ou à ce qui suit ; cela renvoie au premier élément, au plus éloigné ou à ce qui précède : Ceci est l'ancien emplacement du village ; cela, sur la colline au loin, celui du fort. Si vous prétendez cela, je vous répondrai ceci… Ceci explique cela signifie que la dernière chose qui a été dite explique ce qui l’avait été auparavant. Ceci dit est donc incorrect. On doit dire : Cela dit, comme : Cela étant, cela fait, cela étant admis, etc. On pourra, pour ne pas l’oublier, se rappeler que la fable Le Loup et le Chien, de Jean de le Fontaine, se termine par ces mots : Cela dit, maître Loup s’enfuit, et court encor.

On dit

On ne dit pas

Cela dit, il se tut définitivement

Je suis d’accord avec toi. Cela dit…

Ceci dit, il se tut définitivement

Je suis d’accord avec toi. Ceci dit…

Démultiplier pour Multiplier

Le 5 mars 2020

Extensions de sens abusives

Le préfixe dé- indique souvent la séparation ou la privation, comme dans déboucher ou décentraliser. Il peut aussi avoir une valeur intensive comme dans dépasser ou déplorer. Les mots démultiplication et démultiplier sont empruntés au vocabulaire de l’automobile, et dans l’un et l’autre le préfixe dé- est négatif. La démultiplication désigne en effet un rapport de réduction de vitesse dans la transmission d’un mouvement, et démultiplier, le fait d’assurer une démultiplication. On évitera donc de faire de démultiplier une forme intensive de multiplier, et l’on ne dira pas il a démultiplié les initiatives, mais il a multiplié les initiatives. Concluons en signalant que démultiplier a un antonyme, surmultiplier, qu’on employait aussi dans le domaine de l’automobile pour désigner le fait d’enclencher un rapport d’augmentation de la vitesse. On l’utilisait surtout au participe passé substantivé : passer la surmultipliée.

Circonlocution pour Circonvolution

Le 6 février 2020

Extensions de sens abusives

Circonlocution et circonvolution sont des paronymes, mais ils n’ont pas le même sens. Le premier est emprunté du latin circumlocutio, un calque du grec periphrasis, à l’origine de périphrase. La circonlocution consiste donc, conformément à son étymologie, à « parler autour » pour ne pas nommer franchement ce qui pourrait l’être, à user de détours au lieu d’aller au fait ou, comme dirait une langue familière, à « tourner autour du pot ». On donne aussi parfois ce sens au second, mais il désigne essentiellement les détours et les sinuosités d’une phrase. Avec les circonvolutions la phrase serpente, mais, en proposant force digressions et excursus ; la circonvolution sert à donner de l’ampleur à la phrase quand la circonlocution sert à masquer ce qui semble bien difficile à énoncer.

Comment pour Comme – Tu as vu comment il est fort

Le 6 février 2020

Extensions de sens abusives

Comme et comment peuvent être des adverbes. Le premier marque l’intensité, dans des exclamatives directes ou indirectes : Comme c’est beau ! Si vous saviez comme il est gentil. Le second sert surtout pour l’interrogation : Comment faut-il préparer ce poisson ? Je ne sais pas comment il a pu réussir. On évitera de mêler ces deux tours et d’employer comment dans l’exclamative indirecte et l’on ne dira donc pas tu as vu comment il est fort, un type de phrase fréquent dans la bouche des enfants – mais pas uniquement –, mais tu as vu comme (ou combien) il est fort.

On dit

On ne dit pas

Si tu savais comme j’ai eu peur, combien j’ai eu peur

Voyez comme il s’applique

Si tu savais comment j’ai eu peur


Voyez comment il s’applique

Doublet pour Doublé

Le 9 janvier 2020

Extensions de sens abusives

Le nom doublet s’emploie essentiellement en linguistique pour désigner deux mots de formes et de sens différents qui remontent à un même mot étranger, le plus souvent latin, mais dont l’un est d’origine populaire, l’autre, d’origine savante. Ainsi les verbes écouter et ausculter viennent-ils du latin auscultare. On pourrait aussi citer « mâcher » et « mastiquer » venant de masticare, « prêcheur » et « prédicateur », de praedicator, « grêle » et « gracile », de gracilis ou « captif » et « chétif », de captivus. Il faut éviter de confondre doublet avec le participe passif substantivé doublé, qui, dans le domaine du sport désigne une série de deux victoires dans deux épreuves différentes ou dans deux éditions de la même épreuve, ou bien encore le fait que les deux vainqueurs appartiennent à la même équipe, à la même nation. Signalons d’ailleurs que cette série peut se prolonger et que l’on peut parler de triplé, de quadruplé, etc. Rappelons aussi qu’une prononciation soignée distingue doublet, où le groupe -et est prononcé avec un è ouvert de doublé, où le é est fermé.

On écrit

On n’écrit pas

L’Italie réalisa le premier doublé de l’histoire de la Coupe du monde de football

« Fade » et « fétide », « hurler » et « ululer » sont des doublets

L’Italie réalisa le premier doublet de l’histoire de la Coupe du monde de football

« Fade » et « fétide », « hurler » et « ululer » sont des doublés

Volumétrie au sens de Volume, Quantité importante

Le 9 janvier 2020

Extensions de sens abusives

Le nom volumétrie, attesté depuis le début du xxe siècle, désigne la mesure de volumes : Procéder à la volumétrie d’un chargement. On l’emploie fréquemment en chimie, au sujet de dosages à réaliser, et dans des domaines comme la sylviculture ou le transport de marchandises. Dans ces derniers cas, il est synonyme de cubage, mais contrairement à ce dernier, volumétrie ne doit pas s’employer pour désigner le volume ainsi mesuré, ce qui hélas commence à se faire, sans doute par emphase, ici ou là.

On dit

On ne dit pas

Une pièce d’un très beau volume

Il faudra deux camions pour transporter un tel volume

Une pièce d’une très belle volumétrie

Il faudra deux camions pour transporter une telle volumétrie

À raison de pour En raison de

Le 5 décembre 2019

Extensions de sens abusives

Les locutions prépositionnelles à raison de et en raison de sont des paronymes, mais elles ne sont pas synonymes. En raison de signifie « en considération de, eu égard à, vu » : En raison de son cri strident, l’agami est aussi appelé oiseau-trompette ; Poil de carotte, le personnage de Jules Renard était ainsi nommé en raison de sa chevelure rousse. À raison de signifie « en proportion de, en fonction de, suivant » : Il est rémunéré à raison du travail accompli. Dans des phrases de ce type, à raison de est parfois, mais rarement, remplacé par en raison de, alors qu’au sens d’« en considération de », à raison de ne peut remplacer en raison de, aussi est-il préférable de donner son sens propre à chacune de ces locutions et de ne pas employer l’une pour l’autre.

Thématique

Le 5 décembre 2019

Extensions de sens abusives

Le mot thématique peut être adjectif ou nom. Dans le premier cas, il s’emploie notamment en musique et en linguistique et signifie « qui se rapporte à un thème ». Dans le second cas, il désigne, en littérature et dans les arts, un ensemble cohérent de thèmes propres à une œuvre, un artiste, un genre, etc. : La thématique de l’errance chez Rimbaud. Il convient donc, pour parler précisément, de ne pas substituer cette forme au nom thème, et de ne pas confondre la longueur d’un mot avec l’importance qu’il peut avoir dans un discours savant, comme cela se fait aussi, par exemple, avec le couple problème / problématique.

On dit

On ne dit pas

Ce thème devrait intéresser beaucoup de lecteurs

Quel sera le thème de la conférence ?

Cette thématique devrait intéresser beaucoup de lecteurs

Quelle sera la thématique de la conférence ?

La carte étudiante

Le 7 novembre 2019

Extensions de sens abusives

Le français doit une grande partie de son vocabulaire et une part non négligeable de sa grammaire au latin. Mais il diffère de ce dernier en ce qu’il est une langue analytique, usant volontiers de prépositions et non une langue synthétique, comme le sont les langues à flexion, latin ou allemand par exemple. On se gardera en conséquence, pour rester fidèle au génie de notre langue, de remplacer ces tours prépositionnels par des adjectifs ou des participes présents. Rappelons ainsi que le nom étudiant désigne une personne qui fait des études supérieures et que, employé adjectivement, ce mot signifie « relatif aux étudiants, qui concerne les étudiants », comme dans « le monde étudiant ». On évitera d’étendre trop largement le sens de cet adjectif et on ne dira donc pas une carte étudiante, mais bien une carte d’étudiant, forme plus en harmonie avec la syntaxe française et consacrée par des décennies d’usage.

Puis-je vous encaisser ?

Le 7 novembre 2019

Extensions de sens abusives

Le verbe encaisser est dérivé du nom caisse et signifie « mettre des objets dans une caisse pour les protéger, les transporter » : Encaisser des bouteilles. Il peut aussi signifier que l’on plante des arbustes dans des caisses remplies de terre : Encaisser des orangers, des palmiers. Mais son sens le plus courant est celui de « faire entrer en caisse des valeurs, des fonds, les porter en compte » et, par analogie, « toucher, recouvrer de l’argent » : Encaisser des espèces, des chèques. Encaisser des loyers. On rappellera bien que dans ces cas, le complément du verbe encaisser est l’argent que l’on met en caisse et non la personne qui doit cet argent. On évitera donc le tour Puis-je vous encaisser ? Et ce d’autant plus que la langue populaire use de l’expression Ne pas pouvoir encaisser quelqu’un, pour dire qu’on ne peut le supporter.

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