Dire, ne pas dire

Extensions de sens abusives

Intuitif au sens de Facile à utiliser

Le 2 mars 2018

Extensions de sens abusives

L’adjectif intuitif signifie « qui résulte, qui relève de l’intuition » ou « qui procède par intuition ». Il qualifie alors des notions abstraites liées à la connaissance, à la pensée, etc. On peut ainsi parler de connaissance intuitive, de certitude intuitive, de vérité intuitive, etc. Cet adjectif peut aussi s’appliquer à une personne qui a des qualités d’intuition, qui comprend, agit en étant guidée par l’intuition : une élève intuitive, un chercheur intuitif. On évitera d’ajouter à ces sens ceux de « facile à utiliser, d’un emploi aisé », que l’on rencontre de plus en plus pour signaler que l’on peut deviner facilement comment fonctionne tel ou tel appareil. On ne dira donc pas un ordinateur intuitif, mais un ordinateur facile à utiliser. Tout cela vaut également pour contre-intuitif.

on dit

on ne dit pas

Un appareil photo d’un emploi aisé

Ce nouveau téléphone est très facile à utiliser

Un logiciel peu pratique

Un appareil photo intuitif

Ce nouveau téléphone est très intuitif

Un logiciel contre-intuitif

Réaliser que

Le 1 février 2018

Extensions de sens abusives

D’excellents auteurs comme Charles Baudelaire, André Gide ou François Mauriac ont parfois donné au verbe réaliser le sens d’« admettre comme réel en esprit » : Il ne réalise pas encore pleinement sa perte. Si cet emploi ne saurait être considéré comme fautif, l’utilisation abusive du verbe réaliser, au sens affaibli de « se rendre compte » est en revanche un anglicisme à éviter. Ainsi, on ne dira pas Il a réalisé qu’il devait partir, mais, par exemple, Il s’est aperçu, il a compris qu’il devait partir.

On dit

On évitera de dire

Il ne s’est pas rendu compte que le monde avait changé

Quand allez-vous comprendre qu’il est temps de vous mettre au travail ?

Il n’a pas réalisé que le monde avait changé


Quand allez-vous réaliser qu’il est temps de vous mettre au travail ?

Supputer au sens de Supposer

Le 1 février 2018

Extensions de sens abusives

Le verbe supputer est emprunté du latin supputare, « soupeser, calculer » et il signifie « estimer à quel chiffre monte une somme ; évaluer une quantité d’après certaines données » : Il faut supputer à combien monte la dépense annuelle. On ne doit donc pas en faire un synonyme pompeux de supposer, penser, croire, etc.

En carrière

Le 9 janvier 2018

Extensions de sens abusives

La préposition en est fréquemment employée. Elle introduit parfois un nom qui n’est pas accompagné d’un déterminant : en hiver, en Italie, en automobile, etc. Elle se rencontre aussi malheureusement dans nombre de locutions fautives comme en capacité, en charge, en responsabilité, en mairie, etc. À cette triste liste, il faut, hélas, ajouter maintenant en carrière. Cette expression se rencontre en particulier dans le monde du sport en lieu et place de « pendant sa carrière, au cours de sa carrière ». Rappelons que l’on doit dire : Il a remporté vingt-cinq titres au cours de sa carrière ou dans sa carrière, et non en carrière, et que la construction en saison est également fautive.

 

on dit

on ne dit pas

Pelé a marqué plus de mille buts au cours de sa carrière, dans sa carrière

Il a gagné douze courses cette saison

Pelé a marqué plus de mille buts en carrière
 

Il a gagné douze courses en saison

Hystériser, s’hystériser

Le 9 janvier 2018

Extensions de sens abusives

Le verbe hystériser est une création des Goncourt qui furent, à la fin du xixe siècle, de grands pourvoyeurs de néologismes dont bien peu s’installèrent durablement dans la langue. Au début du xxe siècle, dans L’Oblat, Huysmans employa ce verbe à la forme pronominale. Ces formes ne sont donc pas incorrectes, mais force est de constater que l’usage leur préfère des tours périphrastiques composés avec l’adjectif hystérique ou le verbe électriser.

 

On dit

On évitera de dire

L’orateur a rendu la foule hystérique

Les spectateurs sont devenus hystériques quand la vedette est montée sur scène

L’orateur a hystérisé la foule

Les spectateurs se sont hystérisés quand la vedette est montée sur scène

À l’avance, par avance, d’avance, en avance

Le 7 décembre 2017

Extensions de sens abusives

La locution à l’avance, autrefois critiquée, est aujourd’hui acceptée comme synonyme de par avance et d’avance et elle se lit plus de trente fois dans le Dictionnaire de l’Académie française. On se gardera de confondre ces locutions avec en avance, qui a un sens légèrement différent et qu’on emploie pour parler d’une action qui a eu lieu avant le moment fixé ou prévu.

On dit

On ne dit pas

Je sais à l’avance, par avance, d’avance ce qu’il va faire

Il est arrivé en avance à son rendez-vous

Je sais en avance ce qu’il va faire

Il est arrivé à l’avance, par avance à son rendez-vous

Un tantinet soit peu pour Un tantinet ou Un tant soit peu

Le 7 décembre 2017

Extensions de sens abusives

Le mot tantinet se rencontre comme nom commun et a le sens de « petite quantité ». Donnez-moi un tantinet de pain, lit-on dans la huitième édition du Dictionnaire de l’Académie française. Il entre aussi dans la composition de la locution adverbiale un tantinet, « un peu » : Elle est un tantinet fâchée contre vous. La locution un tant soit peu a une valeur adverbiale et signifie « en très petite quantité, presque rien ». Rappelons que mêler ces deux expressions pour en faire le tour un tantinet soit peu est incorrect.

On dit

On ne dit pas

Il est un tantinet impatient, il est un tant soit peu impatient

Il est un tantinet soit peu impatient

Afin, à fin ou aux fins

Le 2 novembre 2017

Extensions de sens abusives

Afin entre dans la construction de la locution prépositive, suivie de l’infinitif, afin de et dans celle de la locution conjonctive, suivie du subjonctif, afin que. On emploie la première quand le sujet de l’infinitif et du verbe introducteur sont identiques : il travaille afin de progresser ; on emploie la seconde quand les sujets sont différents : tu les fais travailler afin qu’ils progressent. On ne doit pas confondre afin avec le groupe prépositionnel à fin, qui signifie « au terme » : arriver à fin de bail, à fin de contrat, ou qui indique le but, la visée et s’emploie alors essentiellement dans la langue juridique : des démarches à fin d’adoption. Il arrive aussi qu’à fin soit remplacé par aux fins. On lit par exemple dans le Dictionnaire de l’Académie française, à l’article Essai : « Prise d’essai, prélèvement opéré sur une substance, un corps aux fins d’analyse ».

Quelque, quelques, quel que

Le 2 novembre 2017

Extensions de sens abusives

Ces trois formes sont homonymes, mais elles n’ont pas la même nature et ne s’écrivent pas de la même manière. L’adverbe quelque est invariable. Il signifie « environ » quand il est placé devant un nombre : Il y a quelque trente ans que cela s’est passé ; il entre aussi dans la composition de la locution conjonctive à valeur restrictive quelque … que. Cette locution peut modifier un adjectif : Quelque courageux qu’ils soient, oseront-ils l’affronter ? ou un adverbe : Quelque adroitement que vous jouiez, vous ne gagnerez pas.

Quelque peut aussi être un adjectif indéfini. Dans ce cas, il est variable en nombre. Il peut signifier « un certain » : Il a bien quelque idée sur la question. Il peut aussi exprimer une faible quantité : J’ai éprouvé quelque peine à achever ce travail. Il est venu avec quelques amis.

On veillera bien à ne pas confondre ces formes avec l’adjectif qualificatif quel quand il est suivi de la conjonction que et signifie alors « en dépit de la nature de » et qui, lui, varie en genre et en nombre : quelles que soient les circonstances, il garde le sourire.

 

On écrit

On n’écrit pas

Encore quelque cinquante mètres et il aura gagné

Quelque méfiants qu’ils soient, ils se sont fait berner

Quels que soient ses adversaires, il les surclasse tous

Encore quelques cinquante mètres et il aura gagné

Quelques méfiants qu’ils soient, ils se sont fait berner

Quelque, quelques soient ses adversaires, il les surclasse tous

 

En mode

Le 5 octobre 2017

Extensions de sens abusives

En mode s’entend régulièrement aujourd’hui dans une langue particulièrement relâchée pour indiquer la manière dont se fait telle ou telle chose. Il s’agit d’une extension du nom masculin mode tel qu’il est employé d’abord en musique : en mode majeur, en mode mineur, puis dans des domaines techniques, en mode connecté, en mode autonome, etc., mais il s’agit d’une extension fautive. Cette locution est employée aujourd’hui soit avec le sens d’« à la manière de, comme », ou pour porter un jugement sur la manière, réelle ou supposée, dont a agi la personne qu’on évoque : Elle s’est endormie en mode tortue retournée, pour « elle s’est endormie sur le dos », Il lui a répondu en mode « cause toujours », « il a répondu en manifestant que son interlocuteur ne l’intéressait pas ». Il convient de rappeler qu’il s’agit là de tours qui sont à proscrire, même de la langue familière.

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