Dire, ne pas dire

Extensions de sens abusives

Déficit

Le 03 novembre 2016

Extensions de sens abusives

Le nom déficit, qui nous vient du latin deficere, « faire défaut », s’emploie dans la langue des finances et de la médecine. On parlera ainsi du déficit de la balance commerciale quand le montant des importations excède celui des exportations, ou de déficit immunitaire pour évoquer la diminution ou la disparition de la résistance d’un individu face aux agressions microbiennes, virales, etc. On évitera d’étendre l’emploi de ce nom en dehors de ces domaines spécialisés, et l’on ne parlera pas plus de déficit communicationnel pour souligner un défaut de communication que l’on ne dira que telle personnalité souffre d’un déficit de popularité pour dire qu’elle est peu populaire. Le français peut rendre cette idée avec des termes comme manque, absence, déficience, etc., qu’il serait dommage de laisser inemployés.

on dit

on ne dit pas

On déplore un manque d’autorité

Il n’est pas assez populaire

On déplore un déficit d’autorité

Il souffre d’un déficit de popularité

 

Effectuer au sens de faire

Le 03 novembre 2016

Extensions de sens abusives

Effectuer au sens de faire

L’enfer est, dit-on, pavé de bonnes intentions. On le vérifie aussi dans l’usage de la langue. Nous avons tous appris à l’école que le verbe faire était un verbe fourre-tout dont il fallait se méfier comme de la peste. Notre Dictionnaire appuie cette recommandation ; on y lit en effet ceci : « Faire est employé avec excès à propos de toute activité. Il convient, chaque fois qu’on le peut, de préférer au verbe faire le verbe approprié à l’action. Ainsi, on préfèrera Construire une maison à Faire une maison, Peindre un portrait à Faire un portrait, On s’habitue à tout à On se fait à tout ». Remarques pleines de bon sens mais il convient de nuancer quelque peu ces propos en rappelant que le verbe faire entre dans un grand nombre de locutions figées, où il serait dommage et inélégant de le remplacer. Il arrive trop fréquemment que, par crainte d’employer faire, c’est effectuer qui devient, à mauvais escient, un verbe universel. Effectuer s’emploie pour parler d’une opération d’une certaine complexité ou qui peut présenter certaines difficultés : on effectue, par exemple, une manœuvre ou un calcul mathématique. Mais lorsqu’il s’agit d’actions ordinaires, on préfèrera le verbe faire. On dira donc faire un voyage, ses courses et non effectuer un voyage, ses courses, et, plutôt que de dire effectuer des travaux de jardinage, on dira faire du jardinage.

on dit

on ne dit pas

Faire des progrès

Faire du repassage

Effectuer des progrès

Effectuer du repassage

 

Confrontation au sens d’Affrontement

Le 06 octobre 2016

Extensions de sens abusives

À l’origine, le nom confrontation appartient à la langue du droit : il est tiré du latin juridique médiéval confrontatio, qui a désigné la partie limitrophe de deux propriétés (là où elles sont front à front), puis, au figuré, le rapprochement de deux choses que l’on veut comparer. Le nom confrontation désigne d’abord aujourd’hui l’action de mettre en présence des témoins pour opposer et vérifier leurs déclarations. Par extension il peut aussi s’employer pour évoquer toute comparaison minutieuse : la confrontation de deux écritures, de deux versions d’un même texte, etc. On se gardera donc bien de confondre ce nom avec affrontement, qui désigne une attaque pleine de hardiesse, et, par extension, une lutte ou une compétition. Il importe de se souvenir que la confrontation de deux armées, c’est l’étude de leurs forces et organisation respectives et non la guerre qui pourrait les opposer. Ces remarques valent aussi pour les verbes confronter et affronter : une armée en affronte une autre (et ne la confronte pas).

Encourir le risque de

Le 06 octobre 2016

Extensions de sens abusives

Encourir le risque de

L’expression courir le risque de, que l’on fait suivre d’un infinitif, est d’emploi courant : c’est un équivalent développé du verbe simple risquer. Le verbe encourir, qui se construit avec un substantif, appartient à l’origine au domaine du droit et signifie « s’exposer à une peine, à une sanction émanant d’une autorité ». On peut, par extension, encourir une punition, une réprimande, etc. Si dans certains cas, courir le risque et encourir sont bien de sens équivalent, on évitera de mêler ces deux formes et de créer un monstrueux « encourir le risque de ».

on dit

on ne dit pas

Il risque, il court le risque de perdre

Il risque la prison

Il encourt une amende

Il encourt le risque de perdre

Il encourt le risque d’être emprisonné

Il encourt le risque d’une amende

 

Expliciter au sens d’Expliquer

Le 01 septembre 2016

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Le verbe expliciter signifie « rédiger ou énoncer de façon claire et précise ce qui était implicite » ; il s’emploie surtout dans le domaine du droit pour préciser qu’un document est rédigé sans laisser d’ambiguïtés. C’est donc une erreur que de donner à ce verbe le sens d’expliquer, ce dernier signifiant « faire comprendre, exposer avec clarté » et « faire connaître la cause, les motifs de tel ou tel fait ».

on dit

on ne dit pas

Expliquer une théorie

Expliquer le fonctionnement d’une machine

Expliquer le développement d’une épidémie

Expliciter une théorie

Expliciter le fonctionnement d’une machine

Expliciter le développement d’une épidémie

 

Présenter un examen au sens de Se présenter à un examen

Le 04 août 2016

Extensions de sens abusives

Le verbe présenter s’emploie fréquemment dans les domaines scolaires et universitaires. On peut ainsi très bien dire présenter une thèse parce que l’on expose cette thèse à un jury, mais présenter un examen est incorrect : le candidat, en effet, n’« expose » pas un examen, mais s’y soumet. On doit donc dire se présenter à un examen ou passer un examen. On rappellera que cette dernière expression ne signifie pas qu’on le passe avec succès, comme pourrait le laisser croire le faux ami anglais to pass an exam, « être reçu à un examen ».

on dit

on ne dit pas

Il s’est présenté à l’examen du barreau

Il a passé les épreuves d’admission à Polytechnique

Il a présenté l’examen du barreau

Il a présenté Polytechnique

 

Performant

Le 12 juillet 2016

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L’adjectif performant, dérivé de performance, s’emploie dans les domaines économique et technique pour qualifier des véhicules, des machines, des dispositifs dotés de capacités de fonctionnement importantes. On peut aussi l’employer pour qualifier une entreprise au rendement satisfaisant. En revanche, on se gardera d’étendre l’usage de cet adjectif à des personnes. Le français dispose de nombreux adjectifs ou locutions adjectivales, comme consciencieux, efficace, compétent, qui permettent de louer les qualités de tel ou tel employé, de tel ou tel salarié.

Philosophie au sens d’Opinion

Le 12 juillet 2016

Extensions de sens abusives

Le nom philosophie a des sens bien précis. Il convient de ne pas les affaiblir et de ne pas les étendre de manière inappropriée, comme on l’entend trop souvent, en faisant de ce mot un synonyme trop vague et quelque peu prétentieux d’idée, d’avis ou d’opinion, ou même, dans ce sens, religion.

on dit

on ne dit pas

Je n’arrive pas à cerner son opinion

A-t-il quelque avis sur la question ?

Je n’arrive pas à cerner sa philosophie

A-t-il quelque philosophie sur la question ?

 

Avant pour Avent

Le 02 juin 2016

Extensions de sens abusives

Tout un chacun rêve d’une langue où les rapports entre le sens des mots seraient transparents, et il arrive fréquemment que si le lien entre la forme et le sens d’un mot n’est pas assez évident, on remplace celui-ci par un autre, homonyme voire paronyme dont la graphie nous semble plus en adéquation avec le sens. On peut le voir avec le couple avent et avant. Le premier est un nom qui appartient à une langue littéraire un peu précieuse et, aussi et surtout, à la langue liturgique. Il est tiré du latin adventus, un dérivé de venire, « venir, arriver », et signifie « venue, arrivée, avènement ». Il désigne essentiellement la période qui précède Noël et l’arrivée du Christ. Mais comme cette époque est située avant Noël, beaucoup pensent qu’avent doit s’écrire avant. C’est une erreur pleine de bon sens, mais cela n’en reste pas moins une erreur.

on écrit

on n’écrit pas

Les quatre dimanches de l’Avent

Le temps de l’Avent

Les quatre dimanches de l’avant

Le temps de l’avant

 

En regard de au sens d’Au regard de

Le 02 juin 2016

Extensions de sens abusives

L’expression au regard de signifie « compte tenu de, par rapport à, eu égard à ». On dira ainsi : Au regard de ses résultats, cet élève ne pourra passer dans la classe supérieure. Il convient de ne pas confondre cette expression avec en regard de, qui signifie « en vis-à-vis de, en face de » : Inscrire les recettes en regard des dépenses.

on dit

on ne dit pas

Au regard de la loi, tous les hommes sont égaux

Un texte d’Eschyle avec la traduction en regard

En regard de la loi, tous les hommes sont égaux

Un texte d’Eschyle avec la traduction au regard

 

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