Dire, ne pas dire

Extensions de sens abusives

Adversité

Le 07 septembre 2015

Extensions de sens abusives

Les noms adversaire et adversité ont la même origine, le latin advertere, « tourner vers ou contre », mais leur sens différent grandement. Adversité désigne le sort contraire, la fortune adverse et, par extension, les malheurs provoqués par cette mauvaise fortune. L’adversaire est la personne opposée à une autre dans un procès, une lutte, une compétition. Il convient de ne pas confondre ces deux termes et de faire d’adversité une forme de singulier collectif qui désignerait l’ensemble des adversaires.

on dit

on ne dit pas

Nous n’avons pas pu mettre notre jeu en place, les adversaires étaient trop forts

Affronter des adversaires redoutables

Nous n’avons pas pu mettre notre jeu en place, l’adversité était trop forte

Affronter une adversité redoutable

 

Solutions alternatives

Le 07 septembre 2015

Extensions de sens abusives

L’adjectif alternatif signifie « qui se produit selon une alternance » ; on parlera ainsi de feux de circulation alternatifs ou de présidence alternative. Il se dit encore de ce qui a lieu régulièrement dans un sens puis dans un autre : c’est le sens qu’a cet adjectif dans les expressions courant alternatif et mouvement alternatif des marées. Il signifie enfin « qui présente un choix entre deux possibilités ». Ce dernier sens se rencontre surtout en logique dans la locution proposition alternative, proposition énonçant deux assertions qui s’excluent mutuellement (« Il faut vivre en ermite ou accepter les autres »). On se gardera bien d’étendre ce dernier sens et de faire d’alternatif un synonyme aux allures pompeuses de l’adjectif autre ou de la locution adjectivale de remplacement. Quant à l’alternative, ce peut être la succession de deux états différents revenant tour à tour : Des alternatives de pluie et de soleil, mais ce nom ne désigne pas la clé d’un problème : Il n’y a qu’une alternative ne signifie pas que seule une solution s’offre à nous, mais que nous ne pouvons choisir qu’entre deux possibilités.

on dit

on ne dit pas

Il n’y a pas d’autre plan

Une solution de remplacement

Y a-t-il une autre possibilité ?

Il n’y a pas de plan alternatif

Une solution alternative

Y a-t-il une autre alternative ?

 

Stigmatiser

Le 08 juillet 2015

Extensions de sens abusives

En 1972 déjà, dans son Encyclopédie du bon français dans l’usage contemporain, Dupré écrivait au sujet du verbe stigmatiser : « Il est lourd, prétentieux et trop employé. » Une quarantaine d’années plus tard, la remarque est toujours pertinente. Stigmatiser s’est d’abord employé au participe passé pour qualifier une personne qui portait des marques, des cicatrices, ou encore qui avait été marquée au fer chaud en punition de quelque crime. Employé nominalement, ce participe passé a ensuite désigné des mystiques dont le corps se couvrait à intervalles réguliers – aux mains, aux pieds et au côté – de plaies semblables à celles du Christ crucifié. Au figuré, il signifie « marquer d’infamie », et, par affaiblissement, « condamner, fustiger ». C’est de ce dernier sens que l’on abuse aujourd’hui, quand stigmatiser, surtout utilisé à la forme passive, se substitue à « critiquer » ou « blâmer ».

 

on dit

on ne dit pas

Il a été critiqué pour sa conduite

On l’a repris pour ses erreurs

Montrer du doigt, mettre au ban une population

Il a été stigmatisé pour sa conduite

On l’a stigmatisé pour ses erreurs

Stigmatiser une population

 

Un jeune, le jeune, les jeunes

Le 08 juillet 2015

Extensions de sens abusives

L’adjectif jeune est très riche sémantiquement et peut qualifier un grand nombre d’êtres ou d’objets. Cette richesse devrait empêcher qu’on l’emploie substantivement pour parler de la classe d’âge constituée par les adolescents et les jeunes gens, considérée et invoquée à tort comme une catégorie sociologique. On essaiera, quand on parlera d’individus, de se souvenir que les êtres sont uniques et différents, et l’on se gardera bien d’abuser du générique, même si cet abus est à la source de sentences définitives qui font la richesse de l’ethnographie de comptoir, qui nous apprend, entre autres, que les Anglaises sont rousses, l’Allemand est travailleur, l’Écossais est avare, l’Espagnol est fier, l’Italien charmeur et insouciant, l’Auvergnat est près de ses sous et que le jeune est grégaire et se lave peu.

 

on dit

on ne dit pas

Certains jeunes n’aiment pas lire

Le jeune n’aime pas lire

 

Futur pour avenir

Le 04 juin 2015

Extensions de sens abusives

L’adjectif futur et la locution adjectivale à venir sont souvent synonymes : Les années futures ou les années à venir, le futur gouvernement ou le gouvernement à venir. Il n’en est pas exactement de même pour les noms futur et avenir. Avenir désigne une époque que connaîtront ceux qui vivent aujourd’hui, alors que futur renvoie à un temps plus lointain, qui appartiendra aux générations qui nous suivront. Employer en ce sens futur pour avenir est un anglicisme qu’il convient de proscrire. De la même manière, on n’emploiera pas le terme futur pour évoquer la situation à venir d’une personne, mais on parlera bien de son avenir.

 

on dit

on ne dit pas

Désormais, à l’avenir, je serai plus prudent

Dans le futur, je serai plus prudent

Comme il a réussi son concours, son avenir s’éclaircit

Comme il a réussi son concours, son futur s’éclaircit

 

Ultime pour parfait

Le 04 juin 2015

Extensions de sens abusives

Ultime est emprunté du latin ultimus, un superlatif tiré de la préposition ultra, « au-delà, outre ». Est donc ultime ce qui est le plus éloigné dans le temps ou dans l’espace, et au-delà duquel il n’y a plus que le néant. C’est ainsi que les géographes médiévaux parlaient d’Ultima Thulé pour désigner les terres les plus septentrionales de notre monde, au-delà desquelles pensait-on, il n’y avait rien.

Par extension, ultime qualifie aussi ce qui vient en dernier dans une liste, dans une suite ordonnée, dans une progression. On peut ainsi atteindre le degré ultime du désespoir ou parler du but ultime de tel ou tel individu. En ce sens, ce qui est ultime ne saurait être dépassé, mais on se gardera bien d’étendre l’emploi de cet adjectif jusqu’à en faire un synonyme de « parfait » ou « suprême », sens qui malheureusement tend à se répandre, en particulier dans le domaine des productions humaines. Si l’on peut dire que Bouvard et Pécuchet est l’ultime roman de Flaubert, on ne dira pas, en revanche, que Madame Bovary est le roman ultime, quelque grande que soit l’admiration que l’on ait pour cette œuvre.

 

on dit

on ne dit pas

Être à la recherche du bonheur parfait

Ce guide est la référence suprême en matière de vin

Être à la recherche du bonheur ultime

Ce guide est la référence ultime en matière de vin

 

Éclairer pour éclaircir

Le 07 mai 2015

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Éclairer et éclaircir remontent l’un et l’autre au latin clarus, « clair ». Mais cette étymologie commune et cette proximité de forme n’empêchent pas ces deux verbes d’avoir des sens assez différents, malheureusement trop souvent confondus. Au sens propre éclaircir signifie en effet « rendre clair », mais aussi « rendre moins serré », alors qu’éclairer signifie « répandre de la clarté, illuminer ».

Au figuré, en revanche, ces deux verbes signifient « rendre intelligible ou plus intelligible ce qui était obscur » : on dira éclaircir ou éclairer un point du débat.

on dit

on ne dit pas

Le soleil éclaire la chambre

Avec le temps ses cheveux s’éclaircissent

Le soleil éclaircit la chambre

Avec le temps ses cheveux s’éclairent

 

 

Herpétologie, herpétologiste

Le 07 mai 2015

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Les sciences tendent aujourd’hui à se spécialiser en secteurs de plus en plus étroits. La médecine n’échappe pas à ce phénomène, et pour s’en rendre compte il n’est que de voir le nombre de spécialités qui ont été ajoutées dans la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française : on y trouve, entre de nombreuses autres, la carcinologie, la cardiologie, l’endocrinologie, l’épidémiologie, l’hépatologie, la néphrologie, la phlébologie, la podologie, la proctologie ou la radiologie. La dermatologie est plus ancienne et compte elle aussi des subdivisions, mais on se gardera bien d’inclure dans celles-ci l’herpétologie. Ce nom ne désigne en effet pas une branche de la médecine consacrée à l’étude et aux soins de l’herpès, mais une branche de la zoologie consacrée aux reptiles.

 

Adhésion pour Adhérence

Le 02 avril 2015

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Adhésion et adhérence ont la même origine : ils remontent tous deux au latin adhaerere, « être attaché à », verbe de la même famille que le substantif hedera, dont est issu le français lierre, cette plante grimpante munie de petits crampons qui lui permettent de se fixer solidement sur les troncs, les murs, etc. Les sens de ces deux substantifs sont néanmoins distincts : adhésion concerne les personnes et désigne le fait d’adhérer à un groupe, à une organisation ou, par extension, d’approuver telle ou telle idée, alors qu’adhérence concerne les choses et désigne la liaison étroite entre deux corps solides.

on dit

on ne dit pas

Emporter l’adhésion

Donner son adhésion à un projet

Ce pneu n’a qu’une faible adhérence au sol

Emporter l’adhérence

Donner son adhérence à un projet

Ce pneu n’a qu’une faible adhésion au sol

 

Conjecture pour Conjoncture

Le 02 avril 2015

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Ces deux paronymes, qui ne diffèrent que d’un phonème, sont souvent confondus à l’oral, alors que leurs sens diffèrent grandement : une conjecture est une opinion, un jugement, une supposition que l’on fonde sur des réalités ou des apparences, alors que la conjoncture désigne l’état, la situation résultant de circonstances diverses. On évitera donc la faute que l’on entend de plus en plus souvent, qui consiste à employer ces deux termes l’un pour l’autre.

on dit

on ne dit pas

Se perdre en conjectures

Bénéficier d’une conjoncture économique favorable

Se perdre en conjonctures

Bénéficier d’une conjecture économique favorable

 

 

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