Comment se fait-il que les adjectifs et les noms formés avec les éléments -phobe et -phobie, comme xénophobe, homophobie, etc., portent en eux une idée de haine, alors que les mots grecs dont sont issus ces éléments expriment simplement la peur ?
Jean C. (Paris)
L’Académie répond :
Dans certains cas, les noms comportant le suffixe -phobie désignent une peur morbide et irrationnelle de certaines choses ou de certains êtres vivants. Ces termes, pour un certain nombre, relèvent du domaine médical. Parmi ces peurs, on peut citer l’agoraphobie, la crainte maladive, parfois accompagnée de vertige, que certaines personnes éprouvent au moment d’entrer dans un lieu public ou de traverser de grands espaces découverts ; ou la claustrophobie, l’angoisse provoquée par le fait d’être enfermé. Il en est d’autres, plus rares, comme l’ophiophobie, qui désigne la terreur éprouvée à la vue d’un serpent, ou son pendant avec les araignées, l’arachnophobie. Mais il est vrai que, dans de nombreux autres cas, les noms terminés en -phobie désignent une forme de haine à l’égard d’un groupe humain. Ce passage de la peur à la haine, Bernanos l’a parfaitement expliqué dans Les Grands Cimetières sous la lune, où il écrit : « La peur, la vraie peur est un délire furieux. De toutes les folies dont nous sommes capables, elle est assurément la plus cruelle. Rien n’égale son élan, rien ne peut soutenir son choc. La colère qui lui ressemble n’est qu’un état passager, une brusque dissipation des forces de l’âme. De plus, elle est aveugle. La peur, au contraire, pourvu que vous en surmontiez la première angoisse, forme, avec la haine, un des composés psychologiques les plus stables qui soient. Je me demande même si la haine et la peur, espèces si proches l’une de l’autre, ne sont pas parvenues au dernier stade de leur évolution réciproque, si elles ne se confondront pas demain dans un sentiment nouveau, encore inconnu, dont on croit surprendre parfois quelque chose dans une voix, un regard. »
Tout cela explique que la plupart des noms et des adjectifs usuels en -phobie et en -phobe aient pour premier élément un nom désignant un groupe d’individus considérés par qui les déteste comme parfaitement interchangeables, mais aussi dangereux et, pour cette raison, détestables.