Dire, ne pas dire

Guy B. (Suisse)

Le 3 avril 2025

Courrier des internautes

Proust écrit, dans Le Côté de Guermantes, « avant qu’il fût tout à fait nuit ». Ne dirait-on pas « avant qu’il fît tout à fait nuit » ? Est-ce une tournure ancienne et abandonnée que d’utiliser le verbe être (être nuit) plutôt que le verbe faire (faire nuit), comme nous l’écrivons maintenant ?

Guy B. (Suisse)

L’Académie répond :

L’usage du verbe être avec nuit s’efface peu à peu, mais on lisait encore dans la huitième édition de notre Dictionnaire, à l’article « Nuit » : Il est nuit noire. On rencontre ce tour chez de très grands auteurs, le plus souvent au passé. Ainsi, dans Les Misérables, Hugo écrit : « Cosette pensait donc qu’il était nuit, très nuit, qu’il avait fallu remplir à l’improviste les pots et les carafes dans les chambres des voyageurs. » Dans Atar-Gull, on lit ces mots d’Eugène Sue : « Le lendemain de l’exécution, il était nuit, mais une nuit des Tropiques, une belle nuit claire et transparente, inondée de la molle clarté de la lune. » Et, au siècle dernier, on rencontrait, dans Un de Baumugnes, de Giono : « Quand il fut nuit, je fis mon lit à côté d’un pré qui chantait de toutes ses herbes, et, la figure contre les étoiles, je me mis à dormir à mort. »