Dire, ne pas dire

Emplois fautifs

Chaque, chacun

Le 03 novembre 2016

Emplois fautifs

Chaque, chacun

L’adjectif indéfini chaque a été tiré du pronom indéfini chacun, dont il est proche par le sens ; tous deux sont des distributifs, mais leur nature fait qu’ils ne se construisent pas de la même manière : chaque, qui est un déterminant, ne peut s’employer sans être suivi d’un nom, alors que chacun, qui est de nature pronominale, s’emploie seul. On veillera donc à ne pas les confondre et l’on dira Chaque volume coûte douze euros ou ces volumes coûtent douze euros chacun. On notera que chacun, contrairement à chaque, est mobile puisque l’on peut aussi dire ces volumes coûtent chacun douze euros.

on dit

on ne dit pas

Ils ont gagné une partie chacun

En boxe, les reprises durent trois minutes chacune

Ils ont gagné une partie chaque

En boxe, les reprises durent trois minutes chaque

 

Descendre en flèches

Le 03 novembre 2016

Emplois fautifs

Descendre en flèches

La locution Descendre en flèches est fautive. Elle est le résultat du mélange malheureux de deux autres locutions : en flèche et descendre en flammes. La première a d’abord qualifié un mode d’attelage où les chevaux n’étaient pas de front, mais l’un dernière l’autre. Comme les flèches sont des armes de trait particulièrement rapides, en flèche a ensuite pris le sens de « rapidement » et est entré dans des tournures comme partir, repartir en flèche, monter, remonter en flèche. La seconde locution, descendre en flammes, appartient à l’origine au vocabulaire des combats aériens : descendre un avion en flammes signifiait qu’on l’avait abattu mais aussi que les tirs avaient déclenché un incendie, ce qui laissait peu d’espoir au pilote d’en réchapper. Par extension et de manière figurée, descendre en flammes signifie critiquer vertement une personne, éreinter un ouvrage, un spectacle, etc.

 

on dit

on ne dit pas

Son dernier livre a été éreinté par la critique

Le jury a descendu en flammes ce candidat

Son dernier livre a été descendu en flèches par la critique
Le jury a descendu en flèches ce candidat

 

Difficultueux

Le 06 octobre 2016

Emplois fautifs

L’adjectif difficultueux est aujourd’hui vieilli quand il sert à qualifier quelqu’un qui fait des difficultés à tout propos et sans raison, et il n’est plus en usage quand il s’applique à des choses que l’on juge compliquées à saisir, à réaliser. Si donc, par volonté d’user d’archaïsmes, on peut encore dire qu’Untel est un homme fort difficultueux ou, par métonymie, que son esprit, son caractère sont difficultueux, on évitera des tours comme Voilà un règlement bien difficultueux pour dire qu’il est mal rédigé et que l’on peine à en saisir le sens.

on dit

on ne dit pas

Un texte difficile à comprendre

Une tâche bien ardue

Un texte difficultueux

Une tâche difficultueuse

 

 

Efficient pour Efficace

Le 06 octobre 2016

Emplois fautifs

Efficient pour Efficace

L’adjectif efficient s’est d’abord employé dans le domaine de la philosophie pour qualifier une cause qui possède en elle-même la force nécessaire pour produire son effet. On peut ainsi dire qu’un sculpteur est la cause efficiente de la statue qu’il taille. Depuis les années 1950, efficient s’est enrichi d’un sens nouveau emprunté à l’anglais, et peut ainsi s’appliquer à ce qui produit un effet par soi-même, à ce qui est réellement agissant : il peut servir par exemple à qualifier une machine ou des moyens mis en œuvre pour telle ou telle action. En revanche, on se gardera de l’employer à propos de personnes, même si l’anglais désigne par la locution efficient workman un travailleur efficace, et qu’un grand prosateur comme le général de Gaulle a pratiqué cette extension de sens dans ses Mémoires de guerre.

on dit

on ne dit pas

Une équipe efficace

Un employé compétent

Une équipe efficiente

Un employé efficient

 

Générer

Le 06 octobre 2016

Emplois fautifs

Comme les chats, le verbe générer semble doué de plusieurs vies. Il apparaît une première fois au tournant du xiie siècle, avec le sens de « régénérer quelqu’un par la vertu du baptême », et remplaçait alors une ancienne forme gendrer. Cette première vie s’achève avec le Moyen Âge. Générer revient au xvie siècle avec le sens d’« engendrer, produire », mais ces derniers termes, bien plus en usage, vont vite l’éliminer. Nouvelle naissance au siècle dernier dans le domaine des mathématiques et de la linguistique, où il est cette fois emprunté de l’anglais to generate. On peut ainsi dire qu’une droite se déplaçant selon un certain axe génère un cône ou qu’une langue, avec un nombre de règles fini, peut générer un nombre infini de phrases. On ne s’acharnera pas contre ce malheureux mot dont la force vitale étonne et on ne condamnera donc pas son emploi dans ces deux domaines spécialisés, mais on rappellera que dans tous les autres cas, on doit préférer à cet anglicisme des formes comme engendrer, faire naître, provoquer, causer, produire, etc.

on dit

on ne dit pas

Cette longue attente fit naître de l’anxiété

Les chutes de neige ont provoqué d’importants retards

Cette longue attente généra de l’anxiété

Les chutes de neige ont généré d’importants retards

 

C’est quoi

Le 01 septembre 2016

Emplois fautifs

On lit, dans le Dictionnaire de l’Académie française, à l’article Quoi : « Aux tournures familières “C’est quoi ?”, “Tu veux quoi ?”, on préfèrera les tournures “Qu’est-ce ?”, “Que veux-tu ?”. » Cela devrait aller sans dire, mais il semble cependant bon de le rappeler. On évitera également de faire de C’est quoi suivi d’un nom une amorce servant à introduire un sujet de débat quelconque ou à amener un interlocuteur à préciser sa position sur tel ou tel point, tic de langage que l’on entend trop souvent dans les médias : C’est quoi la politique ? C’est quoi le sport ? N’est pas Socrate qui veut, et on laissera à ce dernier cette forme de maïeutique.

Excessivement au sens de Très

Le 01 septembre 2016

Emplois fautifs

L’adverbe excessivement est un synonyme de « trop » et s’emploie pour signaler ce qui est fait sans modération, en dépassant la mesure moyenne ou permise. On dira ainsi Il boit excessivement ou Il roule excessivement vite. On l’emploiera donc toujours dans un contexte négatif puisqu’il signale un excès, un défaut : Il est excessivement susceptible, elle est excessivement maniérée. Mais on se gardera bien de l’employer en lieu et place d’adverbes comme très ou tout à fait avec un adjectif de sens positif, évoquant une qualité, sauf à vouloir faire de cette qualité poussée à l’extrême un défaut. On évitera de même l’emploi de l’adjectif excessif quand c’est extrême ou très grand qui conviendraient.

on dit et on écrit

on ne dit pas, on n’écrit pas

Elle est extrêmement gracieuse

Il m’est tout à fait sympathique

Il a répondu avec une très grande politesse

Elle est excessivement gracieuse

Il m’est excessivement sympathique

Il a répondu avec une excessive politesse

 

Son comptant pour Son content

Le 01 septembre 2016

Emplois fautifs

L’expression avoir son content signifie « avoir à satiété, avoir tout ce que l’on peut désirer, tout ce qui peut contenter » : avoir son content de nourriture, de bonheur. Elle peut aussi s’employer par antiphrase, comme en témoigne Hécatombe, dans laquelle Georges Brassens chante :

Jugeant enfin que leurs victimes / Avaient eu leur content de gnons…

On rappellera qu’il ne faut pas confondre ici le substantif content avec son homonyme comptant, qui désigne une somme d’argent immédiatement disponible, mais ne s’emploie plus aujourd’hui que dans la locution au comptant : acheter, vendre au comptant. Sans doute est-ce la proximité entre avoir son content et avoir son compte qui est à l’origine de cette faute, cette dernière expression, qui signifie « recevoir le prix convenu », pouvant s’employer elle aussi par antiphrase, dans une langue familière, au sens d’« avoir la punition que l’on méritait », voire d’« être mort ».

on écrit

on n’écrit pas

Manger (tout) son content

Elle a eu son content de succès

Il a eu son content de malheur

Manger (tout) son comptant

Elle a eu son comptant de succès

Il a eu son comptant de malheur

 

Tout çà pour Tout ça

Le 01 septembre 2016

Emplois fautifs

L’adverbe de lieu çà ne se rencontre aujourd’hui que dans la locution çà et là. En dehors de cette locution, il n’est guère usité et des formes comme viens çà ne se lisent plus que dans des ouvrages anciens ou usant à plaisir d’archaïsmes. L’interjection homonyme qui en est tirée, çà, est elle aussi désuète quand il s’agit d’exprimer un encouragement (Ça, travaillons !) ou de marquer l’étonnement ou l’indignation (Ah çà, pour qui me prenez-vous ?). La volonté de redonner vie à ces formes qui vont s’effaçant dans notre langue est bien légitime, mais elle ne doit pas s’exercer au détriment de l’orthographe et du sens des mots, et l’on s’interdira d’écrire tout çà quand la forme correcte est tout ça.

Être entrain de

Le 12 juillet 2016

Emplois fautifs

Le nom entrain est une création de Stendhal. On ne sait pas s’il est tiré du verbe entraîner, au sens de « charmer, enthousiasmer », ou s’il s’agit d’une forme agglutinée de la locution adjectivale (être) en train, « (être) dans une bonne disposition ». Quoi qu’il en soit, on se gardera bien de confondre ce nom avec cette locution adjectivale ou avec la locution prépositive « en train de ».

 

on écrit

on n’écrit pas

Il est plein d’entrain

Elle se sent très en train

Ils sont en train de jouer

Il est plein d’en train

Elle se sent très entrain

Ils sont entrain de jouer

 

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