Dire, ne pas dire

Emplois fautifs

Glabre, imberbe

Le 11 mars 2019

Emplois fautifs

Les adjectifs glabre et imberbe sont proches par le sens puisqu’ils évoquent tous deux l’absence de poils. Ainsi, dans sa Vie de Jeanne d’Arc, Anatole France décrit les hommes mûrs, enjuponnés et fourrés, les jeunes gentilshommes glabres, tandis que, dans Les Châtiments, Victor Hugo rapproche les vieux soldats et les généraux imberbes.

Mais glabre signifie « qui est dépourvu de poils, de duvet », alors qu’imberbe, qui est emprunté du latin imberbis, adjectif composé à l’aide du préfixe négatif im- et de barba, « barbe », signifie donc « qui est sans barbe ». Il convient alors de réserver ce dernier adjectif au visage et glabre au corps dans son ensemble, y compris le visage. C’est également glabre que l’on emploiera, en sciences, pour qualifier les animaux dépourvus de poils. Et on rappellera pour conclure que glabre est l’antonyme de velu, tandis qu’imberbe est celui de barbu.

Le plus… le plus pour Plus… plus

Le 11 mars 2019

Emplois fautifs

L’emploi de l’adverbe plus au début de deux propositions juxtaposées établit un rapport de proportion entre celles-ci : plus on est de fous, plus on rit ; plus il mange, plus il grossit. Dans ces phrases, plus peut être remplacé par moins : moins il travaille, moins il réussit ; Plus j’y songe, moins cela me semble une bonne idée. Il s’agit là d’un tour parfaitement correct, que l’on se gardera bien de remplacer par les constructions le plus… le plus, ou, pis, au plus… au plus…, qui appartiennent à une langue très relâchée.

On dit

On ne dit pas

Plus il s’entraîne, plus il progresse

Plus vous le presserez, moins il en fera

 

Le plus il s’entraîne, le plus il progresse

Au plus vous le presserez, au moins il en fera

12 ou 13 kilos ou de 12 à 13 kilos mais 12 ou 13 personnes

Le 8 février 2019

Emplois fautifs

Pour exprimer une approximation on peut, quand on parle de choses qui peuvent être divisées, utiliser le tour de…à… ou la préposition ou. Ainsi on dira aussi bien ce chien pèse douze ou treize kilos que ce chien pèse de douze à treize kilos, puisque ces kilos peuvent être divisés en unités plus petites. Il n’en va pas de même quand on évoque ce qui est indivisible, en particulier des êtres vivants. On ne dira donc pas il y avait de douze à treize invités, mais uniquement il y avait douze ou treize invités. Cette remarque ne vaut bien sûr plus, même s’agissant d’êtres vivants, si les deux nombres donnés ne se suivent pas : Il y avait déjà de vingt à trente personnes quand il est arrivé.

Aux quatre coins du globe

Le 8 février 2019

Emplois fautifs

Un globe est une sphère et ce nom se trouve surtout dans l’expression « globe terrestre », employée pour désigner la Terre, expression que l’on réduit le plus souvent à « globe ». Nos représentations figurées de notre planète sont des globes mais plus encore des planisphères. Les uns sont en trois dimensions, les autres en deux. On s’efforcera donc de ne pas appliquer le vocabulaire utilisé pour la description des cartes à celle des globes et l’on essaiera de ne pas parler des « quatre coins du globe », une sphère n’ayant, par définition, pas de coin. L’expression aux quatre coins de la Terre est, quant à elle, scientifiquement tout aussi inexacte, mais elle a pour elle l’ancienneté et le fait qu’elle date d’un temps où l’on imaginait notre planète comme étant plate. On évitera aussi la forme aberrante : Aux quatre coins de l’hexagone.

Nous n’avons pas été concertés

Le 8 février 2019

Emplois fautifs

Le verbe concerter se rencontre surtout à la forme pronominale, se concerter, et indique alors que l’on cherche une entente en vue d’un projet commun. Mais il existe aussi à la voix active et il a, dans ce cas, le sens de « projeter quelque chose en accord avec une ou plusieurs personnes » : on concerte un dessein, une entreprise, etc. Dans cet emploi, il a pour complément d’objet direct un nom abstrait synonyme de « projet » et en aucun cas un nom de personne ou un équivalent. On doit donc bien se garder de tours, que l’on commence à lire ici ou là, comme nous n’avons pas été concertés, une erreur sans doute provoquée par la ressemblance avec nous n’avons pas été consultés.

Tu as vu ce qu’il a dit

Le 8 février 2019

Emplois fautifs

On s’accorde généralement pour faire de la vue le principal de nos sens, et le verbe voir est souvent considéré comme celui grâce auquel nous percevons le monde. Cela se traduit par le fait qu’il se rencontre dans de très nombreuses tournures où l’on pourrait logiquement attendre un autre verbe de perception. Littré rend compte de ce point dans son Dictionnaire ; il y écrit en effet, à l’article Voir : « Apprécier par quelqu’un des sens : Voyez si ce vin est bon. Voyons si cet instrument est d'accord. Il faut voir si cela n'est pas trop chaud. Voyez si c'est la même odeur. » Ces formes, qui ont la caution de l’illustre lexicographe, sont bien sûr parfaitement acceptables, mais il convient d’éviter celles où voir se substitue à un autre verbe plus précis et qui conviendrait mieux. On évitera donc de dire tu as vu ce qu’il a dit ou tu as vu comme la cave empestait le moisi, phrases auxquelles on préfèrera tu as entendu ce qu’il a dit ou tu as senti comme la cave empestait le moisi.

Anoblir pour Ennoblir

Le 10 janvier 2019

Emplois fautifs

Anoblir et ennoblir sont deux verbes dérivés de noble, mais ils ont aujourd’hui des sens différents. Le premier signifie que l’on confère à une personne ou à une famille les titres, droits et prérogatives de la noblesse. On dit ainsi que la cérémonie de l’adoubement anoblissait l’homme de guerre du haut Moyen Âge. Jadis, on trouvait aussi ce verbe employé absolument dans l’expression le ventre anoblit, par où l’on entendait que, dans certaines contrées, la noblesse se transmettait autant par les femmes que par les hommes. Le second verbe, ennoblir, a d’abord signifié « pourvoir d’un titre de noblesse » mais en ce sens on lui préfère aujourd’hui anoblir. Il ne s’utilise plus de nos jours qu’au sens de « donner de l’élévation, de la dignité, de la noblesse à quelqu’un ou à quelque chose ». On s’efforcera donc de ne pas employer ces verbes l’un pour l’autre et l’on veillera à les utiliser à bon escient.

On dit

On ne dit pas

Votre attitude vous ennoblit à nos yeux

Sa conversation est banale mais ennoblie par une exquise politesse

Il a été anobli par le souverain

Votre attitude vous anoblit à nos yeux

Sa conversation est banale mais anoblie par une exquise politesse

Il a été ennobli par le souverain

Donne-moi-le

Le 10 janvier 2019

Emplois fautifs

En général, quand un verbe est suivi d’un pronom complément d’objet direct et d’un pronom complément d’objet indirect de première ou de deuxième personne, ce complément indirect précède le complément direct (Pierre te le donne, Paul me le dit), mais s’il s’agit d’un pronom de troisième personne, il suit le complément d’objet direct (tu le lui donnes, il le leur dit). Il n’en va pas de même à l’impératif où c’est toujours le pronom complément d’objet direct qui suit immédiatement le verbe, auquel il est relié par un trait d’union (un autre trait d’union unit les deux pronoms) : donne-le-moi, dites-le-lui. Si l’on n’entend que très rarement des formes comme dites-lui-le, le tour donne-moi-le se rencontre fréquemment, particulièrement dans une langue populaire. Il s’agit pourtant d’une faute dont on doit se garder.

On dit

On ne dit pas

Dis-le-moi, prêtez-le-moi

Passe-le-moi

Dis-moi-le, prêtez-moi-le

Passe-moi-le

Entrepreneurial (prononciation)

Le 10 janvier 2019

Emplois fautifs

Certains noms terminés par -eur ont des dérivés nominaux en -orat, soit issus directement de ce nom, comme professorat qui vient de professeur, soit issus d’une forme latine intermédiaire, comme doctorat qui vient de doctoratus. Ces mêmes noms ont des dérivés adjectivaux en -oral : doctoral, professoral, mais il existe aussi quelques mots en -eur, plus rares, dont le dérivé adjectival est en -eural. C’est le cas de seigneurial, mais aussi d’entrepreneurial. On se gardera bien de confondre cette dérivation avec celle, en –arial, de noms en -aire, que l’on trouve par exemple avec notaire et son dérivé : notarial. Veillons donc à ne pas dire, mais aussi à ne pas écrire, entreprenarial. Il en va de même pour le nom entrepreneuriat, que l’on ne doit ni prononcer ni écrire entreprenariat.

Jouin pour Juin

Le 10 janvier 2019

Emplois fautifs

Il existe trois semi-consonnes en français, dont, étonnamment, seules deux ont un nom : yod, que l’on entend au début de yeux ou à la fin de fille ; wau, que l’on entend dans oui ou dans tatouer, et enfin celle que l’on entend dans lui ou dans suer. Il convient de ne pas confondre cette dernière avec wau, puisque l’on ne distinguerait plus alors muette et mouette ou lui et Louis, même s’il existe des régions où ces distinctions se font peu ou mal et dans lesquelles on prononce « ui » pour oui ou « houit » pour huit.

On dit

On ne dit pas

Le mois de juin

Après s’être enfui, le lièvre s’est enfoui dans son terrier

Le mois de jouin

Après s’être enfoui, le lièvre s’est enfui dans son terrier

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