Dire, ne pas dire

Emplois fautifs

Pécunier pour Pécuniaire

Le 5 septembre 2019

Emplois fautifs

Les adjectifs financier et pécuniaire sont de sens proche. Celui-ci signifie « qui a rapport à l’argent, qui consiste en argent » : des soucis pécuniaires, des avantages pécuniaires ; l’adjectif, aujourd’hui vieilli, pécunieux, « qui dispose de beaucoup d’argent comptant » appartient à cette même famille. Financier signifie, quant à lui « relatif à l’argent, aux ressources pécuniaires » : une situation financière confortable, des soucis financiers, puis « relatif à la gestion des patrimoines et aux opérations effectuées sur le marché des capitaux à long terme » : une opération financière, les grandes places financières d’Europe. À cette liste, il convient de ne pas ajouter pécunier, pécunière et ce, même si cet adjectif est aujourd’hui courant en Belgique.

On dit

On ne dit pas

Des embarras pécuniaires

Une opération financière profitable

Des embarras pécuniers

Une opération pécunière profitable

Federer va jouer Nadal en demi-finale

Le 4 juillet 2019

Emplois fautifs

Le verbe jouer est transitif direct quand il a pour objet des noms de personnes et que ceux-ci sont des personnages de fiction ou des personnages réels incarnés sur scène ou à l’écran : Elle joue Toinette dans « Le Malade imaginaire » ; Henri Fonda a joué Théodore Roosevelt junior dans « Le Jour le plus long ». Jouer s’emploie aussi avec un nom de personne complément d’objet direct quand il a le sens de « tromper, abuser » : Il le joue depuis des mois, en lui faisant espérer cet emploi. Nous avons été joués par cet escroc. On se gardera d’employer cette construction directe quand jouer signifie « affronter un adversaire, jouer contre quelqu’un ». On ne dira donc pas Federer va jouer Nadal en demi-finale, mais Federer va jouer contre Nadal ou Federer va affronter Nadal ; la preuve en serait, si besoin était, que, contrairement aux cas évoqués plus haut, la transformation passive est ici impossible ; on ne dit en effet pas Nadal a été joué par Federer en demi-finale.

On dit

On ne dit pas

La France rencontre l’Italie en finale

Les Français sont opposés aux Anglais en quart de finale

La France joue l’Italie en finale

Les Français jouent les Anglais en quart de finale

Le hauban mais L’auvent

Le 4 juillet 2019

Emplois fautifs

« Dans le port d’Amsterdam / Y a des marins qui mangent / Sur des nappes trop blanches / Des poissons ruisselants / Ils vous montrent des dents / À croquer la fortune / À décroisser la lune / À bouffer des haubans ». Qui sait si cette chanson n’est pas responsable d’une faute de plus en plus commise, qui consiste, par analogie avec hauban, à prononcer auvent comme si ce nom était précédé d’un h aspiré et à dire le auvent quand c’est l’auvent que veulent l’usage et la règle ? Suivons donc Colette qui, dans Claudine s’en va, évoque « l’auvent soyeux des cils » ou Giono qui écrit, dans Regain : « Il y a maintenant, sous l’auvent des tuiles, un petit essaim qui cherche un abri ».

On dit

On ne dit pas

Venez vous abriter sous l’auvent

Les montants de l’auvent

Venez vous abriter sous le auvent

Les montants du auvent

N’hésiter pas à m’écrire pour Ne pas hésiter à m’écrire

Le 4 juillet 2019

Emplois fautifs

Les verbes du premier groupe sont homophones à l’infinitif et à la deuxième personne du pluriel de l’impératif : chanter, chantez ; danser, dansez. En général, on ne les confond pas, mais l’infinitif a parfois aussi une valeur d’impératif. Dans les recettes de cuisine, par exemple, on lit aussi bien verser l’huile, battre les œufs en neige que versez l’huile, battez les œufs en neige. Les problèmes se posent à la forme négative car, selon que l’on a l’un ou l’autre de ces modes, la place des éléments ne et pas, qui composent la négation, ne sera pas exactement la même. On écrit en effet n’hésitez pas, en intercalant l’impératif entre ces deux éléments, mais ne pas hésiter, en les plaçant cette fois-ci devant l’infinitif.

On écrit

On n’écrit pas

Ne pas se pencher, ne vous penchez pas

Ne pas plier le document, ne pliez pas le document

Ne pas se penchez, ne vous pencher pas

Ne pas pliez le document, ne plier pas le document

Quelle en est sa signification ? pour Quelle en est la signification ?

Le 4 juillet 2019

Emplois fautifs

Le pronom personnel en remplace un nom complément précédé de la préposition de : Il revient de la gare, il en revient ; L’ânesse mange de l’herbe, elle en mange. Ce complément a souvent une valeur de détermination : Quelle est la durée du voyage ? quelle en est la durée ? Il convient de ne pas redoubler cette détermination par un possessif ; et de même qu’on ne dit pas Quelle est sa signification de cet évènement ? on ne doit pas dire Quelle en est sa signification ?

On dit

On ne dit pas

Quel est le coût de cette robe, quel en est le coût ?

Quel est le coût de cette robe, quel en est son coût ?

Être intéressé à + infinitif

Le 6 juin 2019

Emplois fautifs

Quand il est employé à la forme pronominale, le verbe intéresser se construit avec un complément introduit par la préposition à (Il s’intéresse à l’astronomie). À la voix passive, ce complément est introduit par la préposition par (Il est intéressé par l’astronomie).

On entend de plus en plus souvent aujourd’hui il est intéressé à suivi d’un infinitif. Ce type de construction, s’il est parfaitement correct avec des verbes comme décider ou déterminer, qu’ils soient à l’actif ou au passif (Je l’ai décidé à venir, il est déterminé à vous accompagner), est incorrect avec intéresser. Il convient donc de l’éviter.

On dit

On ne dit pas

Il serait très intéressé par une visite d’Oslo ou Visiter Oslo l’intéresserait vraiment

Elle souhaite apprendre l’italien

Il serait très intéressé à visiter Oslo


Elle est très intéressée à apprendre l’italien 

Incluse mais Exclue

Le 6 juin 2019

Emplois fautifs

Étranges verbes en -clure ! Les uns, conclure, exclure, ont leur participe passé en -clu, -clue, tandis que d’autres, inclure, occlure et reclure, auxquels on pourrait ajouter la forme rare perclure, ont le leur en -clus, -cluse. Il n’en a pas toujours été ainsi : on lisait dans la cinquième édition du Dictionnaire de l’Académie française, en 1798 : « Exclu, ue ou Exclus, use. Les femmes sont exclues ou excluses de ces emplois ». Et, un peu moins d’un siècle plus tard, à l’article Exclus de son Dictionnaire, Littré écrivait : « Jusque dans le courant du xviiie siècle, on a dit exclus, excluse, aussi bien que exclu, exclue », illustrant son propos avec les exemples suivants : « Ce fut beaucoup de déplaisir à Psyché de se voir excluse d’un asile où elle aurait cru être mieux venue qu’en pas un autre qui fût au monde » (La Fontaine, Les Amours de Psyché et Cupidon), et « Pourquoi de ce conseil moi seule suis-je excluse ? (Racine, Bajazet.) Mais il ajoute : « Aujourd’hui on ne dit que exclu, exclue. » On suivra donc ces derniers propos et l’on rappellera que, de nos jours, seules les formes incluse et exclue sont correctes.

On dit

On ne dit pas

La lettre est incluse dans le dossier

Une défaite n’est pas exclue

Elle était percluse de rhumatismes

La lettre est inclue dans le dossier

Une défaite n’est pas excluse

Elle était perclue de rhumatismes

Salop ou Salaud ?

Le 6 juin 2019

Emplois fautifs

Étymologiquement, salope n’est pas le féminin de salaud. Celui-ci est dérivé de sale, alors que celui-là est composé à l’aide de sale et de hoppe, forme dialectale de huppe, un oiseau qui traîne la triste réputation d’être particulièrement malpropre (dans L’Iris de Suse, de Giono, le narrateur, parlant d’une huppe, dit qu’il l’a « surprise en train de gabouiller [patauger], dans des gadoues malodorantes »). Salope signifie donc d’abord « très sale », et on lisait dans l’édition de 1835 de notre Dictionnaire : « Cet enfant, cette petite fille est salope, est bien salope ». Ce sens s’est peu à peu modifié et salope est aujourd’hui un terme d’injure employé pour désigner une personne très vile et digne du plus profond mépris. Il est ainsi devenu un équivalent de salaud, qui a évolué de la même façon. Si la forme salaude existe, dans l’usage c’est bien salope qui sert de féminin à salaud. Il en va de même avec le dérivé salauderie, tombé en désuétude au profit de saloperie.

À l’inverse, de salope a été tiré un masculin, salop, que l’on rencontre en particulier chez des auteurs du xixe siècle, comme Flaubert, Maupassant ou Verlaine, mais qui reste d’un usage limité et souvent archaïsant. C’est bien, au masculin, salaud et, au féminin, salope qu’il faut employer, en précisant toutefois que le féminin salope peut avoir une forte connotation sexuelle.

Va-t-en pour Va-t’en

Le 6 juin 2019

Emplois fautifs

Des groupes comme va-t-on ?, danse-t-il ? etc. sont parfois écrits, de manière fautive, va-t’on ?, danse-t’il ? etc. Cette incorrection est liée au fait que l’on confond un t euphonique, qui doit être lié aux mots l’entourant par des traits d’union, et t’, forme élidée du pronom te. La faute inverse se rencontre également : on lit ainsi parfois va-t-en quand c’est va-t’en qu’il faudrait, puisque est ici employée la deuxième personne du singulier de l’impératif du verbe s’en aller, que t’ y est un véritable pronom, et en un pronom adverbial.

Il est vrai que l’on écrit un va-t-en guerre, (proprement il va en guerre) mais le cas est différent : dans ce nom soudé t est euphonique, ce qui évite le hiatus entre la forme va, troisième personne du singulier de l’indicatif présent du verbe aller, et en, qui, ici, est une préposition qui introduit le complément guerre.

Affirmer de pour Affirmer

Le 2 mai 2019

Emplois fautifs

Le verbe affirmer est un verbe transitif direct. Il peut signifier « manifester clairement, avec force » et, dans ce cas, son complément d’objet est le plus souvent un nom : Il affirme ses convictions ; elle affirme son autorité. Il peut aussi signifier « assurer, soutenir qu’une chose est vraie », son complément est alors généralement une proposition subordonnée (Il affirme qu’il ne le connaît pas), un pronom reprenant une proposition (Il ne le connaît pas, c’est ce qu’il affirme). Ces différents cas ne posent pas de problèmes, mais ce verbe peut aussi avoir comme complément un infinitif. Comme il s’agit d’un complément d’objet direct, cet infinitif doit directement suivre le verbe affirmer et ne pas être introduit par la préposition de. On dira ainsi Le suspect affirme avoir passé la soirée chez des amis et non Le suspect affirme d’avoir passé la soirée chez des amis. Sans doute la confusion s’explique-t-elle par la proximité de sens avec le verbe dire qui admet bien, lui, une construction prépositionnelle comme dans Il lui a dit de venir mais on notera que, dans ce type de construction, le sujet de la principale doit être différent de celui de l’infinitif.

On dit

On ne dit pas

Elle affirme être rentrée à neuf heures

Vous affirmez ne pas savoir de qui il s’agit

 

Elle affirme d’être rentrée à neuf heures

Vous affirmez de ne pas savoir de qui il s’agit

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