Dire, ne pas dire

Emplois fautifs

Inatteignable

Le 04 décembre 2015

Emplois fautifs

L’adjectif inatteignable n’est pas incorrect, mais il n’est pas de très bonne langue. Il s’agit d’une création de Stendhal qui, mêlant français et anglais, écrit dans son Journal, le 18 mars 1813 : « The great places inatteignables for me ». Quand bien même cet adjectif aurait pour lui la caution d’écrivains aussi illustres que Gide ou Aragon, on essaiera de l’éviter, et ce, d’autant plus que certains, comme Proust, écrivent inatteingible (Correspondance) ou inattingibles lointains (La Recherche). On écartera donc toutes ces formes auxquelles on préfèrera l’adjectif inaccessible ou la locution adjectivale hors d’atteinte.

on peut dire

on dit mieux

Un sommet inatteignable

Un objectif inatteignable

L’inatteignable étoile

Un sommet inaccessible

Un objectif hors d’atteinte

L’inaccessible étoile

 

Sauf que au sens de Mais

Le 04 décembre 2015

Emplois fautifs

La locution conjonctive sauf que signifie « à cette exception près que, si ce n’est que ». On peut donc dire Il est bien remis de son accident, sauf qu’il se fatigue rapidement. Mais trop souvent on est passé, insensiblement, d’une légère restriction à la négation du fait envisagé. Il s’agit d’une faute à éviter et l’on se gardera bien de donner à sauf que le sens de la conjonction de coordination à valeur d’opposition « mais ».

on dit

on ne dit pas

Je voulais aller à Paris mais mon train a été annulé

Il aurait aimé acheter ce livre, mais il avait oublié son portefeuille

Je voulais aller à Paris sauf que mon train a été annulé

Il aurait aimé acheter ce livre sauf qu’il avait oublié son portefeuille

 

Un nouveau entraîneur

Le 04 décembre 2015

Emplois fautifs

Les adjectifs beau et nouveau ont la particularité de voir, devant un nom masculin commençant par une voyelle ou un h muet, leur terminaison passer de -eau à -el : un bel arbre, un nouvel hôpital. Jusqu’à il y a peu, cette règle ne posait aucun problème et n’était guère enfreinte. Mais hélas, depuis quelque temps, ce n’est plus le cas. On commence en effet à entendre ou à lire que tel club a un nouveau entraîneur, qu’on a mis au point un nouveau appareil photo, ou que l’on vend un beau appartement. Sans doute l’effet d’analogie avec les groupes dans lesquels ces adjectifs précèdent un nom commençant par une consonne est-il renforcé par l’oubli de plus en plus fréquent des liaisons, source de très nombreux hiatus. Il n’en reste pas moins qu’il s’agit de fautes grossières qu’il convient de bannir à toute force.

on dit

on ne dit pas

Un nouvel entraîneur

Un nouvel appareil ménager

Un bel appartement

Un nouveau entraîneur

Un nouveau appareil ménager

Un beau appartement

 

Bus pour Car

Le 05 novembre 2015

Emplois fautifs

Ces deux formes abrégées, l’une d’autobus, l’autre d’autocar, désignent des véhicules de transport en commun, mais le premier sert à transporter des voyageurs d’un point à l’autre d’une ville, ou d’une banlieue à l’autre, alors que le second leur permet de se rendre d’une ville à l’autre. Le fait que, dans L’Étranger, Camus fasse dire à Meursault, qui doit se rendre d’Alger à la ville où sa mère est décédée, Je prendrai l’autobus de deux heures, et que dans Les Beaux Quartiers, Aragon ait écrit les autocars quand on aurait attendu les autobus, doit nous inciter à la plus grande indulgence envers qui ferait cette confusion, mais ne doit pas nous empêcher de recommander de l’éviter.

On dit

On ne dit pas

Aller de Paris à Amsterdam en car

Prendre un bus pour Bastille

Aller de Paris à Amsterdam en bus

Prendre un car pour Bastille

Cela ne serait tarder pour Cela ne saurait tarder

Le 05 novembre 2015

Emplois fautifs

Depuis longtemps déjà, la proximité phonétique entre les formes de futur et de conditionnel des verbes être et savoir entraîne des confusions : on entend et on lit trop souvent je vous serais gré au lieu de je vous saurais gré. Mais, récemment, cette erreur s’est aussi étendue à la construction du verbe savoir suivi d’un infinitif. Si cette faute ne se rencontre ni au présent ni à l’imparfait, on commence malheureusement à entendre, et aussi à lire, pour Cela ne saurait tarder, des phrases comme Cela ne serait tarder, phrases qu’il convient de bannir à toute force.

On dit

On ne dit pas

Bon sang ne saurait mentir

En espérant que ma demande saura retenir votre attention…

Bon sang ne serait mentir

En espérant que ma demande sera retenir votre attention…

De manière à ce que…

Le 05 novembre 2015

Emplois fautifs

Si la locution prépositive de manière à, que l’on construit avec un infinitif, et la locution conjonctive de manière que, que l’on fait suivre d’une proposition subordonnée, sont l’une et l’autre parfaitement correctes, l’étrange monstre qui résulte de leur croisement, de manière à ce que, lourd et inutile, est à éviter. On le remplacera donc, en fonction du contexte, par les formes de manière à ou de manière que ; et l’on se souviendra que cette remarque s’applique également aux locutions de façon à, de façon que qu’il faut employer en lieu et place de de façon à ce que.

On dit

On ne dit pas

Il a parlé de manière à convaincre le juge
 

Serrez-vous de manière, de façon que tous puissent s’asseoir

Il a parlé de manière à ce que le juge soit convaincu

Serrez-vous de manière, de façon à ce que tous puissent s’asseoir

Se revendiquer de pour Se réclamer

Le 05 novembre 2015

Emplois fautifs

Les verbes revendiquer et réclamer ont des sens proches quand ils sont employés avec un complément d’objet direct, même si revendiquer a le plus souvent comme objet ce dont on est propriétaire et qu’un autre a usurpé, ou ce qui est légitimement dû : revendiquer un héritage, un droit. Mais si réclamer se rencontre à la forme pronominale avec le même sens et la même construction que se prévaloir — Il se réclame, il se prévaut de votre protection —, se revendiquer ne peut, lui, être construit avec cette préposition de et un complément d’objet indirect. Il ne s’emploie en effet qu’avec la préposition comme et avec le sens de « s’affirmer comme, vouloir être reconnu comme » : Il se revendique comme poète avant tout.

On dit

On ne dit pas

Il se réclame d’une longue tradition

Se réclamer de ses ancêtres

Il se revendique d’une longue tradition

Se revendiquer de ses ancêtres

Acception pour Acceptation

Le 01 octobre 2015

Emplois fautifs

Ces deux paronymes sont trop souvent confondus. Acceptation désigne le fait d’accepter quelque chose, soit en donnant son agrément, soit en se résignant à ce qui est imposé, alors que l’acception peut être, dans la langue de la justice, la préférence que l’on a pour une personne au préjudice d’une autre ou, plus couramment, le sens dans lequel on prend un mot. Ce rappel devrait permettre de ne pas employer l’un de ces termes pour l’autre.

 

On dit

On ne dit pas

Après acceptation du dossier…

La justice ne fait acception de personne

Ce verbe a plusieurs acceptions

Après acception du dossier…

La justice ne fait acceptation de personne

Ce verbe a plusieurs acceptations

 

Choisir au hasard

Le 01 octobre 2015

Emplois fautifs

Choisir consiste à sélectionner une ou plusieurs personnes, une ou plusieurs choses parmi d’autres plus nombreuses en fonction de critères particuliers. Cette action suppose donc que l’on examine sérieusement les qualités et les défauts des éléments, des candidats en présence. Il ne s’agit en rien d’un tirage au sort où seul le hasard décide : on évitera en conséquence d’accoler les termes choisir et hasard puisqu’ils sont contradictoires.

 

On dit

On ne dit pas

Prendre une personne, un livre au hasard

Choisir une personne, un livre au hasard

Tirez une carte au hasard

Choisissez une carte au hasard

 

Infester pour Infecter

Le 01 octobre 2015

Emplois fautifs

Ces deux paronymes ont des sens assez proches : infecter remonte au latin inficere, « mettre dans », puis, dans la langue des teinturiers, « plonger dans un bain, imprégner, teindre », et enfin « corrompre, contaminer par des germes pathogènes », ce dernier sens étant celui du français infecter. Infester est emprunté du latin infestare, « harceler, ravager », et s’emploie pour évoquer des plantes ou des animaux nuisibles, présents en grand nombre dans tel ou tel lieu où ils commettent de grands dégâts. Il convient de ne pas confondre ces deux verbes, même s’ils peuvent, dans certains cas, être synonymes : on pourra en effet aussi bien dire d’un organisme qu’il est infesté de parasites ou qu’il est infecté par les parasites.

 

On dit

On ne dit pas

Sa plaie s’est infectée

Sa plaie s’est infestée

Les mauvaises herbes infestent les champs

Les mauvaises herbes infectent les champs

Un pays infesté par le paludisme

Un pays infecté par le paludisme

 

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