Dire, ne pas dire

Courrier des internautes

Séverine B. (Oullins)

Le 07 mars 2013

Courrier des internautes

Je souhaiterais savoir d’où provient et ce que signifie l’expression « Gentil n’a qu’un œil », que nous utilisons fréquemment dans ma région d’origine (Franche-Comté).

Vous remerciant par avance de votre réponse, au plaisir de vous lire,

Séverine B. (Oullins)

L’Académie répond

Cette expression signifie que les personnes qui sont trop gentilles ne sont pas capables de voir les défauts des autres. Elles ne voient que leurs qualités. Ne voyant qu’à moitié, on ne leur attribue qu’un œil.

Marcia N. (Rio de Janeiro)

Le 22 février 2013

Courrier des internautes

Nous devons dire parleurs du portugais ou plutôt locuteurs du portugais?

Marcia N. (Rio de Janeiro)

L’Académie répond

On peut dire Une personne qui parle le portugais. On peut dire aussi un locuteur portugais, mais le plus simple est d’écrire lusophone.

Voyez la définition de ce mot, telle qu’elle figure dans notre Dictionnaire :

« LUSOPHONE adj. XXe siècle. Composé de luso-, tiré du nom de la Lusitanie, et de -phone, du grec phônê, « voix », d’où « langage, langue ». Qui parle la langue portugaise ; où l’on parle le portugais. Populations lusophones. La communauté lusophone. Pays, État lusophone, où le portugais est langue officielle ou langue de communication. Le Brésil est un État lusophone. Subst. Un, une lusophone. »

J.-Michel R., St-Nazaire-les-Eymes

Le 13 février 2013

Courrier des internautes

Je m’étonne de trouver sur ce site (à propos de l’utilisation abusive du mot « blindé ») la formulation recommandée suivante : « Je n’ai plus une date de libre dans mon agenda », au lieu de « Je n’ai plus une date libre dans mon agenda » qui me semble plus correcte. Qu’en pensez-vous ?

Pourquoi entend-on souvent ajouter ce « de » qui n’apporte rien et sonne en général mal (et qui déclenchait les foudres de mes professeurs de français il y a bien longtemps) ?

J.-Michel R., St-Nazaire-les-Eymes

L’Académie répond

Méritons-nous le Pan sur le bec que s’inflige un journal satirique paraissant le mercredi quand il a été pris en faute ? Ce n’est pas sûr.

Le rôle de ce de (préposition) difficilement analysable a fait couler beaucoup d’encre. Voyez ce qu’écrit Grevisse à ce sujet :

L’adjectif et surtout le participe passé accompagnant, comme attributs du « sujet réel », il y a, il est, il reste, il se trouve, peuvent être introduits par de, notamment quand le nom sujet réel est accompagné d’une indication de quantité (article indéfini, numéral déterminant indéfini). Il y eut cent hommes DE tués (Littré). Il y eut encore quelques mots D’échangés (Stendhal).

Cette construction apparaît aussi avec c’est suivi d’un sujet annoncé par ce, puis d’un adjectif ou d’un participe, ainsi qu’avec l’attribut du complément d’objet direct notamment des verbes avoir, posséder, voir, rencontrer, connaître, remarquer, trouver, etc. ; avec l’attribut des compléments de voici et voilà avec des attributs de phrases averbales : C’était déjà un bon pas DE fait (Victor Hugo). Encore une journée DE perdue pour le travail ! (François Mauriac). Dans les cas examinés ci-dessus, le de n’est pas obligatoire : Il y eut cent hommes tués (Littré). Il n’y a eu que trois élèves admis sur dix (Académie, 8e édition). Avez-vous encore une place libre dans la malle ? (Jules Verne).

Le de est très fréquent quand l’expression comporte le pronom en : Sur cent habitants, il y en a deux DE riches (Littré). Sur dix, il n’y en avait pas un DE bon (Académie, 8e édition).

Enfin, le de est obligatoire : 1° quand l’adjectif attribut précède son sujet et que le verbe est construit avec ne... que ; 2° quand l’adjectif se rapporte à quelqu’un, quelque chose, personne, rien, à que relatif, à que, quoi interrogatifs, à ceci, cela : Il n’y a D’universel que ce qui est suffisamment grossier pour l’être (Paul Valéry). Nous n’avons DE battu que le fer de nos casques (Hugo). Il y avait ceci D’étrange dans ces négociations que les concessions successives ne rapprochaient pas de l’état de paix (André Maurois). Il y a quelqu’un DE malade. Qu’a- t-il DE remarquable ?

Cependant, avec un verbe comme trouver, le de sert à introduire l’épithète, tandis que l’attribut du complément d’objet se construit sans préposition : Il a trouvé ceci DE remarquable (= Comme chose remarquable, il a trouvé ceci). Il a trouvé ceci remarquable (= Il a trouvé que cette chose-ci est remarquable).

Vincent P., Canada

Le 11 février 2013

Courrier des internautes

Il y a de cela trois soirs, j’étais avec des amis, attablé pour le repas. En voulant faire une blague j’ai déclaré que l’antonyme du mot « atomique » était « anatomique ». Sur le coup on a tous bien ri. Cependant, j’ai continué à me questionner sur le sens réel du mot « atomique » et à me demander si il y un antonyme qui s’y associe... La définition du dictionnaire nous dit : relatif à l’atome. Ayant très peu de connaissances en physique, je reste perplexe face à cette définition.

Je reste donc avec deux questions :

1. Est-ce que le mot « atomique » peut être employé comme adjectif ?

2. Si oui, a-t-il un antonyme et quel est-il ?

J’aimerais beaucoup avoir votre point de vue sur les questions.

Vincent P., Canada

L’Académie répond

Atomique est un adjectif. Ce mot a un rapport avec anatomique, mais il n’en est pas l’antonyme. Atomique est dérivé d’atome, qui est lui-même emprunté de l’adjectif grec atomos, qui signifie

« qu’on ne peut couper, indivisible ».

Ce mot est formé du nom tomê, « coupure », et du préfixe négatif a-.

Anatomique est dérivé d’anatomie ; ce dernier est emprunté du grec anatomê, « incision, dissection » Ce mot est formé de tomê et du préfixe ana-, « de bas en haut, en arrière ».

Le mot atomique n’a pas d’antonyme, mais on peut considérer que des adjectifs comme sécable ou divisible sont des antonymes du sens originel d’atome.

Gilles R. (France)

Le 10 février 2013

Courrier des internautes

J’écris (par exemple) « je crains qu’il mente » au lieu de l’habituel « je crains qu’il ne mente », car il me semble que l’emploi de l’adverbe de négation « ne » contredirait ma pensée : le non-mensonge étant la vérité, « ne mente » équivaut à « dise vrai », et « je crains qu’il ne mente » équivaut à « je crains qu’il dise vrai ».

Ai-je tort de penser ainsi ?

Gilles R. (France)

L’Académie répond

Le ne que l’on trouve après « craindre que » est dit explétif, c’est-à-dire qu’il n’est pas exigé par la syntaxe ni nécessaire au sens de la phrase. Mais  l’employer est de meilleure langue.

Ce ne est un héritage du latin qui distinguait Timeo ne veniat, « J’ai peur qu’il (ne) vienne » (c’est-à-dire « Je crains sa venue ») de Timeo ne non veniat, « Je crains qu’il ne vienne pas ».

On trouve aussi ce ne explétif après avant que.

Jacques J., Albi

Le 08 février 2013

Courrier des internautes

L’étymologie du mot « pédophile » s’oppose radicalement à l’acception qu’on lui attribue généralement. Ne serait-il pas plus correct d’utiliser le néologisme « pédoclaste » que propose Mme Véronique Margron dans un article paru dans le journal La Croix en 2007 ?

Le terme pédophile subsisterait pour qualifier les personnes qui ont des attirances sexuelles pour des mineurs, sans en faire l’ami des enfants. Alors que pédoclaste qualifierait celui ou celle qui, par ses actes sur la personne d’un enfant, provoque de graves dégâts, souvent irréparables.

Jacques J., Albi

L’Académie répond

Il arrive parfois que le sens d’un mot ne soit pas la somme des sens de ses composés, surtout quand ceux-ci viennent d’une autre langue. En grec, philos signifie « ami, qui aime », mais le suffixe -phile n’a pas toujours ce sens ; il n’est que de songer à des mots comme zoophile ou nécrophile.

Il est d’autres cas, certes plus légers, où les mots ne sont pas réductibles à leur étymologie. Aujourd’hui les piscines ont peu à voir avec les poissons, et les caméléons ne sont pas des « lions à terre ».

Patrick T., La Celle-Saint-Cloud

Le 20 janvier 2013

Courrier des internautes

Pour désigner les personnes travaillant dans une entreprise,  on utilise le mot « collaborateur ». Or celui-ci a une connotation désagréable (2e guerre mondiale). Je propose de le remplacer par le mot « contributeur ». Je sais qu'il n'est pas admis pour l'instant dans le dictionnaire, mais peut-être pourriez-vous l'autoriser et préconiser son emploi.

Patrick T., La Celle-Saint-Cloud

L’Académie répond

COLLABORATEUR, -TRICE n. XVIIIe siècle. Dérivé savant de collaborer.  1. Personne qui travaille avec une ou plusieurs autres à une œuvre commune. Les collaborateurs d'un journal. Sa femme a été pour lui une collaboratrice précieuse.   Par ext. Celui ou celle qui seconde une personne chargée d'importantes responsabilités. Les collaborateurs du ministre. Il sait choisir ses collaborateurs. Se défaire d'un collaborateur  2. Spécialt. Péj. Personne qui, sous l'occupation allemande, entre 1940 et 1944, a choisi de collaborer avec les occupants. Un collaborateur condamné à l'indignité nationale. Par ext. Personne apportant son aide à ceux qui ont envahi son pays. Par abréviation. Pop. Collabo. Il fut un collabo notoire.

Comme vous le voyez, en dehors du contexte de la Deuxième Guerre mondiale, collaborateur n'a rien de péjoratif. Contributeur, plus rare, a un sens spécialisé. Il désigne une personne qui donne un article à une revue.

Emmanuelle R., Paris

Le 15 janvier 2013

Courrier des internautes

Vous faites partager votre savoir sur notre magnifique langue française, et le rendez accessible par le biais de cette excellente idée qu'est « Dire, ne pas dire… » : je vous en suis très reconnaissante.

Voilà ma question :

Que dit l'Académie française sur la tournure qu'il faut privilégier entre « nous avons convenu de.. », le plus souvent employé, et «  nous sommes convenus de ... » que d'aucuns considèrent comme plus juste...

Emmanuelle R., Paris

L’Académie répond

Sur cette question, je vous renvoie à la recommandation faite par l'Académie à l'article « Convenir » de son Dictionnaire et reproduite ci-dessous :

CONVENIR v. intr. (se conjugue comme Tenir, mais avec les auxiliaires Avoir ou Être, selon les emplois). XIe siècle, au sens de « être convenable », « falloir » ; souvent sous la forme covenir en ancien français. Du latin convenire, « venir ensemble », « s'adapter », « être d'accord ». Devenu convenir sous l'influence de venir.

(…)

II  2. Convenir de (suivi d'un substantif ou d'un verbe à l'infinitif), convenir que (suivi d'une proposition complétive à l'indicatif ou au conditionnel), décider, arrêter d'un commun accord. Nous devons convenir du jour et de l'heure. Les négociateurs sont convenus de ne pas aborder ce problème. Nous sommes convenus qu'aucune déclaration ne serait faite à la presse.   Spécialt. À la forme passive. Une date a été convenue pour la remise du manuscrit. Nous avons conclu la vente aux conditions convenues. Au signal convenu, tous se précipitèrent vers la sortie. Ils usent entre eux d'un langage convenu, secret, accessible aux seuls initiés. Impers. Il est convenu que, il a été entendu, décidé que. Il est convenu que vous participerez à la discussion. Il était convenu que nous nous reverrions le lendemain. Il a été convenu que sa candidature serait retenue. Ellipt. Comme convenu, selon l'accord passé. Je vous adresse, comme convenu, un second versement. Je vous téléphone, comme convenu.   Dans cet emploi, Avoir convenu de est fautif. On ne doit pas dire et moins encore écrire : nous avons convenu de, mais nous sommes convenus de.

Erwin G., France

Le 12 janvier 2013

Courrier des internautes

Suite à un débat agité avec un collègue sur deux questions de français, j'ai souhaité vous contacter afin d'éclairer notre problème.

1- L’utilisation de « nettoye » est elle possible (non sanctionnable) ? – plus précisément : « je nettoye quelque chose », formulation semblant assez « antique », « vieux français »

2- Laquelle de ces deux formulations est valide :

- le chat de quelqu'un

- le chat à quelqu'un

et pourquoi ?

Erwin G., France

L’Académie répond

Je nettoie est la seule forme correcte.

Le chat de quelqu'un. En français, le complément indiquant un rapport d'appartenance est introduit par De. L'emploi de À est familier et de mauvaise langue (la faute à Voltaire), sauf dans des expressions figées (Une bête à bon Dieu, Un fils à papa).

Dorian C.

Le 11 janvier 2013

Courrier des internautes

Je fais partie d'un groupe de rock et, lors de la mise en forme de notre CD, nous avons eu un problème. Nous voulons appeler notre album 27h42 (passées de quelques secondes). Mais comment devons-nous écrire « passées » ? Faut-il l'accorder avec les 27 heures et les 42 minutes (passées), ou juste avec l'heure (passée), ou l'heure est-elle une entité avec laquelle nous n'accordons pas les verbes (passé) ?

Dorian C.

L’Académie répond

Ici on accordera passé avec ce qui précède et l’on écrira 27 h 42 passées de quelques secondes.

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