Dans la préface de son captivant Dictionnaire des sentences latines et grecques, l’helléniste et philologue italien Renzo Tosi, s’est penché sur la question des similitudes et des différences existant entre ces termes et d’autres de sens voisin. Tout en mesurant la difficulté de cette tâche, il écrit : « Il serait sans doute facile de répondre qu’un proverbe est une brève et lapidaire expression traditionnelle, qui délivre, le plus souvent à l’aide d’images et de métaphores, un enseignement moral et prend ses racines dans la sagesse populaire ; qu’un adage est une expression voisine du proverbe, mais dont les origines sont moins populaires ; qu’un apophtegme est au contraire une phrase célèbre attribuée à un grand personnage ; qu’une sentence, en quelques mots, exprime un enseignement moral, dont l’origine n’est plus populaire, mais érudite et littéraire ; qu’une maxime possède les mêmes caractéristiques qu’une sentence, mais qu’elle est plus développée, plus élaborée philosophiquement parlant, et qu’enfin un aphorisme est une pensée d’un auteur. »
Il existe en effet entre ces différents mots une forme de continuum, partant de ce qui nous est donné par une culture populaire, anonyme et orale, pour aller vers l’expression d’une sagesse plus érudite et écrite. Le proverbe n’a ordinairement pas d’auteur authentifié, même s’il existe cependant une exception de taille, puisque nombre des proverbes recensés dans un des livres de la Bible, intitulé précisément le livre des Proverbes, sont attribués au roi Salomon. Mais, le plus souvent, ces derniers semblent résulter d’une forme de génération spontanée et, si on les classe, c’est en fonction de leur origine géographique, de l’époque où ils apparaissent ou des sujets qu’ils traitent. Ils sont ainsi tout proches du dicton, dont notre Dictionnaire donne la définition suivante : « sentence, généralement d’origine populaire, devenue proverbiale », accompagnée de ces exemples, « Un dicton auvergnat, picard. “Noël au balcon, Pâques aux tisons” est un vieux dicton ». Ajoutons au passage que dicton est un parent étymologique de dit, mais ce dernier a un caractère plus élaboré, plus savant. Il désigne en effet soit les propos d’un personnage de l’Antiquité, soit un poème médiéval de caractère narratif, portant en général sur des sujets familiers, comme Le Dit de l’Herberie, de Rutebeuf.
En raison de son origine populaire, le proverbe fut longtemps tenu en piètre estime car considéré comme l’émanation d’une sagesse quelque peu méprisée. Aussi Féraud lui préfère-t-il l’adage, comme il l’écrit dans son Dictionnaire critique de la langue française : « Le proverbe est une sentence populaire : l’adage est un proverbe piquant et plein de sel. Il n’y a que du sens et de la précision dans le proverbe ; il y a de l’esprit et de la finesse dans l’adage. Le proverbe, qui joint à l’instruction des motifs d’agir, est un adage. » Si Féraud écrit que l’adage donne « des motifs d’agir », c’est probablement parce qu’il rattachait ce nom au verbe agere, comme le fit plus tard Littré, qui en proposait cette étymologie : « du latin adagium, de ad, “vers”, et agere, “pousser” : sentence qui pousse vers, conseil ». Mais, aujourd’hui, on s’accorde à voir en adagium un dérivé du verbe défectif aio, « je dis » : l’adage est donc, au sens propre, plus une formule qu’un encouragement. Ce même adage était ainsi présenté dans l’édition de 1798 de notre Dictionnaire : « On appelle Les Adages d’Érasme, Un recueil qu’Érasme a fait des Proverbes de la Langue Grecque et de la Langue Latine. » Il fallait bien le grec et le latin, langues savantes, et l’ombre tutélaire d’Érasme pour permettre aux proverbes d’accéder au statut d’adages. C’est aussi grâce au prestige de son auteur que le proverbe peut être anobli en sentence, en témoigne la 1re édition du Dictionnaire de l’Académie française dans sa définition de ce mot : « Dit memorable, Apophtegme, maxime qui renferme un grand sens, une belle moralité. Les Proverbes de Salomon sont autant de Sentences admirables. » La sentence possède un caractère plus moral, plus tranché que le proverbe : sans doute cela est-il dû au fait que ce nom s’emploie aussi dans la langue du droit pour désigner le jugement rendu par une autorité compétente, comme c’était déjà le cas en latin avec sententia. La sentence se caractérise aussi par sa concision, comme le prouve le fait qu’on lui adjoigne souvent l’adjectif lapidaire, que l’on peut entendre de deux manières, qui se complètent plus qu’elles ne s’excluent : parce qu’elle mériterait d’être gravée dans la pierre, pour que sa pérennité soit assurée, mais aussi parce que, grâce à son style concis et ferme, elle se grave aisément dans la mémoire. D’ailleurs, si, en rhétorique, le latin sententia désigne une phrase, il désigne aussi et surtout le trait marquant venant en conclusion de cette dernière. La forme la plus proche de la sentence est la maxime ; elles sont en effet voisines par le sens, mais aussi par l’étymologie. La maxime tire en effet son nom du latin médiéval maxima (sententia), littéralement : « (sentence) très grande ». La maxime appartient donc au genre de la sentence qui fait ici office d’hyperonyme, comme l’écrit Littré : « Sentence est plus général que maxime ; il peut se dire là où maxime se dit, mais maxime ne peut pas se dire partout où l’on dit sentence. » Et d’ajouter plus loin, pour préciser les nuances existant entre ces deux termes : « La maxime est une proposition importante qui sert de règle dans la conduite ; ce qui domine dans la signification de ce mot, c’est la grandeur, la force. La sentence est une proposition courte qui instruit et enseigne ; ce qui domine dans la signification de ce mot, c’est l’idée d’opinion, de manière de voir. »
Examinons, pour conclure, deux noms dont le caractère érudit et savant se manifeste, entre autres, par le fait qu’ils sont, de manière visible, d’origine grecque : aphorisme et apophtegme. Le premier est emprunté du grec aphorismos, « délimitation », puis « aphorisme », dérivé de horos, « limite, fin, frontière ». L’aphorisme est donc par essence concis. Littré le définit d’ailleurs comme une « sentence renfermant un grand sens en peu de mots ». Féraud signalait qu’« Il se dit sur-tout en Médecine » et évoquait « Les aphorismes d’Hippocrate ». Le second est emprunté du grec apophthegma, « sentence, précepte », dérivé de phtheggesthai, « émettre un son ». Comme l’aphorisme, l’apophtegme se caractérise par sa concision, mais, plus encore, par le fait qu’il est attribué à un personnage connu, ordinairement de l’Antiquité ; les apophtegmes les plus fréquemment cités étant d’ailleurs ceux des sept sages de la Grèce, de Scipion ou de Caton. La renommée de leur auteur fait que, même s’ils appartiennent au même champ sémantique que les proverbes, ils en sont en quelque sorte à l’opposé.