Dire, ne pas dire

Néologismes & anglicismes

Shopper

Le 04 décembre 2015

Néologismes & anglicismes

Le nom shopping est attesté depuis deux siècles dans notre langue. L’académicien Prosper Mérimée parlait déjà, en 1857, de la grande affaire du shopping, si intéressante pour les demoiselles. On pourrait peut-être avoir une certaine sympathie pour ce nom qui, après tout, a la même origine que notre échoppe, mais on se gardera d’avoir les mêmes sentiments à l’égard du récent shopper, que l’on emploie au sens de « courir les magasins », qui constitue un contresens par rapport à l’anglais to shop, « présenter sur un étal, mettre en vente » et un inutile homonyme de nos formes chopper (faire un faux pas) et choper (attraper).

Attachement pour Pièce jointe

Le 05 novembre 2015

Néologismes & anglicismes

Attachement est dérivé d’un sens figuré d’attacher et désigne essentiellement le sentiment qui nous pousse à nous attacher profondément à une personne ou à une chose. Il existe aussi des sens spécialisés d’attachement, en particulier en médecine et en comptabilité. L’anglais nous a emprunté ce mot, sous la forme attachment, et lui a ajouté le sens de « pièce jointe ». C’est cette dernière forme que l’on emploiera et l’on se gardera bien de lui substituer l’anglicisme attachement.

On dit

On ne dit pas

Vous trouverez le document en pièce jointe

Vous trouverez le document en attachement

Consumérisme

Le 05 novembre 2015

Néologismes & anglicismes

Le nom anglo-américain consumerism a d’abord désigné un mouvement visant à défendre les droits et les intérêts des consommateurs, mais ce sens s’est peu-à-peu effacé et consumerism est aujourd’hui surtout compris comme le goût de la consommation ou comme un mode de vie basé sur la consommation. Cette hésitation touche aussi l’anglicisme consumérisme. En témoignent les éditions successives d’un de nos éminents confrères lexicographes. On trouve dans celle de 2014 uniquement le sens « défense des consommateurs », alors que celle de l’année suivante ajoute celui de « société de consommation ».On préfèrera donc s’abstenir d’employer cette forme qui n’est pas loin de dire une chose et son contraire, et de s’en tenir aux mots et locutions françaises exprimant, et depuis longtemps, ces idées.

Cool

Le 01 octobre 2015

Néologismes & anglicismes

Cet adjectif anglais s’est depuis longtemps répandu en français et, comme cela arrive souvent pour ce type d’anglicismes, ses sens sont, dans notre langue, un peu flous et parfois assez éloignés de ceux qu’il a dans sa langue originale. En français cool s’entend pour « calme, décontracté », voire « nonchalant », mais aussi « gentil, agréable ». On rappellera qu’en anglais, cet adjectif peut aussi signifier « effronté, d’un grand culot », et que, plutôt que d’utiliser cet anglicisme aux contours mal dessinés, on lui préfèrera quelques-unes des formes françaises présentées plus haut ou plus bas. On évitera également de faire de cet anglicisme un adjectif, voire un adverbe, passe-partout pour évoquer toute situation agréable, toute perspective réjouissante.

 

On dit

On ne dit pas

« Le professeur est absent. – Quelle bonne nouvelle ! »

« Le professeur est absent. – Cool, trop cool ! »

Sa sœur a l’air sympathique

Sa sœur a l’air cool

Cela me réjouit que vous veniez

C’est cool que vous veniez

 

Step by step

Le 01 octobre 2015

Néologismes & anglicismes

Nous nous efforçons dans cette rubrique de montrer que les anglicismes qui se répandent dans notre langue peuvent être remplacés par des formes françaises exprimant les mêmes idées. Il est vrai qu’il est parfois difficile de leur trouver des équivalents parfaits. Mais il est d’autres cas, étonnants, où ces anglicismes sont l’exacte traduction d’expressions françaises existantes. Ainsi, il y a peu, un homme politique français évoquait des travaux qui devaient avancer « step by step ». Gageons que s’il avait dit « pas à pas », l’avancement de ces travaux ne s’en serait trouvé ni retardé ni brusqué et que son auditoire l’aurait tout aussi bien compris.

 

Biopic

Le 07 septembre 2015

Néologismes & anglicismes

Le cinéma a très vite pris comme sujet de films la vie de personnes illustres. On disait qu’on allait voir un film sur la vie de tel ou tel ou, simplement, sur tel ou tel. On pouvait ainsi parler du Napoléon d’Abel Gance ou du Casanova d’Alexandre Volkoff, qui précédait d’une cinquantaine d’années celui de Fellini. De l’anglais des États-Unis nous est venu récemment le nom biopic, mot valise composé à l’aide de bio(graphical) pic(ture), « film biographique ». On se passera aisément de cet anglicisme puisque, dans ce contexte, le nom vie ou un équivalent le remplace avantageusement.

on dit

on ne dit pas

Tourner une vie de Van Gogh

« Monsieur Vincent » est un film sur la vie de saint Vincent de Paul, sur saint Vincent de Paul

Tourner un biopic sur Van Gogh

« Monsieur Vincent » est un biopic de saint Vincent de Paul

 

Scoop

Le 07 septembre 2015

Néologismes & anglicismes

Le mot anglais scoop est polysémique. Il désigne d’abord une cuiller, une pelle à main. Ce nom, qui a d’ailleurs la même origine que les mots français écope et écoper désigne aussi, par extension, une épuisette, une nasse, un filet, et tout ce que l’on peut ramasser avec ces ustensiles. Ainsi a fine scoop peut se traduire par un beau coup de filet. Mais scoop ne s’emploie en français que dans le monde de la presse, pour désigner une information que l’on est le seul à détenir, et donc à pouvoir diffuser. Notre langue a des termes variés pour rendre cette idée. L’image du « coup de filet » étant essentiellement réservée à la langue de la pêche et de la police, on remplacera avantageusement scoop par des locutions contenant les mots primeur ou exclusivité.

on dit

on ne dit pas

Avoir la primeur d’une information

Publier une information en exclusivité

Avoir un scoop

Publier un scoop

 

High tech’

Le 08 juillet 2015

Néologismes & anglicismes

La locution française de haute technologie est une adaptation de l’anglais high technology. Cette adaptation est correcte puisque l’adjectif français haut peut signifier « qui est remarquable ou extrême en son genre », comme en témoignent les locutions « haute estime », « du plus haut intérêt », « de la plus haute importance », etc.

Il serait donc regrettable de se passer de cette locution et de lui substituer la forme anglaise complète, high technology, ou abrégée, high tech’, et ce, d’autant plus que l’emploi de groupes nominaux apposés avec une valeur d’adjectif est peu conforme au génie de la langue française, qui leur préfère les tours prépositionnels.

 

on dit

on ne dit pas

Du matériel de haute technologie

Du matériel high tech’

 

Success story

Le 08 juillet 2015

Néologismes & anglicismes

La locution anglo-américaine success story tend à se répandre largement en France pour évoquer le destin exceptionnel, la réussite de certaines personnes qu’on souhaite présenter comme modèles. On rappellera à ceux qui seraient tentés de l’employer que le français a à sa disposition tous les outils linguistiques nécessaires pour rendre cette idée. On a le choix entre histoire, récit d’un succès, d’une réussite. Et on se gardera bien d’éviter de croiser les deux langues et de parler de « l’histoire d’une success story » ou du « récit d’une success story ».

 

Light

Le 04 juin 2015

Néologismes & anglicismes

Light, voilà un anglicisme qui semble être plus qu’un signifiant : c’est une promesse. Une promesse de lendemains non pas chantants, mais de lendemains légers, sans gras ni sucre. Ce bonheur annoncé a été un temps cantonné aux rayons crèmerie et boissons gazeuses de nos magasins : on pouvait y acquérir, moyennant quelque monnaie, des yaourts light, des sodas light. Mais à quoi bon un tel bonheur s’il n’eût été universel ? Grâce au ciel, le light a maintenant touché tous les domaines de notre vie, à commencer par les prix, devenus, moyennant pourtant toujours quelque monnaie, eux aussi, light. Et faisons confiance à ceux qui n’ont d’autre but que notre félicité : craignant sans doute que, comme les Sybarites des temps anciens, nous soyons rassasiés de ces voluptés ordinaires, les publicitaires sont allés encore plus loin et, désormais, tout un chacun peut toucher aux rivages fortunés d’un bonheur plus grand encore, celui de l’extra light. Et il faudrait être bien impudent pour croire que de petits prix, voire de tout petits prix pourraient être aussi tentants, aussi alléchants que des prix light, voire extra light, et que les yaourts light ne sont pas plus savoureux que ne le seraient de bien ordinaires yaourts allégés.

 

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