Finir, terminer et achever sont des quasi-synonymes et il arrive que les dictionnaires glosent l’un de ces verbes par les autres. La langue courante les confond volontiers ; pourtant ils n’ont pas tout à fait les mêmes emplois et il y a entre eux quelques nuances que leurs étymologies respectives expliquent fort bien. Finir et terminer sont, de ce point de vue, très proches puisqu’ils contiennent l’un et l’autre une idée de limite. Finir est issu du latin finire, « limiter, mettre fin à », lui-même dérivé de finis, qui désigne une limite, un but, tandis que terminer est emprunté du latin terminare, « borner, limiter, clore », lui-même dérivé de terminus, qui désigne proprement une borne, puis la limite, l’extrémité d’une chose. Le sème principal de ces deux verbes est donc celui de la clôture, de la délimitation. Ce n’est pas le cas d’achever, qui est, lui, dérivé de l’ancien français a chief, « à bout de, à bonne fin », composé de la préposition a, « à », et de chief, forme ancienne de chef, employé au sens de « fin, bout ». La locution a chief se rencontrait alors souvent dans l’expression traire a bon chief, qui signalait qu’un travail avait été mené à bien avec soin et attention. Achever, qui se trouve être un parent étymologique de chef-d’œuvre, comporte donc, en plus de l’idée de fin, celle d’accomplissement voire de perfection, que l’on retrouve dans l’intensif parachever. Littré le signalait bien dans son Dictionnaire : « Achever c’est mener à terme, mais avec l’idée que la chose menée à terme est parfaite et accomplie. » C’est aussi ce que souligne la 1re édition de notre Dictionnaire, qui donne cette définition d’achever : « Parfaire, conduire une chose, un ouvrage à la fin, à la perfection ». Finir n’implique pas ce degré de perfection, ainsi que le notait Littré : « Finir [une chose], c’est non seulement la terminer [au sens de l’« arrêter »], mais la mener jusqu’au bout ; seulement elle peut n’avoir pas reçu toute la perfection qu’elle comporterait. » Cela étant, on peut noter que les noms appartenant à la famille de finir, qu’il s’agisse du finale en musique, de la finition ou du fini dans le domaine des beaux-arts, n’ont rien à envier, sous ce rapport, au nom achèvement puisqu’ils sont tous trois connotés de façon très méliorative. Quant à terminer une chose, nous dit toujours Littré, c’est simplement « y mettre un terme, qu’elle soit parfaite ou non, complète ou non, finie ou non ». Son dérivé, terminaison, est d’ailleurs un mot didactique, employé surtout en anatomie et en grammaire, et qui n’a aucune valeur méliorative. Citons encore une fois Littré qui nous donne à voir différentes situations nous permettant de bien percevoir les nuances qui distinguent ces trois verbes : « Si l’on dit Mon livre est terminé, on peut supposer que des circonstances m’ont empêché de lui donner tout le développement que j’avais conçu. Après Mon livre est fini on pourra ajouter mais il faut maintenant le corriger. Tandis qu’avec Mon livre est achevé, on attend quelque chose comme : Je n’ai plus qu’à le donner à l’imprimeur. »
Il est donc fort logique que Chateaubriand ait écrit, dans la dernière page des Mémoires d’outre-tombe, « Grâce à l’exorbitance de mes années, mon monument est achevé » et non « mon monument est fini » ou « mon monument est terminé ».