Dire, ne pas dire

Néologismes & anglicismes

Label

Le 01 décembre 2016

Néologismes & anglicismes

Le terme label est issu, par l’intermédiaire de l’anglais label, « étiquette », de l’ancien français label, qui désignait un ruban et qui est également à l’origine de notre lambeau. Label, au sens de « marque distinctive », est bien ancré dans l’usage en droit, domaine où il garantit qu’une entreprise respecte les conditions de travail définies par la loi (label syndical) et dans le monde du commerce où il peut certifier l’origine, la qualité d’un produit (label de conformité, d’origine) : on évitera de lui donner le sens trop étendu de marque et surtout de l’employer au figuré au sens de signature, étiquette ou caution, tout particulièrement dans le domaine politique.

 

on dit

on ne dit pas

Les éditeurs de musique indépendants

Une nouvelle marque de vêtements

Ce projet porte la signature d’Untel

Se présenter à une élection sous telle ou telle étiquette, sans aucune étiquette

Les labels de musique indépendants

Un nouveau label de vêtements

Ce projet porte le label d’Untel

Se présenter à une élection sous tel ou tel label, sans aucun label

 

Relooker

Le 01 décembre 2016

Néologismes & anglicismes

Nous avons évoqué il y a quelque temps, dans cette même rubrique, le nom look. Il convient maintenant de nous attaquer au verbe qui en est dérivé, relooker, un intéressant cas linguistique, fruit des amours monstrueuses d’un verbe anglais et d’un préfixe itératif, et parfois intensif, français. Ce verbe est assez souvent lié à une injonction plus ou moins voilée : il convient de relooker un intérieur, un curriculum vitae, son apparence, voire de se faire relooker. Rappelons que le français dispose de verbes et expressions comme modifier, refaire, donner une apparence nouvelle, etc., qui nous permettent de nous passer aisément de cet anglicisme.

on dit

on ne dit pas

Les bureaux ont été refaits, réaménagés, rafraîchis

Il a changé d’apparence, de style

Les bureaux ont été relookés

 

Il a été relooké, il s’est relooké

 

Délivrer des informations

Le 03 novembre 2016

Néologismes & anglicismes

Le verbe délivrer, issu du latin chrétien deliberare, « délivrer », a de nombreuses sens. Il signifie « libérer, rendre à la liberté » et s’est spécialisé en médecine avec le sens d’« accoucher une femme ». Par extension, on peut l’employer en parlant de marchandises, d’argent, de documents, etc. que l’on remet aux mains de quelqu’un : délivrer un chargement, un paquet ; délivrer une attestation, une quittance. Rappelons donc qu’on ne délivre que des personnes ou des objets concrets et qu’il convient de ne pas ajouter à ces sens celui de « donner des informations », qui serait un anglicisme.

on dit

on ne dit pas

Il m’a fourni, apporté les informations que je souhaitais

Renseigner quelqu’un

Livrer un secret

Il m’a délivré les informations que je souhaitais

Délivrer des renseignements à quelqu’un

Délivrer un secret

 

Stalker au sens de Harceler

Le 03 novembre 2016

Néologismes & anglicismes

Depuis peu, certains magazines se sont emparés du verbe anglais to stalk et en ont fait un anglicisme stalker, ou stalquer. Le verbe anglais signifie « chasser à l’affût » et, par extension, « traquer ». Il n’est plus aujourd’hui limité au domaine cynégétique, mais s’emploie aussi pour désigner l’espèce de chasse à laquelle se livrent les admirateurs d’une célébrité qui souhaitent à tout prix entrer dans sa vie. Le français dispose de termes pouvant rendre compte de ce phénomène, dont une partie, comme en anglais ont d’abord appartenu à la langue de la chasse, comme guetter, traquer, chasser, mais aussi épier ou harceler. On abandonnera donc cet anglicisme, au profit des formes françaises que nous venons d’énoncer.

on dit

on ne dit pas

Il est harcelé par ses admirateurs

Passer des journées entières à traquer son idole

Il est stalqué par ses admirateurs

Passer des journées entières à stalquer son idole

 

Pour qui sont ces anglicismes…

Le 06 octobre 2016

Néologismes & anglicismes

Pense-t-on que nos amis italiens, espagnols ou allemands viennent en France pour y manger des pizzas, de la paella ou de la choucroute ? Qu’ils y cherchent le pont des Soupirs, l’alcazar de Tolède ou la porte de Brandebourg ? Assurément non ! Croire cela serait faire bien peu de cas de leur curiosité et de leur soif de découvertes. Gageons aussi que s’ils avaient voulu visiter un pays où ils pouvaient lire des formes comme crew, summer show, walldrawings, groove, fashion week, brow bar, etc., sur les enseignes mais aussi sur des affiches municipales ou sur des documents émanant des mairies, c’est dans des terres de langue anglaise qu’ils se seraient rendus. Ayons confiance en la capacité de ces touristes d’aimer la langue du pays dans lequel ils se trouvent, et soyons sûrs que cet amour est également partagé par les autochtones, qui pourraient souhaiter, eux aussi, voir toutes ces choses écrites dans la langue de Molière.

Fan zone

Le 01 septembre 2016

Néologismes & anglicismes

L’expression fan zone vient de connaître son heure de gloire. On peut regretter que l’abréviation anglaise fan ait éliminé l’abréviation familière française fana, deux formes remontant, par l’intermédiaire de fanatic et de fanatique, au latin fanaticus, lui-même dérivé de fanum, qui désignait un temple et, plus précisément, un espace consacré. Par un étrange effet de mise en abîme, il y a donc un espace consacré, une zone, à ceux qui sont, étymologiquement, les spectateurs d’un espace consacré. On rappellera surtout que ce système d’apposition est tout à fait éloigné du génie de la langue française, qui préfère recourir à des tours prépositionnels, et que, s’il est regrettable d’altérer notre vocabulaire, altérer les structures de notre langue l’est plus encore. Il est tout à fait possible de trouver sans mal des équivalents français comme zone, espace réservés aux supporteurs pour désigner cette réalité.

Feeler au sens de « Se sentir »

Le 01 septembre 2016

Néologismes & anglicismes

On commence à entendre ici ou là un nouveau verbe, feeler. Il s’agit d’une francisation de l’anglais to feel, « toucher, sentir », et surtout « se sentir ». On le voit, le français dispose lui aussi de verbes rendant compte de ces actions et de ces états, et il n’est donc pas nécessaire de recourir à un anglicisme pour les exprimer. On ajoutera pour conclure que, si le verbe feeler est un barbarisme en français, c’est un nom parfaitement correct en anglais, où il sert à nommer les organes tactiles de certains animaux, comme les antennes des insectes et les cornes ou, mieux, les tentacules oculaires des escargots.

on dit

on ne dit pas

Je me sens bien aujourd’hui

Pour aller mieux…

Je feele bien aujourd’hui

Pour feeler mieux…

 

Listing

Le 12 juillet 2016

Néologismes & anglicismes

Le nom anglais listing désigne l’établissement d’une liste et la liste qui en résulte. Le mot français listage traduit parfaitement le premier sens de listing et s’emploie parfois pour le second quand on évoque une liste faite à l’aide d’outils informatiques, même si, quelle que soit la manière dont celle-ci est obtenue, il est préférable de dire simplement liste. On rappellera qu’appeler listing une liste n’améliore en rien la qualité ou la valeur de cette dernière, sauf à penser que l’emploi d’anglicismes, fussent-ils de mauvais aloi, est une marque de modernité. 

on dit

on ne dit pas

Faire la liste, le listage des commandes

Vérifier la liste des candidats

Publier la liste des fraudeurs

Faire le listing des commandes

Vérifier le listing des candidats

Publier le listing des fraudeurs

 

Versus

Le 12 juillet 2016

Néologismes & anglicismes

Le participe passé versus, du verbe latin vertere, « tourner », était employé en latin classique comme adverbe pour compléter les prépositions in et ad : in forum versus, « dans la direction du forum », ad Oceanum versus, « du côté de l’Océan ». Par la suite, en latin médiéval, ce mot devint une préposition signifiant « contre », aussi bien au sens locatif qu’au sens adversatif, préposition que l’on retrouve en anglais à partir du xve siècle. Il existe en français depuis le milieu des années 1960, mais c’est surtout depuis les années 1980 qu’il est devenu d’usage courant. C’est le sport, et en particulier la boxe, qui a assuré sa popularité en y recourant pour présenter les deux adversaires d’un combat. On pouvait ainsi lire sur les affiches : Ali versus Frazier, Hagler versus Leonard. Par la suite versus s’est répandu dans tous les domaines où l’on voulait évoquer une opposition, un antagonisme ou une comparaison. On rappellera que les prépositions ou locutions prépositives françaises contre, ou, face à, en face de, par opposition à peuvent exprimer cette idée et qu’il est donc inutile de les remplacer par cet anglicisme ou par sa forme abrégée vs.

 

on dit

on ne dit pas

Allemagne contre Pays-Bas

Train ou avion

Qualité ou quantité

Allemagne versus Pays-Bas

Train versus avion

Qualité versus quantité

 

Punch line

Le 02 juin 2016

Néologismes & anglicismes

Le français a emprunté de l’anglais le mot punch, qui s’est d’abord employé dans le monde de la boxe pour nommer l’aptitude d’un boxeur à asséner des coups puissants, puis, en dehors de ce domaine, pour désigner le dynamisme ou l’énergie. Depuis peu est aussi apparue l’expression punch line, pour désigner la chute d’une histoire ou une phrase qui clôt une discussion. On se gardera d’user de cette expression puisque la langue française dispose de moyens lui permettant de rendre ces idées ; elle peut le faire, en empruntant elle aussi à la langue du noble art, grâce à l’emploi en apposition des nom et expression choc et coup de poing.

on dit

on ne dit pas

Des phrases coups de poing, des phrases choc
Une chute brillante, amusante

Des punch lines

Une punch line brillante, amusante

 

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