Dire, ne pas dire

Bonheurs & surprises

Guide-âne

Le 03 décembre 2012

Bonheurs & surprises

L’âne souffre depuis toujours d’une mauvaise réputation, comme en témoignent des expressions telles que Pont aux ânes ou Bonnet d’âne. Il en va de même pour Guide-âne. Ce mot, qui désigne un petit ouvrage contenant des instructions élémentaires, propres à guider les débutants s’est vite spécialisé dans le domaine de la liturgie pour désigner un « petit livre qui contient l’ordre des fêtes et celui des offices relatifs à chaque fête » (Dictionnaire de l’Académie française, 5e édition).

Guide-âne désigne aussi aujourd’hui un papier réglé que l’on place sous une feuille blanche et dont les lignes, en transparence, permettent d’écrire droit ; mais le sens général est resté celui de vade-mecum, d’aide-mémoire qui vient au secours de ceux qui maîtrisent mal telle ou telle activité. Honoré de Balzac, perspicace observateur de l’âme humaine, fit d’ailleurs paraître en 1841-1842 un Guide-âne à l’usage des animaux qui veulent parvenir aux honneurs, petit manuel de l’arriviste en quelque sorte.

Ripation / ripatonner

Le 03 décembre 2012

Bonheurs & surprises

Les langues familière, populaire et argotique ont été productives pour désigner les chaussures et les pieds, le même mot pouvant parfois, par métonymie, désigner les unes et les autres. On citera simplement les bateaux, croquenots, godasses, grolles, lattes, péniches, pompes et autres tatanes, et les arpions, nougats, panards, pinces et autres pinceaux. À cette série, il convient d’ajouter les Ripatons, que l’on emploie dans l’un et l’autre sens et que l’on rencontre, entre autres, chez Zola.

Ce mot apparaît à la fin du XIXe siècle. Il est tiré de Ripatonner, « réparer », formé à partir de paton, « chaussure », sur le modèle de ribouiser, « réparer des chaussures », parce que les cordonniers, appelés jadis rebouiseurs, se servaient d’embauchoirs en bouis, le nom ancien du buis, pour redonner forme aux chaussures qui leur étaient confiées.

Jadis et naguère

Le 08 novembre 2012

Bonheurs & surprises

Le sens de ces adverbes s’explique par la manière dont ils sont composés. On retrouve dans Jadis « ja », la forme ancienne de Déjà, et dis, « jours », que l’on retrouve dans dimanche, lundi, mardi, etc. Jadis, « il y a déjà des jours et des jours », renvoie à un temps très lointain.

Ainsi, François Villon a évoqué dans la Ballade des dames du temps jadis, que Georges Brassens mettra plus tard en musique, des reines de France qui avaient vécu quelques siècles avant lui.

Naguère, « il n’y a guère (de temps) », indique une époque beaucoup plus proche de la nôtre. On évitera donc de l’employer au sens d’« autrefois, anciennement ».

Dans le recueil de Verlaine Jadis et naguère, paru en 1884, se trouvent des poèmes mêlant ces deux époques, et le fameux et atemporel Art poétique.

 

Réglette

Le 08 novembre 2012

Bonheurs & surprises

La Réglette est une petite lame de bois dur utilisée par les typographes pour obtenir une composition régulière. L’expression Arroser la réglette signifiait, dans l’argot très riche des typographes, « offrir un verre à ses collègues à son arrivée dans un atelier ».

Puis de manière plaisante la Réglette a ensuite désigné, dans le langage de la presse, la personne qui dirige le service des correcteurs. Ce mot féminin a donc la particularité d’être un nom de métier qui peut désigner une personne de sexe masculin, particularité qu’il partage avec quelques autres Arpète, Estafette ou Sentinelle.

 

Être né avec une cuillère d’argent ou avec une cuillère d’or dans la bouche

Le 04 octobre 2012

Bonheurs & surprises

Cette expression évocatrice, traduite de l’anglais, est devenue courante. Faisant probablement allusion à la cuillère de métal précieux qu’offrait le parrain en cadeau de baptême, elle évoque l’aisance qui entoure l’enfant dès son plus jeune âge lorsqu’il appartient à une famille opulente, ainsi que les facilités et les avantages que lui procure sa naissance et qui le mettent à l’abri pour toute son existence.

D’autres expressions très anciennes associent à la naissance divers présages heureux ou malheureux : Être né sous une bonne étoile, sous une mauvaise étoile ou Être né coiffé. Deux autres : Être né dans la pourpre et Être né dans la crasse opposent ceux qui semblent destinés au pouvoir et à la richesse à ceux que tout en éloigne.

Rouflaquette

Le 04 octobre 2012

Bonheurs & surprises

On ne connaît pas vraiment l’origine de ce mot pittoresque apparu au xixe siècle en français, désignant d’abord une mèche de cheveux formant un accroche-cœur sur la tempe, dont la mode est aujourd’hui abandonnée, puis une patte de cheveux descendant sur le côté de la joue, de l’oreille vers le menton, mode dont la vogue ne s’est, elle, pas démentie. Porter des rouflaquettes.

Appelés plus noblement Favoris ou, plus prosaïquement, Pattes de lapin, parfois même Côtelettes lorsqu’ils s’étalent en triangle sur la joue, ces attributs pileux plus ou moins touffus doivent aller de pair avec un menton glabre pour mériter cette appellation.

Raout

Le 06 septembre 2012

Bonheurs & surprises

La forme de ce mot témoigne d’un va-et-vient entre le français et l’anglais. L’ancien français possédait le mot Rote ou Route, désignant une troupe en marche. L’anglais le lui a emprunté pour désigner une compagnie d’individus, une bande, puis lui a donné le sens que nous connaissons aujourd’hui de Grande réception officielle ou mondaine.

Notre ancien mot français a gagné au XIXe siècle, par cet échange, une orthographe qui tend à rendre compte d’une prononciation à l’anglaise. Cela lui vaut aussi d’être employé en français avec une pointe de snobisme, souvent teintée d’ironie.

Vétilleux, pointilleux

Le 06 septembre 2012

Bonheurs & surprises

Il y a une notion d’excès dans ces deux termes. Est vétilleux ou pointilleux celui qui élève des difficultés sans fondement sur des choses insignifiantes – vétilles, bagatelles ou broutilles, qu’on appelait également, en ancien français, pontilles ou pointilles –, celui qui ergote, ou « pinaille » comme on dit plus familièrement. Malherbe, au xviie siècle, fustige « ces pointilleux si déliés, qui oublient de faire, tant ils sont empêchés à parler ».

Vétilleux, Pointilleux qualifient donc ceux dont on redoute l’autorité tatillonne, à qui l’on attribue de l’acharnement à entrer dans les plus petits détails : censeur, critique, examinateur, baderne sont les noms auxquels ils sont le plus couramment associés.

Fils d’archevêque

Le 10 juillet 2012

Bonheurs & surprises

De l’habitude qu’eurent certains papes d’accorder à leurs parents, et particulièrement à leurs neveux, les privilèges du pouvoir est né le terme Népotisme.

L’expression Fils d’archevêque désigne, cette fois-ci par l’image ironique d’une filiation directe, celui ou celle que la position sociale de ses parents amène tout naturellement à jouir de la considération et de l’attention bienveillante des puissants, et dont la place se trouve nécessairement être dans les toutes premières.

Moins familière que Fils à papa, elle lui fait pendant, prenant en compte moins la richesse matérielle, bien souvent celle des « nouveaux riches », que le prestige de la fonction et la supériorité de l’esprit.

Humeur, humour

Le 10 juillet 2012

Bonheurs & surprises

Il existe d’assez nombreux mots que l’anglais emprunta au français et que l’anglophilie des XVIIIe et XIXe siècles contribua à réintroduire dans la langue française, sous une forme et avec une signification parfois différentes.

Ainsi Humeur fut emprunté par les Anglais avant même l’époque classique et, parmi les sens du mot français, figurait alors celui d’Originalité facétieuse, Penchant à la plaisanterie. C’est sous la forme d’Humour que cette dernière acception nous est revenue d’Angleterre.

Aujourd’hui, Avoir de l’humeur et Avoir de l’humour ont en français des valeurs presque opposées, l’humeur désignant alors une disposition chagrine et l’humour la disposition, jugée toute britannique, à s’amuser sans amertume des aspects ridicules, absurdes ou insolites de la réalité.

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