Dire, ne pas dire

Emplois fautifs

En interne, en externe

Le 04 octobre 2012

Emplois fautifs

Le recours systématique à l’ellipse conduit à abuser de certains adjectifs substantivés et crée de nouveaux jargons. Ainsi en va-t-il pour Interne et Externe.

Recrutement, formation en interne, Évoluer en interne : on pourrait dire plus simplement Dans l’entreprise, Au sein de l’entreprise. Cela a été diffusé en interne, nécessite une consultation en interne pourrait recevoir la même traduction. Pour désigner les bagarres et les batailles en interne, on gagnerait à parler de luttes et de querelles intestines.

En interne s’entend bien sûr par opposition à En externe. Il faut ainsi valoriser sa communication externe en interne, mais aussi faire reconnaître en externe les compétences acquises en interne. L’emploi d’une langue juste rendrait peut-être la chose plus aisée.

Genre

Le 04 octobre 2012

Emplois fautifs

Genre s’entend souvent employé à la manière d’un adverbe, comme il en est allé de Style qu’il supplante aujourd’hui dans cet usage relâché.

Que signifie Genre dans de telles phrases ? Il introduit une comparaison approximative, situe dans une catégorie, module ou atténue un propos en servant en quelque sorte de précaution oratoire. Ainsi Il est plutôt genre sérieux est un raccourci de Il est plutôt du genre, du style, du type sérieux, Je l’ai croisé genre

14 heures ou Il était genre 14 heures quand je l’ai croisé, un raccourci de Je l’ai croisé vers 14 heures, Il était environ 14 heures quand je l’ai croisé. Un tissu genre velours est Un tissu qui ressemble au velours, proche du velours. Il m’a répondu genre j’en sais rien, phrase d’où toute syntaxe a disparu, pourrait se dire Il m’a répondu à peu près, approximativement, en gros qu’il n’en savait rien.

Enfin, en tête de phrase, Genre peut n’avoir qu’une valeur exclamative, en quelque sorte rhétorique : Genre, tu le connais vraiment ? Genre, c’est pas vrai ! Genre est alors l’équivalent de Pas possible ! Sans blague, Blague à part et de sa forme populaire Blague dans le coin.

Solution de continuité

Le 04 octobre 2012

Emplois fautifs

Pour ne pas être employée fautivement, cette locution doit être rapportée au sens étymologique du mot solution : séparation des parties, destruction, désagrégation, sens qu’a pris aujourd’hui le mot dissolution.

Une solution de continuité est donc une rupture, une interruption de ce qui doit être continu. Une cassure, une fissure, une lacune est une solution de continuité dans quelque corps.

Dire, figurément, Il y a dans son raisonnement, dans cette politique, une solution de continuité signifie qu’on y cherche en vain la continuité, la cohérence, la permanence souhaitées.

J’ai été, ça a été

Le 06 septembre 2012

Emplois fautifs

Le verbe Être est trop souvent employé à la place du verbe Aller, qui doit toujours lui être préféré dans le sens de Se rendre (à), Rendre visite (à), de Convenir, ou de Se porter, Se comporter, Se conduire.

La confusion entre les deux verbes se produit presque toujours aux temps composés : Il a été à Paris pour Il est allé à Paris, Nous avions été chez eux pour Nous étions allés chez eux, Ce rôle lui aurait bien été au lieu de Ce rôle lui serait bien allé, Comment ça a été ? au lieu de Comment est-ce allé ? Cela est-il bien allé ? C’est ainsi que, au restaurant, les garçons demandent Alors, ça a été ? et non Cela vous a-t-il plu ? Êtes-vous satisfait ?

Mais cette même confusion se retrouve parfois aux temps simples, dans des phrases comme Il est mieux pour Il va mieux ou Il se porte mieux, L’intervention était sur sa fin pour L’intervention allait sur sa fin, tirait à sa fin, etc.

Ou pas ?

Le 06 septembre 2012

Emplois fautifs

Nous avons déjà signalé la faute qui consiste à employer Pas au lieu de Ne … pas. Une autre habitude fâcheuse se répand : employer Pas au lieu de Non dans des phrases interrogatives où l’on met en balance une négation et une affirmation. S’est-il décidé ou pas ? Viendra-t-il ou pas ?

Sont seules correctes des phrases comme S’est-il décidé ou non ? Viendra-t-il ou non ? – constructions elliptiques qui permettent d’éviter une répétition : … ou ne s’est-il pas décidé ?ou ne viendra-t-il pas ?

Pallier

Le 06 septembre 2012

Emplois fautifs

Pallier est un verbe transitif.

 

On dit

On ne dit pas

Pallier le manque d’argent, l’ignorance

 

Pallier les défaillances

 

Pallier le mal sans le guérir

Pallier au manque d’argent, à l’ignorance

 

Pallier aux défaillances

 

Pallier au mal sans le guérir.

 

Un rappel de l’étymologie de ce verbe aidera peut-être à garder en mémoire tant sa signification que sa construction : le latin tardif palliare, dont le français a fait pallier, signifiait à l’origine Couvrir d’un pallium, c’est-à-dire d’un manteau qui cache, dissimule.

Par rapport à

Le 06 septembre 2012

Emplois fautifs

La forme Par rapport à – quand ce n’est pas, en abrégé, Rapport à – est employée à tort pour introduire le sujet auquel on se réfère.

 

On dit

On ne dit pas

À propos du match, en ce qui concerne le match, il faut préciser que…

Réagir à une déclaration

Je vous rappelle au sujet de, ou relativement à, mon dossier

Par rapport au match, il faut préciser que…
 

Réagir par rapport à une déclaration.

Je vous appelle par rapport à – ou rapport à – mon dossier

 

Coupe claire, coupe sombre

Le 10 juillet 2012

Emplois fautifs

Ces images de Coupe claire et de Coupe sombre, empruntées au langage de la sylviculture, sont fréquemment employées, mais bien souvent à contresens.

Une coupe claire, pratiquée pour laisser passer la lumière, consiste à abattre un grand nombre d’arbres. Elle est donc plus sévère qu’une coupe sombre, consistant à abattre quelques arbres seulement, sans que le sous-bois s’en trouve éclairé.

Un auteur doit donc redouter davantage la coupe claire que la coupe sombre dans son texte, et les coupes claires dans les crédits sont plus à craindre que les coupes sombres.

Dont

Le 10 juillet 2012

Emplois fautifs

Si les pronoms relatifs De qui, Duquel, De laquelle, De quoi sont en général correctement employés, Dont, de même sens, donne lieu à des erreurs. On oublie qu’il marque l’appartenance, la possession, et l’on rajoute à tort dans la proposition relative un adjectif ou un pronom se rapportant à l’antécédent.

On dit

On ne dit pas

L’homme dont on envie les succès, dont je connais les œuvres

 

Ce savant dont la réputation est grande

 

Le jardin dont on apprécie les ombrages

 

L’homme dont on envie ses succès, dont je connais ses œuvres

 

Ce savant dont sa réputation est grande

 

Le jardin dont on apprécie ses ombrages, ou dont on en apprécie les ombrages

On dira de même C’est cela dont il s’agit (ou C’est de cela qu’il s’agit) et non C’est de cela dont il s’agit.

Ex-

Le 10 juillet 2012

Emplois fautifs

On abuse aujourd’hui de ce préfixe lorsqu’il s’agit d’évoquer ce qu’un être ou une chose n’est plus. On se prive, ce faisant, des nuances qu’apporte l’adjectif.

On dira avec plus de précision son premier, ou son second, ou son ancien mari que son ex-mari, l’ancien otage que l’ex-otage, l’ancien champion, le précédent directeur que l’ex-champion, l’ex-directeur, l’ancienne reine de beauté que l’ex-reine de beauté, etc.

Tout étant sujet à changer, la particule Ex- peut, si l’on n’y prend garde, gagner encore, faisant de l’adulte un ex-jeune, du convalescent un ex-malade, etc.

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