Dire, ne pas dire

Courrier des internautes

Joséphine G. (France)

Le 8 juillet 2013

Courrier des internautes

J’entends souvent l’expression « faire de l’essence » utilisée dans le sens de « faire le plein », et cela a tendance à m’agacer.

Certaines personnes à qui j’en fais la remarque me disent que c’est une expression courante et usuelle qui emploie « faire » dans le sens de « se procurer, obtenir », comme pour les expressions « faire de la monnaie / du bois », mais je ne pense pas qu’elle soit correcte. Pouvez-vous me le confirmer ?

Joséphine G. (France)

L’Académie répond

Cette expression n’est, en effet, pas de très bonne langue, on dira plutôt faire le plein d’essence. Dans son Journal (2011), R. Camus écrit : « [Je crois l’expression Faire de l’essence] d’origine géographique. On pourrait faire des cartes des régions où l’on dit faire de l’essence et de celles où l’on préfère prendre de l’essence. Cela dit, l’origine de faire de l’essence est pour moi très mystérieuse. » Elle est en effet employée aussi bien dans le Nord que dans le Roussillon, et ailleurs.

Alexandre C. (Perpignan)

Le 6 juin 2013

Courrier des internautes

Je m’interroge (et ne parviens pas à me répondre !). Voici :

Faut-il dire « ne m’en veuillez pas » ou « ne m’en voulez pas » ?

S’il faut dire « ne m’en voulez pas », pourquoi dit-on « veuillez trouver ci-joint votre éléphant apprivoisé », et non « voulez trouver ci-joint votre éléphant apprivoisé » ?

Alexandre C. (Perpignan, 15 février)

L’Académie répond

Les formes courantes sont veuille, veuillez. Elles sont devenues des formules de politesse : Veuillez vous asseoir. Les autres, veux, (voulons), voulez, sont très rares à la forme affirmative (sens fort). Elles font appel à une ferme volonté et s’emploient surtout avec une négation : Ne m’en voulez pas. Mais on dit fort bien et beaucoup plus souvent : Ne m’en veuille pas, ne m’en veuillez pas.

Bangaly K. (Côte d’Ivoire)

Le 6 juin 2013

Courrier des internautes

J’aimerais savoir s’il faut dire « prendre une voiture, un bus... » ou « emprunter une voiture, un bus... ».

Bangaly K. (Côte d’Ivoire, 15 février)

L’Académie répond

Avec un moyen de transport, on utilise le verbe prendre dans le sens d’utiliser.

Dans ce cas, prendre et emprunter sont synonymes, mais prendre est beaucoup plus courant : Prendre le train, l’avion, le bus, le métro.

Emprunter se rencontre parfois : Les voyageurs sont invités à emprunter les voitures de queue.

Mais force est de constater qu’aujourd’hui emprunter s’emploie beaucoup plus avec le sens de « se faire prêter » : Emprunter une bicyclette, emprunter une voiture à un ami.

Claudia P. (France)

Le 6 juin 2013

Courrier des internautes

Mon travail consiste à transcrire, par écrit, des auditions de personnes (au sein de commissions, de conseils municipaux, de comités d’entreprise...). Je ne trouve pas de règle d’orthographe ou grammaticale concernant l’emploi de « que l’on » ou « qu’on », par exemple dans « il souhaite que l’on franchisse une étape... ». Est-ce correct, aussi, d’écrire « qu’on » ?

Je rappelle qu’il s’agit d’une transcription d’un document oral vers un document écrit.

Pour tout dire de mes recherches, dans leurs phrases explicatives des règles, les auteurs du Bescherelle écrivent « Lorsque l’on veut... ».

Claudia P. (France, 1er janvier)

L’Académie répond

Nous précisions à l’article On de notre Dictionnaire (consultable gratuitement en ligne) :

ON Tiré du latin homo, « homme ».

De son origine nominale, On a gardé la possibilité d’être précédé de l’article élidé l’. Le choix de cette forme tient aujourd’hui à une volonté d’élégance ou à certains usages liés à l’euphonie, notamment lorsqu’on veut éviter un hiatus. L’on se rencontre fréquemment après et, où, ou, si, qui, que, et d’autres conjonctions ou pronoms, comme dans « Puisque l’on s’obstine », « Un pays où l’on parle espagnol », « Ce que l’on connaît ». Il s’emploie plus rarement en tête de phrase et n’est pas d’usage après le relatif dont ou à proximité d’un mot commençant par l. On emploiera alors la forme on, comme dans « Ce dont on peut s’étonner », « Ici, on loue des vélos ».

Rien ne vous empêche donc d’écrire « qu’on ».

Song P. (Paris)

Le 6 juin 2013

Courrier des internautes

J’avais une interrogation concernant la façon de dire « la ligne 1 du métro ».

Très fréquemment, on entend « la ligne une » alors qu’il me semblait que 1 étant un chiffre et non un article, il était par conséquent invariable et l’on devrait plutôt dire « la ligne un ».

Quelle serait votre recommandation ? Les deux usages sont-ils possibles ?

Song P. (Paris)

L’Académie répond

Dans le cas des numérotations, comme pour les pages par exemple, on doit dire en effet ligne un (comme page un), un n’étant pas l’article indéfini variable un, une mais un adjectif numéral cardinal employé comme ordinal. Comme un est le seul cardinal variable (un, une) en genre et qu’il varie aussi comme article indéfini, l’usage tend à le faire varier comme ordinal. Cela dit, la forme correcte est ligne un.

Gilles M. (Belgique)

Le 23 avril 2013

Courrier des internautes

À quelle époque apparaît le mot « Moyen Âge » ? l’adjectif moyen est-il un jugement de valeur ?

Gilles M. (Belgique, 23 avril)

L’Académie répond

Le mot « Moyen Âge » apparaît en 1640 sous la plume de Pierre de Marca. Il s’agit d’une transcription du latin de la Renaissance medium aevum, qui a aussi donné l’anglais middle age, l’allemand Mittelalter, l’espagnol Edad Media ou l’italien medioevo. Dans un premier temps il y a une hésitation entre moyen temps et moyen âge (on a la même hésitation en anglais entre middle time et middle age.)

Les humanistes latins hésitent, eux, entre des expressions synonymes media tempestas, media aetas, media antiquitas.

Moyen est le terme habituel ; dans ce cas, il signifie « intermédiaire ». Le fait que les humanistes de la Renaissance aient employé ce terme montre bien que, à leurs yeux, cette époque n’était qu’une transition peu intéressante entre deux grandes périodes, l’Antiquité et la Renaissance. Ces temps ont d’ailleurs été également appelés les âges gothiques et le ténébreux Moyen Âge.

Calixte F. (France)

Le 20 avril 2013

Courrier des internautes

Existe-t-il une distinction entre l’utilisation de « maman » et de « ma mère » pour parler de notre mère ?

« Aujourd’hui, maman est morte » ou « Aujourd’hui, ma mère est morte » ?

N’est-ce qu’une question d’éducation, d’époque, ou de style ?

Sinon, quel est le terme le plus approprié ?

Calixte F. (France, 20 avril)

L'Académie répond

Maman est un nom familier qui signale une proximité, presque une intimité entre celui qui parle et sa mère.

On le voit d’ailleurs bien dans L’Étranger, que vous citez. Le narrateur dit Maman quand il commence son récit, mais il est seul avec lui-même. Quand il cite le télégramme, il écrit Mère décédée et quand il demande un congé pour aller à l’enterrement, il parle de sa mère.

On évitera d’ailleurs de parler des mamans pour parler des mères de famille.

Nathalie R. (Sceau)

Le 13 avril 2013

Courrier des internautes

Partir à Jérusalem ou partir pour Jérusalem ?

Nathalie R. (Sceau, 13 avril)

L’Académie répond

Partir à a longtemps été condamné par les puristes.

Littré écrivait Il ne faut pas dire partir à la campagne, mais partir pour la campagne.

L’académicien et professeur de lettres Émile Faguet qualifiait partir à « d’affreux provincialisme de Paris ».

Abel Hermant le présentait comme un solécisme ignoble. Mais partir à, dont la construction est analogue à aller à, se trouve aujourd’hui chez les meilleurs auteurs et dans le Dictionnaire de l’Académie française.

On considère partir pour comme plus élégant et plus soutenu, mais partir à, plus familier, est également correct.

Eric T. (France)

Le 27 mars 2013

Courrier des internautes

J’utilise oralement le terme « vraisemblablement »/« vraisemblable » régulièrement, et l’ai toujours imaginé comme écrit avec deux « S ».

Aujourd’hui je l’ai employé à l’écrit, et tout naturellement j’ai mis 2 « S » pour « vraiSSemblablement ». Mon fidèle correcteur orthographique m’ayant repris, en respectant le dictionnaire de l’Académie (pour ne mettre qu’un seul « S »), j’en arrive à m’interroger sur le pourquoi de ce seul « S ». Est-ce une exception à la prononciation du S entre deux voyelles ?

Y a-t il un historique orthographique qui a mené à cette « aberration » ?

S’agit-il d’une règle qui me soit inconnue ?

Et pourquoi un terme tel que « ressemblance » ne bénéficie-t-il pas du même traitement ?

Eric T. (France, 27 mars)

L’Académie répond

Vraisemblable et ses composés ne prennent effectivement qu’un s qui néanmoins se prononce comme une consonne sourde (-ss-) : il s’agit effectivement d’une exception à la règle orthographique qui s’explique historiquement par la composition du mot.

Vraisemblable est toujours ressenti comme un composé de vrai + semblable (il a été calqué sur le latin verisimilis, de même sens). On l’écrit d’ailleurs vray-semblable ou vrai-semblable (en deux mots) jusqu’à la fin du xviie siècle, date à laquelle apparaît la soudure en un mot.

Mais les autres termes formés sur la même base -semble- prennent bien ss (entre deux voyelles) : assembler, ressembler, dissemblable. Quand la composition du mot est encore présente dans l’esprit des locuteurs, on peut donc observer des distorsions entre orthographe et prononciation : voyez, par exemple, resaler, resaluer à côté de ressentir, ressemer, ressortir. L’orthographe n’a pas été fixée avant la fin du xviie siècle, les mêmes mots pouvaient s’écrire avec un ou deux -s- selon que l’on souhaitait être proche de l’étymologie ou de la prononciation.

Pierre-Loup C. (France)

Le 14 mars 2013

Courrier des internautes

En corrigeant un texte écrit par un étranger apprenant la langue française, il m’est apparu que j’étais encore loin d’en maîtriser tous les aspects. Cette personne avait écrit : « Un de mes sites de musique préférés », ce qui ne m’a pas semblé poser de problème, jusqu’à ce qu’un compatriote me demande s’il n’était pas plus correct d’écrire : « Un de mes sites préférés de musique ». J’étais dans l’incapacité d’expliquer pourquoi la première tournure me semblait plus naturelle.

J’ai essayé d’expliquer ceci de la manière suivante : « Parmi tous les sites traitant de musique, c’est un des sites que je préfère » s’est métamorphosé en : « Parmi tous les sites de musique c’est un de mes préférés » puis en : « Un de mes sites de musique préférés ».

L’autre version séparerait les idées : « un de mes sites préférés » et « il traite de la musique ».

J’ai tenté de justifier ceci par l’exemple suivant :

« mon crayon de couleur préféré »

et « mon crayon préféré de couleur » qui me semble étrange comme tournure.

Serais-je dans l’erreur?

Existe-t-il une règle dans ce cas de figure?

Que doit-on dire?

Pierre-Loup C. (France)

L’Académie répond

Vous posez une très intéressante question. On peut écrire un de mes sites de musique préférés ou un de mes sites préférés de musique, mais on préfèrera la première manière, pour ne pas couper la locution site de musique. Dans certains cas, la locution a pris le statut de nom, et on le voit parce que l’on ne peut plus insérer d’adjectif dans cette locution : des crayons de couleur verts et non *des crayons verts de couleur, une pomme de terre pourrie et non *une pomme pourrie de terre. Parfois on doit déplacer l’adjectif pour éviter l’ambiguïté : le fils malade de mon oncle (c’est le fils qui est malade) ; le fils de mon oncle malade (c’est l’oncle qui est malade). L’accord permet aussi parfois de préciser à quel nom se rapporte l’adjectif : des animaux en porcelaine fragiles (les animaux sont fragiles) ; des animaux en porcelaine fragile (la porcelaine est fragile).

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